Marcouard ( Famille )

 

 La finale en "ARD" caractérise un nom d'origine germanique, "Hard" signifiant : "dur, fort". Ce qui ne prouve rien sur l'origine réelle de cette lignée, mais prouve tout sur le caractère vindicatif de ces seigneurs turbulents, héros éponymes du Coudray ( un éponyme donne son nom ).
 Nos sources se limitent à quelques phrases, qu'il faut bien compléter par quelques hypothèses, à la condition formelle de les présenter comme telles.

I) Les premiers Marcouard

 Le nom de Marcouard , plutôt rare, n'est tout de même pas exceptionnel ( surtout sous la variante "Marquard" ). Sous la forme Marcoardus, il apparaît à deux reprises en 929-930 et en 966-973, mais sans lien évident avec la région du Coudray ; il peut donc s'agir d'une autre lignée ( il en existe une dans les parages du Mans ).
 A l'inverse, en mai 976, un certain Gautier rend à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers une terre située sur le domaine du Coudray. Parmi les premiers témoins figure un dénommé Marcouard, qu'on peut tenir pour le premier représentant de la famille. Vient ensuite Seiramnus : la charte n° 262 du Livre Noir de Saint-Florent affirme formellement qu'il est le père de Marcouard l'Ancien ( qui suit en II ) et le grand père de Marcouard le Jeune ( en III ).
 Je n'ai rien trouvé d'autre sur ce personnage au nom curieux. N'oublions pas cependant que la zone du Coudray est à cheval sur la frontière entre les comtes d'Anjou implantés au sud et les comtes de Blois qui possèdent Saumur et ses environs immédiats. Il n'est pas téméraire de parier que Seiramnus a choisi le camp de Foulques Nerra, ce qui fera la fortune de ses descendants. Sinon, il serait disparu des postes importants.

II) Marcouard l'Ancien

 Apparaît dans les actes dans les années 1026-1060 et est mort un peu avant 1067.
 Il est d'abord moine, et [ probablement après le décès d'un frère aîné ] il redevient chevalier ( O. Guillot, t. 1, p. 75 ). Il fait figure de grand propriétaire dans la région du Coudray et il intervient à Champigny et à Meigné [sur-Dive ?], mais il dépend des barons Hugues et Joscelin de Sainte-Maure.
 Les scribes le présentent comme un rapace qui se jette sur les biens ecclésiastiques. Il s'empare en particulier de la terre de Ternant, située sur la paroisse de Broc et relevant de Saint-Maurice d'Angers ( Ch. Urseau, Le Cartulaire Noir de la Cathédrale d'Angers, 1908, n° 52 ). Ce sacrilège lui vaut d'être excommunié pendant longtemps. Mais, malade, sentant la mort prochaine, il se réfugie dans l'hospice de l'abbaye de Saint-Florent, il prend l'habit de moine, il restitue la terre de Ternant, avec l'accord de Marcouard, son fils unique. Ce dernier, d'ailleurs, récupère la terre, mais paiera quatre deniers de cens. Marcouard l'Ancien donne aussi sa part du serf David à Saint-Florent, qui possédait l'autre moitié.
||  Père de Marcouard le Jeune.
|| Père ou beau-père d'Israël de Vihiers.

III) Marcouard le Jeune ou Marcouard de Saumur

 Actif dans les années 1067 à 1090-1100.
 C'est le personnage le plus important de la lignée. Il élargit les limites de la seigneurie, intervenant à Artannes, Méron et Distré. Selon toute vraisemblance, cette seigneurie est concrétisée par une motteMur du Boile - Porte Marcouard féodale élevée au lieu-dit "le Coudray" ; en tout cas, il est sûr qu'il a sous ses ordres quelques hommes d'armes professionnels, des vavasseurs, auxquels il accorde de maigres bienfaits, comme Eudes, Gerbert, Giraud Chardon, Hubert du Coudray et Joscelin du Coudray. Son domaine est devenu le siège d'une paroisse, ainsi que l'atteste une pancarte ( une récapitulation générale ) de la fin du XIe siècle.

 Ce Marcoardus junior joue aussi un rôle militaire à Saumur ; il fait partie de ces fidèles du comte d'Anjou qui assistent l'oppidanus dans la garde de la place et qui, en contrepartie, obtiennent un petit fief dans la ville.
 Je suppose qu'il a reçu les droits et les revenus de la "porte Marcouard", la principale entrée fortifiée de la place, dont le nom est cité vers 1240. Cette porte était ouverte dans le mur du Boile élevé à partir du XIe siècle.
Un humble vestige de ce châtelet subsiste au bas de la montée du château, le long de l'actuelle rue des Patenôtriers.
D'après l'ordre des souscriptions, notre seigneur du Coudray occupait la deuxième ou la troisième place dans la hiérarchie militaire locale, et il était aussi nommé " Marcouard de Saumur ".

 

 

 

 

Marcouard le Jeune-------

frère ou beau-frère---- --Israël de Vihiers
 

 ||

  ||
 

 Hugues, moine

  *Hugues
*Marcouard
*Y, ép. Renaud de Conversis

IV) Les changements de noms

1- La première dénomination connue du lieudit apparaît en mai 976 sous la forme : « in curte segniaco ». Ailleurs en France, Segniacus aboutit aux formes "Ségny" et "Seigné" ; elle dériverait, selon Dauzat, du nom d'homme gallo-romain, Senius. Ce centre ancien, peut-être antique, se situait à mi-chemin entre le Coudray et Bron, au lieu appelé Saint-Aubin.

2- A l'endroit baptisé " le Coudray " ( les "coudriers" ou les "noisetiers" ), sur la butte actuelle de la petite ville, est élevée la motte féodale de la famille Marcouard. Elle attire autour d'elle le gros des habitations, en raison de la défense qu'elle assure, ce qui explique fort bien le changement de nom.
 Ce changement est entériné en 1138 dans un acte de l'abbaye de Saint-Aubin ( Cartulaire, t. 2, p. 199 ) : « quae terra est apud locum qui dicitur Curtus Campus et est de parrochia Signiensi, quam parrochiam modo Coldreium vocant - cette terre est au lieu appelé Courchamps et est de la paroisse de Signiacus, appelée aujourd'hui la paroisse du Coudray ».

3- Le phénomène linguistique observé à Montreuil se reproduit exactement ici. Comme il y a dans la région plusieurs Montreuil et plusieurs Coudray, une précision seigneuriale est ajoutée : le Coudray [de] Marcouard, où la particule disparaît naturellement selon la loi du moindre effort, de même que le Montreuil de Berlay.

4- Cette même loi du moindre effort vient atténuer les "r", trop rugueux à prononcer pour des gosiers angevins. Comme "Berlay" devient "Bellay", "Marcouard" s'adoucit en "Macouard", dont la forme apparaît avec les deux moines qui suivent.

V) La fin des Macouard

 Au début du XIIe siècle, le seul héritier direct de la lignée, Hugues Macouard, est moine à l'abbaye de Saint-Florent, qui hérite des biens de la famille. Les neveux de Marcouard le Jeune cherchent à les récupérer - ils n'obtiennent que des compensations financières.
 Un autre moine, Païen Macouard est à la tête du prieuré de Brénezay, situé à Distré et dépendant de Saint-Aubin d'Angers, ce qui confirme le démembrement du domaine familial.

 Quant à la seigneurie châtelaine, on n'en parle plus. En 1147, Geoffroy Plantagenêt cherche à stopper les razzias de Giraud II Berlay. Il construit un oppidum au Coudray et y installe de bons soldats à ses ordres ( Jean de Marmoutier, Historia Gaufredi ducis, p. 216 ). Le Coudray devient un château comtal qui, pour l'instant, n'est pas donné en bénéfice héréditaire à une famille.
 Les Marcouard sont disparus, corps et biens.

Sources essentielles

BERTRAND de BROUSSILLON, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, 3 vol., 1903.
Danièle BORET, Les Sentiers de l'Histoire. Le Coudray-Macouard, n° 2, 1996.

 

 

ACCUEIL RÉCIT LIEUX INDEX