Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau

 

1) Une brillante lignée d'architectes

 Les Cailleau, dont le fils aîné se prénomme toujours Alexandre, sont issus de tailleurs de pierre, habitant Fontevraud et travaillant pour l'abbaye.

- Alexandre II ( 1675-1750 ), porte le titre d'architecte en 1708 et d'entrepreneur des ouvrages du roi en 1711 ( d'après Bernard Mayaud ). Il construit la chapelle du château de Brézé, mais il travaille surtout pour l'abbesse. Lorsque Mesdames de France, filles de Louis XV, y sont éduquées, il exécute les travaux de transformation du Logis Bourbon et vient toutes les semaines vérifier l'état des bâtiments ( Simone Poignant, L'abbaye de Fontevrault et les filles de Louis XV, 1966, p. 159 et 212 ). Le père Cailleau est un familier des princesses, qu'il prend sur ses genoux pour leur raconter des histoires.

- Alexandre III ( 1708-1779 ), épouse Anne Miet, fille d'un autre entrepreneur de Saumur. Inspecteur des Poudres et Salpêtres, entrepreneur des ouvrages du roi, il est avant tout le bâtisseur du pont Cessart. Pendant ces travaux d'une ampleur exceptionnelle, il est à la tête de la plus grande entreprise de Saumur.

2) Alexandre IV Jean-Baptiste ( 1739-1828 ), un grand bâtisseur

 D'abord ingénieur des Ponts et Chaussées de Bretagne, consulté comme expert lors de l'achèvement du clocher de Saint-Pierre, Alexandre-Jean-Baptiste achève le pont Cessart, reprenant l'importante entreprise familiale. Il bâtit l'Ecole de Cavalerie, puis une écurie privée près du Chardonnet. Il lance l'audacieux pont Fouchard. Pour le baron Foullon, il construit le château de Soulanger. A Saumur, il réalise la " maison de l'abbé Cailleau ", à l'extrémité de la rue Royale, à la tête de l'île qui appartient à sa famille ; il trace les plans de la salle de Spectacle, qu'il construit. Il supprime l'île du Parc et commence la construction du nouveau quai, aujourd'hui "place de la République" et "quai Mayaud" ; ces travaux, adjugés pour 606 700 livres, sont menés par petites tranches en fonction du déblocage des crédits. L'Etat doit parfois des sommes considérables à Cailleau. Enfin, sous la direction de Normand, il reconstruit en partie le château et le réaménage en prison d'Etat de 1811 à 1813.

3) Le sieur de la Trochoire

 La famille Cailleau possède plusieurs maisons dans Saumur. Alexandre-Jean-Baptiste en habite une, située à l'extrémité de la rue de la Petite-Bilange, près du port Saint-Nicolas.
 La famille possède aussi le moulin neuf de la Basse-Herpinière, à Turquant.Manoir de la Trochoire à Couziers Surtout, Alexandre-Jean-Baptiste a en héritage de son père le domaine de la Trochoire, situé sur la paroisse de Couziers, donc non loin de Fontevraud. C'est un ensemble seigneurial, avec fuie, chapelle dédiée à Sainte-Anne, ferme et un vaste logis de maître en équerre, construit à l'évidence en plusieurs étapes, la partie gauche correspondant au style habituel de notre architecte.
 Dans cette chapelle, sa soeur Victoire, épouse Louis de Foucauld de Pontbriand, écuyer, capitaine des carabiniers. Pendant la Révolution, ce dernier prend le chemin de l'émigration avec son fils. Alliance compromettante pour le maire de Saumur, qui se retrouve beau-frère et oncle d'émigré.
 En tout cas, à la fin de l'Ancien Régime, notre entrepreneur, vraisemblablement fortuné, est allié à la noblesse, mais il n'a aucune chance de s'y intégrer, car « homme à talents », il n'appartient à aucun corps ; il se situe hors de la caste des possesseurs d'offices. Il parvient au rang d'assesseur à l'Hôtel de Ville, mais il ne peut guère espérer le titre d'échevin. Cependant, sa compétence lui vaut d'être député à l'Assemblée provinciale de l'Anjou. En 1789, il est déchu en compagnie de la municipalité dirigée par Blondé de Bagneux.
 Il opère son retour par la voie des urnes. A la suite du refus de Cigongne, il est élu maire le 9 décembre 1791. Aux premiers scrutins, ses résultats sont modestes, mais il les consolide les années suivantes.

4) Une personnalité marquante

 A partir de témoignages oraux, Desmé de Chavigny ( p. 198 ) écrit à son sujet : « Les travaux importants dont il avait été chargé lui avaient donné une grande influence sur les ouvriers de la ville. Il imposait au peuple par sa taille élevée, son aspect sévère et rude, son laconisme, tandis qu'il rassurait les bourgeois philosophes par son hostilité bien connue à l'égard de toute idée religieuse ».
 Les documents d'archives confirment cette présentation. Réélu ou nommé à la tête de Saumur jusqu'en juillet 1800 ( à part une interruption en 1797 ), Cailleau anime l'administration municipale avec une énergie et une compétence exceptionnelles ( abondants renseignements des chapitres 23 à 27 ).

Signatures du maire Cailleau, de l'officier municipal Ollivier fils, du procureur Allain  et du notable Rathouis, A.M.S., 5 D 3

Sa signature, " Cailleau, maire ", apparaît pendant huit ans sur une masse de documents. Efficace au milieu des pires difficultés, le maire de Saumur peut faire preuve d'indépendance. Dans son compte rendu imprimé de la chute de Saumur devant les Vendéens, il dénonce vertement l'incapacité des généraux. Dans ses correspondances avec les Représentants en mission ou avec leur agent local, Lepetit, il manifeste une réelle liberté de ton et parfois de l'insolence.
 Sa position en vue lui vaut bien des ennuis. Les Vendéens pillent sa maison de la rue de la Petite-Bilange et brûlent ses meubles. Mais il subit des avanies venant de son propre camp ; des soldats républicains déserteurs saccagent le domaine de la Trochoire, malmènent sa fille et violent une servante.

5) Ses convictions

  Homme d'action, Cailleau n'est pas un idéologue. Il semble se méfier de l'emphase de ses contemporains. Il n'a pas appartenu aux loges maçonniques. Il assiste rarement aux réunions du club des Jacobins et, quand il y va, c'est pour remettre de l'ordre. Il laisse à d'autres membres de la municipalité le soin de rédiger les déclarations théoriques et d'organiser les fêtes révolutionnaires.
 Exceptionnellement, il manifeste des opinions personnelles en signant des déclarations antireligieuses et en encourageant le mariage des anciens prêtres. Il connaît sans doute de trop près les milieux ecclésiastiques ; il a un frère cadet, Joseph-Paul Cailleau de Baudiment, un ancien protégé de l'abbesse de Fontevraud, devenu chanoine de Saint-Quentin, puis aumônier par quartier à la Cour. Ces fonctions étant peu prenantes, Cailleau de Baudiment vit à Saumur, « où il a laissé des souvenirs peu édifiants », selon la sobre formule de Célestin Port.
 Par ailleurs, dans son activité, Cailleau témoigne d'un vif patriotisme. Il a vraisemblablement encouragé son fils, Alexandre-Marie, à s'engager dans le premier bataillon de Volontaires. Ce fils, devenu sous-lieutenant au 11 ème régiment de cavalerie, est tué en 1793 à la bataille de Wissembourg.

6) Une exceptionnelle longévité

 Le Consulat et l'Empire semblent répondre aux aspirations de l'ancien maire. Cailleau demeure conseiller municipal pendant toute cette période. En 1814, invité à venir prêter serment au roi restauré, il s'abstient, mais sa lettre d'excuse demeure énigmatique, puisqu'elle comporte des éloges outrés à l'égard du nouveau souverain. Faut-il y voir un second degré ? En tout cas, il adhère pleinement aux Cent-Jours ; il préside les assemblées électorales du Maine-et-Loire. En sa qualité de doyen de tous les collèges électoraux du pays, il est invité à un banquet donné aux Tuileries.

 Il décède en 1828, à 89 ans. Deux ans plus tard, un autre de ses fils, Jean-Baptiste Cailleau-Grandmaison devient maire de Saumur à son tour.

 

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