La nouvelle église des Ardilliers

 

Plan des Ardilliers, brochure anonyme

 

 

 

 Jusqu'en 1634, la petite église desservie par les Oratoriens est demeurée dans son état du siècle précédent, comme on la voit en haut du plan ci-contre.  En 1631, elle reçoit un orgue installé par Victor Lefebvre, pour 112 livres ( d'après une communication de Jean-Marc Baffert ).

 

 

 Deux importants personnages, Richelieu et Servien, construisent ensuite des chapelles familiales qui en modifient la structure, prélude à d'importants bouleversements qui vont la transformer de fond en comble.

 

 

 

 

 

 La vaste rotonde surmontée par une coupole ovoïde correspond à la dernière étape de ces travaux.

 

 

 

 

 

 

 

1) Les premières chapelles

 Tombé malade à Saujon, près de Saintes, en 1632, le cardinal de Richelieu promet d'élever une chapelle à Notre-Dame des Ardilliers, s'il guérit. Il n'a cependant pas rédigé un voeu en bonne et due forme, qui n'aurait pas manqué d'être publié par les desservants du pèlerinage. Il n'est d'ailleurs pas du tout sûr que le cardinal ait quelquefois visité sa chapelle. Les deux travées du nouvel édifice sont adossées au flanc nord de l'église médiévale par Jean Barbet, l'architecte qui aménage alors la ville de Richelieu et qui travaille sous la direction de Jacques Lemercier. La nouvelle chapelle devient aussitôt une chapelle funéraire, car la soeur du cardinal, Nicole du Plessis, marquise de Maillé-Brézé, décède au château de Saumur le 30 août 1635. Elle avait posé la première de la chapelle en 1634 ; elle y est enterrée. Pour lui-même, le cardinal a préféré le marbre froid de l'église de sa chère Sorbonne.

 Moins célèbre, Abel Servien est cependant un personnage important : diplomate, secrétaire d'Etat à la Guerre, il apparaît surtout comme un redoutable financier. Marquis de Sablé, il possède les forges et les carrières de cette ville. Il commerce grâce à une flotte personnelle de grands vaisseaux et il dispose d'une collection de plus de 100 tableaux. Vieillissant, il se tourne vers la dévotion et vers le jansénisme, il admire Philippe de Champaigne, autre familier de Port-Royal, et lui commande une toile pour l'autel de sa chapelle familiale.Armes de Richelieu au-dessus de la fontaine du pèlerinage


 Edifiée sur le flanc sud de l'église de 1652 à 1656, la chapelle de Servien utilise des matériaux régionaux, le tuffeau tiré de la carrière de la Maumenière à Montsoreau, le marbre noir de Sablé ( dont Servien était seigneur ) et, pour le pavement, l'ardoise d'Anjou et la pierre de Baugé-lès-Fours. Craignant l'humidité qui filtrait de la fontaine toute proche, Servien fait aménager un aqueduc qui passe sous l'ancienne chapelle et conduit l'eau en avant de la chapelle de Richelieu. La vasque est aujourd'hui décorée par les armes du cardinal.
 Augustine Le Roux, dame de la Roche des Aubiers, jeune épouse de Servien, précède son mari dans le caveau familial.

 

 

 

 

2) Le grand projet d'Abel-Louis de Sainte-Marthe

 Descendant d'une brillante famille d'humanistes et d'érudits originaire de Fontevraud, Abel-Louis de Sainte-Marthe ( 1621-1697 ) collabore à la Gallia christiana, la vaste encyclopédie sur le clergé français. Oratorien, il devient en 1654 le supérieur de l'établissement de Saumur, pour lequel il se passionne. Il décide de remodeler la chapelle en la dotant d'un nouveau choeur d'un baroque affirmé et surtout en la faisant précéder par une rotonde aux proportions grandioses. Cet immense vestibule pourra accueillir les pèlerins ; des autels et des boutiques de souvenirs sont aménagés dans les angles. Cette réalisation monumentale affiche surtout la puissance de la Contre-Réforme et il en reprend la figuration symbolique des quatre évangélistes et de quatre docteurs de l'Eglise qui définissent la tradition catholique.

 Pour le Père de Sainte-Marthe, cette rotonde ne pouvait que s'inspirer de l'Antiquité et du classicisme romain. Les premiers plans qu'il dresse avec les architectes Pierre Biardeau et Florent Gondouin s'inspirent du temple d'Albano, du Panthéon et des grands édifices de la Renaissance italienne.

 

 

3) La première campagne

Jean Marot, élévation de la rotondeFaçade occidentale de la rotonde Subventionnés par Servien, les premiers travaux de la rotonde débutent en 1656. Les fondations sur pilotis sont difficiles à réaliser, et Biardeau en vient à douter de la solidité du lourd édifice qui a atteint le niveau du premier étage. Deux célèbres architectes parisiens sont alors consultés : Louis le Vau et Jean Marot. Ils déclarent l'entreprise réalisable et Jean Marot en trace trois gravures qui reprennent le projet avec quelques variantes ( à gauche ), mais il n'est qu'un expert, rétribué par 25 écus, et non pas l'architecte définitif.

 La comparaison entre son interprétation et la rotonde achevée révèle de nombreuses différences. La base carrée, déjà bâtie, prévoit un autre rythme de colonnades. Sur le fronton, seraient sculptées les armoiries de Servien. Les pierres sont toujours en attente. Une balustrade et des statues monumentales sont envisagées par Marot. Surtout, ce dernier subdivise en deux registres le tambour supportant le dôme. Le parti définitif qui choisit un seul étage de baies étirées semble plus heureux.

 De toutes façons, les travaux sont stoppés avec la mort de Servien en 1659.

 

 

 

 

 

4) Le nouveau choeur ( 1665-1676 )Maître-autel de la nouvelle église des Ardilliers

 La reine Marie-Thérèse prend le relais en acceptant de financer un nouveau maître-autel surmonté par un retable. Pierre Biardeau en trace les plans ; il voit tellement grand et tellement haut qu'il faudra surélever la voûte préexistante. Il entretient des relations orageuses avec les oratoriens et finit par abandonner le chantier, alors que meurt la reine, principale donatrice.
 Le sculpteur tourangeau Antoine Charpentier prend la suite et met en place l'essentiel des sculptures, mais ce gigantesque ensemble dédié au thème de la Passion n'est totalement achevé qu'aux environs de 1856 par l'atelier de sculpture religieuse de l'abbé Choyer, qui réalise la partie centrale.
 Avec ses jeux de couleurs, ses effets de perspective, ses guirlandes, ses couronnes, ses angelots, son entrée côté cour et côté jardin, cet autel chargé présente tous les attributs d'un décor d'opéra.

 

 

 

 

5) L'achèvement de la rotonde ( 1690-1696 )

 Devenu supérieur général de l'Oratoire, le Père de Sainte-Marthe pèse de toute son autorité en faveur de la reprise des travaux de la rotonde, dont seule la base carrée est achevée. Il rencontre de fortes oppositions, en particulier celle de ses assistants, qui lui reprochent son goût pour l'architecture ostentatoire et ses achats de marbre de Sicile.
 En 1690, il vient à Saumur et ordonne la reprise du chantier, qui est surtout exécuté par Michel Fougeau. Pour régler les frais, il met en vente le considérable trésor de la chapelle, malgré l'opposition de Michel David, le supérieur de Saumur. Il revient en avril 1695 afin de presser l'achèvement du dôme. Il prolonge son séjour jusqu'en juin de l'année suivante. Les autres dirigeants de l'Oratoire lui reprochent de se préoccuper bien plus de sa rotonde que de sa congrégation. Ils l'obligent à démissionner, le jugeant quelque peu mégalomane et la Cour le jugeant trop janséniste ( Louis Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire, t. 4, p. 38 et sq. ).
Gaignières, Veüe de l'église de Nostre Dame des Ardilliers, encre et aquarelle, 1699  La croix de fer, culminant à 42 mètres au-dessus du sol, est enfin posée. C'est cet ensemble tout neuf que Gaignières fait représenter en 1699. Son dessinateur, Louis Boudan, commet un bon nombre d'inexactitudes. En particulier, il déforme l'orientation de la base carrée du dôme. Par ailleurs, une restauration du XIXe siècle a ajouté la balustrade qui entoure la lanterne supérieure. A l'inverse, il faut créditer Boudan d'un intéressant témoignage sur l'animation du port et sur l'étroitesse de la place.

 Entre temps, la Révocation de l'Edit de Nantes a donné une signification locale plus combative à ce monument de la Contre-Réforme. Une inscription, qui date l'achèvement du dôme en l'année 1695, glorifie Louis XIV de ses victoires sur l'hérésie ( engagé dans la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, il remporte alors des succès sur le royaume d'Angleterre et sur la république des Provinces-Unies ). Voir texte dans " Le pèlerinage antiprotestant". Cette inscription discourtoise, détruite à la Révolution, a été rétablie sous une forme abrégée.

 

 Ce monument, posé au pied d'un coteau et dans un recoin champêtre, n'a jamais fait l'unanimité. Autant il aurait sa place dans une vaste perspective urbaine, autant il détonne ici. C'était déjà l'avis du voyageur Mignot de Montigny en 1752 : « l'église a été bâtie à grands frais sous Louis XIV, mais avec aussi peu de goût que de solidité ».
 Heureusement, il y a en arrière le charme discret de la Maison de l'Oratoire et des jardins, ainsi que de nombreuses curiosités à l'intérieur du monument.

 

 

6) Les interventions postérieures

 - De 1849 à 1852, l'architecte-voyer Joly-Leterme reconstruit en entier la chapelle de Richelieu, en lui ajoutant quelques enjolivures.

- L'abbé Choyer achève les sculptures des autels.

- L'église et la Maison de l'Oratoire sont incendiées par des obus allemands en juin 1940, puis, en 1944, ébranlées par des bombes alliées visant le pont de fer. Une restauration générale, parfois avec des matériaux modernes, est opérée de 1947 à 1957.Présentation au temple

 

 

 

 

7) Le tableau de Philippe de Champaigne

  Commandée en 1655 par Servien, la grande toile de Philippe de Champaigne figure la Présentation de Jésus au temple ; le vieillard Siméon, placé dans le vestibule du temple, tient l'Enfant Jésus dans ses bras et prononce la formule : " Nunc dimittis... ".
 
Selon Bernard Dorival ( Philippe de Champaigne, 1602-1674,, t. 2, 1976, n° 49 ), cette grande toile non signée est une oeuvre d'atelier reprenant explicitement une Présentation au temple réalisée environ 25 ans plus tôt. Le peintre a cependant accentué les éclairages et donné aux vêtements des couleurs inhabituelles et dramatiques, ce qui donne une forte présence aux personnages centraux.

 Le tableau devient aussitôt célèbre. D'après un récit un peu mélodramatique, un Saumurois, le sabre à la main, le protège contre les ravages des déchristianisateurs de 1793. En 1827, le Conseil municipal vote un budget de 600 francs pour sa restauration ; il l'envoie vers Paris, mais s'inquiète de ne pas le voir revenir... Par crainte de l'humidité, le tableau est transféré pendant un siècle dans la chapelle de l'hôpital.

 

 

 

 

 

8) L'ex-voto de Saint-Aignan sur Cher

Ex voto de Saint-Aignan ( chapelle de Servien )

 

 

 En 1631, la ville de Saint-Aignan offre ce curieux ex-voto pour remercier la Vierge des Ardilliers d'avoir sauvé la cité de la peste. Sur la partie inférieure ci-contre, la ville est représentée d'une manière naïve et maladroite, encadrée par ses protecteurs, Saint Aignan et Saint Prisque.

 

 

 

9) Parmi les inscriptions gravées

- Plaque tombale de Philippe de Maliverné, sénéchal de Saumur et bienfaiteur des Ardilliers, dédiée par son épouse, Marguerite de Blacvod.

- A l'entrée de la chapelle de Richelieu, deux plaques dédiées par Monseigneur Freppel, l'une en 1870, l'autre en 1873, renouvelant la consécration de Saumur à la Vierge des Ardilliers en 1454 et en 1615 et la remerciant d'avoir protégé la ville de l'invasion prussienne.

 

 

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