L'ascension des Bourneau


- Nulle prétention d'établir ici une généalogie, faute de registres paroissiaux pour l'essentiel de la période étudiée. Mais essai de prosopographie sur une lignée de robins, ambitieux et cultivés, qui tiennent une place de premier rang dans la ville pendant un siècle et demi et qui reflètent la situation administrative et religieuse du temps.
- Ecartons d'abord deux petites supercheries :
+ Nous avons déjà signalé la correction de Borrellus en Bornellus sur des actes de Saint-Florent, afin d'établir l'ancienneté de la famille, correction vraisemblablement demandée par la famille.
+ Le feudiste Audouys ( XVIIIe siècle ) a dressé une généalogie des Bourneau ( A.D.M.L., E 1788 ), mais elle semble complaisante : il lit sur un registre de la Chambre des Comptes que Jean Bourneau est anobli en septembre 1587 en raison de ses bons services, mais il commet une faute ( volontaire ? ) de lecture, puisqu'il s'agit en réalité de Jean Bonneau de la Maisonneuve.

I) André Bourneau

 Avocat à Saumur depuis 1433, devient enquêteur ( c'est-à-dire inspecteur ) et préside les assises de Saumur de 1443 ( A.D.M.L., 1 E 1144 ).
 Il réussit surtout un splendide mariage en épousant Jeanne de Chourses ( ce nom est aussi écrit de Sourches, mais plus tard ), fille et héritière de Pierre de Chourses et de Jeanne de Guinguené ; elle lui apporte le château et la belle seigneurie de Montaglan qui recouvre le terroir de Bagneux et possède des droits sur la ville de Saumur, ainsi la porte de Montaglan.
 Pierre de Chourses occupe également l'office de lieutenant du Sénéchal d'Anjou, charge qui à l'époque n'est ni héréditaire ni mise en vente. A la mort de son beau-père en 1457, André Bourneau en est investi provisoirement, mais le roi René, finalement, lui préfère Hugues Payen.
 Décès avant 1483.

II) François Bourneau

 Juriste également, succède à son père dans la charge d'enquêteur et sur la seigneurie de Montaglan.
 Après la mort du roi René, ses favoris sont écartés, et François Bourneau retrouve le 3 octobre 1481 l'office de son grand-père. Il se dit : « licencié ès lois, lieutenant de Saumur et de son ressort pour monseigneur le sénéchal d'Anjou ». Autrement dit, il devient le juge principal, au civil comme au criminel.
Ses armes reprennent les astuces faciles de l'héraldique, en portant six glands d'or, en souvenir de Montaglan ( A.D.M.L., 4 B 3 ).

A.D.M.L., 4 B 3

 En 1496, il se donne le titre de « honorable homme, escuyer » ( E 1787 ), ce qui est pour le moins ambigu : un honorable homme n'est pas noble, mais aspire à le devenir, alors qu'un écuyer appartient en théorie à la noblesse de souche. En fait, sa fonction est anoblissante, si elle est exercée pendant vingt ans et dans certains cas, cette noblesse graduelle peut être transmise aux héritiers. Or, il dépasse vingt années, résignant sa charge vers 1506-1508, en faveur de Guillaume, qui est probablement son fils.
 Sa veuve, Jeanne Regnault, se remarie avec le médecin Raphaël Romier.

III) Guillaume Bourneau

 Sieur de Montaglan, lieutenant général de 1508 à 1527. Fait construire l'Hôtel de Ville.
 Meurt jeune, et faute d'héritier en âge de lui succéder, la charge passe à François Migon.
 Trois enfants connus :

François en IV a
Brandélis en IV b
André en IV c

IV a) François Bourneau, une existence mouvementée

 Il reprend la charge de lieutenant en 1540, mais pour peu de temps. En effet, le titre de Sénéchal de Saumur est créé en 1544, mais cette fois contre pécunes. Conrad Delommeau, membre de l'autre grande famille de juristes saumurois et sans doute plus fortuné, l'acquiert pour 2 500 écus.
 Trois ans plus tard, la décision est cassée ; Bourneau peut retrouver son poste de lieutenant général. Il porte le titre d'écuyer en 1558. Son épouse est Marthe Foulon, issue d'une famille qui pour l'instant occupe des emplois subalternes dans l'administration des aides.
 Nous avons longuement raconté ailleurs la crise iconoclaste de 1562 et la Saint-Barthélemy. Les époux Bourneau ont fait baptiser leurs enfants " à la huguenote ", ils animent les actions iconoclastes. François est suspendu de ses fonctions pendant plusieurs mois.
 En 1567, déclaré suspect par les catholiques de Saumur, il est convoqué et retenu prisonnier à Poitiers.
Il est finalement assassiné de la main même de Jean de Chambes, lors de la Saint-Barthélemy ( 1572 ). Mais Marthe Foulon survit et est encore vivante en 1585.
 La famille perd la lieutenance générale et elle ne la retrouvera jamais.

IV b) Brandélis Bourneau

 Elu à l'élection de Saumur ( décès dans la religion catholique en 1593). Son épouse a été enfermée à Montreuil pour fait de religion réformée.

IV c) André Bourneau

 Sieur de Bron, il épouse Mathurine Oger, qui après son décès survenu un peu avant 1585, se remarie avec l'avocat Christophe Milsonneau, sieur des Baraudières.
Il laisse six enfants identifiés.

V) Les enfants d'André Bourneau

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leurs études : des documents nous permettent de suivre leurs longues études de 1589 à 1607. Ils fréquentent les collèges catholiques de Loudun, de Saumur, le collège d'Anjou et, à Paris, les collèges de Navarre et de Boncour. Les études des aînés sont très brillantes, alors que le petit dernier, André, est un cancre, qui s'amuse bien à Paris et s'endette auprès de son frère aîné.
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leur entrée dans la noblesse de cour : Guillaume avait été anobli en devenant, sûrement contre argent, gentilhomme ordinaire de la fauconnerie du Roi, une activité chère à Louis XIII. Le 1er juillet 1623, Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, grand fauconnier de France, accorde à François la survivance de l'office de son frère qui vient de décéder.
 Mais le sieur de Bron est dispensé d'assurer un service à la cour, car il s'occupe d'élever des faucons sur ses terres. Cependant le titre de gentilhomme ne laisse place à aucun doute : Guillaume et François passent de la noblesse de robe à la noblesse première, autorisée à vivre à la cour. C'est un phénomène assez rare, les Bourneau ont franchi toutes les étapes de l'ascension sociale avec une rapidité exceptionnelle, et cela malgré l'exécution de leur oncle.
Dans un premier temps, François Bourneau monnaie ses nouveaux privilèges ; après trois ans de procédure, il parvient à être exempté de la taille et de l'impôt sur le sel, mais il doit payer l'appétissement sur le vin.

V a) François Bourneau

 Reçoit à Poitiers en 1598 sa licence de droit civil et canon. Il devient avocat au Parlement de Paris, puis enquêteur des domaines. Il préfère pourtant vivre au pays natal, il porte le titre de sieur de Bron en 1619. Il s'intéresse à des recherches d'érudition, publiant une brochure sur Gilles de Tyr, puis son célèbre Déluge de Saumur ( sur ces oeuvres, voir la notice du C. Port ).
De son mariage avec Anne Vallier, il a

André,
Marie, qui épouse Mathurin Ciret, conseiller à la Sénéchaussée.

Décès en juillet 1641.

V b) Guillaume Bourneau

 Sieur de Beauregard ( un domaine de Saint-Cyr en Bourg ), procureur du roi en la Sénéchaussée de Saumur, de 1604 jusqu'à 1619, au moins ( il décède peu après ).
 Auteur d'une recherche historique sur les Ardilliers, il favorise l'installation des Oratoriens à Saumur ( les temps de son oncle protestant sont loin ! ). Ami de nombreux érudits du temps.

V c) Jacques Bourneau

 Meurt jeune.

V d) André Bourneau

 Son oncle Aubery du Maurier a beau le secouer, il fait de médiocres études, mais il finit quand même avocat à Saumur, sieur des Pâtureaux ( une ferme de Saint-Lambert ) et père de 14 enfants.

V e) et V f) Marie et Louise Bourneau

Entrent comme religieuses au couvent des Ursulines de Saumur. La ferme des Pâtureaux leur sert de dot.

VI) Autres Bourneau apparentés

- Louis Bourneau, lieutenant du juge ordinaire d'Anjou en 1514. Lui-même ou un autre Louis Bourneau rédige en 1552 un mémoire de 54 feuillets sur les droits de chasse de Guy de Maillé, seigneur de Milly à l'encontre de l'abbé et des religieux de Saint-Maur ( manuscrit qui était la propriété de l'abbé Briffault ).

- Claude Bourneau, sieur de la Bienbouère, décède à Paris en 1584 ; ses biens sont vendus aux enchères à Saumur, devant l'église Saint-Pierre.

- Jacques Bourneau, écuyer, sieur de la Cour de Couziers, époux de Marguerite Verge, décède en 1594. Ses enfants Jacques et Guillaume appartiennent à la magistrature d'Angers.

 Je m'en tiens là, car, comme toutes les familles locales qui ont réussi, les Bourneau abandonnent la région. Par exemple, au cours du XVIIe siècle, Abel Bourneau et son fils Louis, sieurs de Montaglan et de Messemé, sont conseillers au Parlement de Paris et vivent dans cette ville. Une Madame Bourneau, fort cultivée et amie de Comminges, le gouverneur de Saumur, se fait remarquer dans un cercle de Femmes Savantes.
  

 Sources principales : Bernard Mayaud, Généalogies angevines, t. 4, 1984.
A.D.M.L., E 1787 et 1788, E 3385, 1 E 823 et 824, IV B 3.

 

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