Octave Desmé de Chavigny

 

 Charles-Joseph-Octave Desmé de Chavigny est né le 5 octobre 1838 à Chavigny, fils de Charles-Jean-Pierre Desmé de Chavigny, garde du corps de Louis XVIII, et de Henriette-Marie-Armande Seguin de Broin ( d'après Bernard Mayaud, t. 13, 1993 ). Saint-Cyrien en 1858, il démissionne de l'armée en 1867, se retire sur ses terres et devient maire de Lerné.
 Il a une soeur, Marie-Armande, qui épouse Charles-Pierre-Abdon Deslandes, chef d'escadrons, qui possède le château de Bagneux et ses archives.
 De son mariage avec Marie-Aline Martin de Beaucé, il a cinq enfants, dont Marie-Anne-Valentine, épouse du général Delavau.
 Il décède à Chavigny le 8 novembre 1917.

 Passionné par l'histoire de Saumur, il a passé de nombreuses années à l'étudier. Il connaît fort bien les archives municipales, assez peu les archives nationales, et pas du tout les archives départementales. En relations avec les grandes familles de la région, il a accès à leurs papiers, il identifie fort bien leurs ancêtres, leurs parentèles, leur poids social. En outre, avec une grande libéralité, le ministre Henri Allain-Targé lui ouvre sa bibliothèque, qui contient des documents rares, provenant de son grand-père, René-François, qui avait été secrétaire du district de Saumur, puis juge.

 Royaliste légitimiste et catholique intransigeant, Desmé ne cache nullement ses opinions, qui auraient pu l'amener à travailler sur des périodes qui lui sont chères. Il a, au contraire, fait le choix étrange de publier sur des thèmes qu'il abhorre : la Révolution et la Réforme. Il en résulte de curieux ouvrages, à la fois érudits, bourrés de faits et donc de consultation indispensable, malgré leur date, mais qu'il faut aborder avec un esprit critique en éveil, tant sont marquées les limites méthodologiques, les oeillères et les passions de l'auteur.

 

Histoire de Saumur pendant la Révolution

 Publié par articles dans la Revue historique de l'Ouest, puis en un seul volume, en 1892, chez Lafolye, à Vannes, cet ouvrage a été réédité en reprint en 2003 par les Editions Cheminements, précédé par des éloges dithyrambiques.
 Malgré sa date ancienne et des références périmées, cet ouvrage demeure fort utile ; il est abondant ( 356 pages ) et offre un index commode. Il doit cependant être consulté avec de solides paramètres critiques. Desmé de Chavigny affirme s'appuyer exclusivement sur des sources écrites et rejeter les traditions orales, ce qui est fort louable, mais il recourt parfois aux traditions, sans le préciser. Il a étudié à fond les archives municipales de Saumur et les archives judiciaires d'Angers ; il a aussi consulté des documents rares dans la bibliothèque du château de Targé. Il n'a rien vu aux archives départementales, qui constituent pourtant la source la plus riche. Il ne cite jamais les travaux de Célestin Port sur la période, malgré tout fondamentaux, et parus quand il publie.

 Reprenant la formule de Montaigne, il affirme avoir rédigé  « une oeuvre de bonne foi » ( p. 3 ), ajoutant : « je me suis borné à raconter les événements sans les juger » ( p. 2 ). Ce n'est là qu'une déclaration d'intentions, car il juge sans cesse avec sévérité, et avec une certaine inquiétude, estimant qu'une « révolution, plus radicale que celle de 1789, menace la société » ( p. 2 ) [ je suppose qu'il songe à la Commune de Paris ]. Il énumère les faits, mais il les comprend mal, ne voyant aucune différence entre un monarchien, un girondin et un montagnard.
 Enfermé dans son traditionalisme, marqué par Taine et Augustin Cochin, il pense que l'Ancien Régime, sorti naturellement du fond des âges, ne présentait guère de défauts : « ce besoin de réformes était-il bien réel ? » ( p. 5 ). En conséquence, il ne parvient pas à expliquer comment Saumur est devenu très majoritairement révolutionnaire. Il se réfugie dans un alibi : la ville fut terrorisée « par les Commissaires de la Convention et les agents de la commune de Paris », ce qui est à peine recevable et pour quelques mois seulement.
 Plus gênant encore, quand on ne dispose pas de l'original, les textes portant sur des idées sont fréquemment interprétés à contresens, par ex., p. 25, 28, 48, 66, etc.
 Son récit ne s'intéresse qu'à une centaine de personnages de premier plan. Le reste se ramène à « cette lie du peuple que le ferment révolutionnaire fait remonter des bas-fonds » ( p. 112 ). Desmé ne comprend rien du tout à la complexité des stratifications sociales, y compris sous l'Ancien Régime.
 Son étude cesse brusquement sur la chute de Robespierre. La Convention thermidorienne est à peine évoquée. Le Directoire, qui n'est pas dépourvu d'intérêt, surtout à Saumur, est escamoté.

 Enfin, nul ne peut se vanter de produire des textes sans aucune coquille [ surtout en cas de saisie électronique ]. Cette fois, en dépit de deux pages d'errata, il en subsiste un nombre considérable ( j'en compte, par exemple, six à la seule page 22 ). Les noms propres sont souvent déformés, les pièces justificatives parfois défectueuses.

 Sera cité sous la forme Desmé.

 

L'Eglise et l'Académie protestante de Saumur

 Il s'agit d'une série d'articles parus dans des revues locales depuis 1899 jusqu'à 1914. Cette publication apporte peu de choses sur l'Académie protestante, bien mieux étudiée depuis.
 Sur le XVIe siècle et sur les origines de l'église protestante, l'auteur produit des faits précieux. Il a pu consulter les papiers qui étaient conservés dans l'annexe du temple de Saumur et qui ont brûlé en 1940. Il faut, malgré tout, tenir compte des insuffisances de ces travaux. Tous les chercheurs connaissent la difficulté de déchiffrer les documents manuscrits du XVIe siècle, surtout quand ils émanent de notaires ; il est téméraire de prétendre à une transcription sans faute dans ce domaine. Mais Desmé les accumule, écorchant environ le tiers des noms propres qu'il cite. Il ignore que le style du 1er janvier n'a été adopté en France qu'en 1567 ; il faut donc contrôler les dates antérieures qui se situeraient avant Pâques ; j'ai relevé plusieurs erreurs d'un an.
 Enfin, notre auteur, détestant les " Parpaillots ", ne comprend pas grand chose à leurs débats théologiques, pourtant si animés. Une autre thèse, non exprimée, est sous-jacente à ce travail : Desmé s'efforce de démontrer qu'aucune église constituée n'existait à Saumur avant Duplessis-Mornay ( alors que j'en apporte des preuves incontestables ). La raison cachée, c'est qu'il approuve la Révocation de l'Edit de Nantes.

 

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