La Tour Grenetière   

 

La tour Grenetière, vue du côté Ouest L'écriture " Grenetière ", à peu près permanente, est préférable à " Grainetière ", dont l'apparition est exceptionnelle. C'est la tour-grenier.


1) Une tour d'enceinte construite sous Louis XI

 

 

 Haute de 34 mètres, reposant sur des murs épaisà sa base de 3,50 m, cette puissante tour forme un éperon en avancée sur l'angle sud-ouest du mur d'enceinte médiéval. Sa fonction évidente est de contrôler les routes qui passent à ses pieds et qui mènent au pont Fouchard, puis dans le Poitou. D'après le plan de Prieur-Duperray, vers 1750, orienté vers le sud, la tour, précédée par des fossés et par un boulevard planté d'arbres, forme un ensemble avancé avec la tour du Bourg reconnaissable au milieu du plan. On peut se demander si cet ensemble n'a pas été rajouté au XVe siècle afin de renforcer la secteur. Il n'y avait alors aucun accès à la tour du côté des fossés ou des préaux de la prison. L'entrée s'opérait par le chemin de ronde du rempart qui traversait la tour au niveau du premier étage. Toutefois, une petite entrée existait depuis l'intérieur de la ville close par un passage étroit prolongeant l'axe de la rue des Payens, qui n'était pas encore débouchée. Ce passage en escalier doublait l'ancienne muraille.

Entrée de la tour Grenetière

Bas de la tour Grenetière 

 

 

 Depuis l'actuelle rue des Payens, on peut voir, à gauche, des vestiges de l'ancienne enceinte doublée et le départ de la tourelle reliant le deuxième étage au premier. La muraille devait monter plus haut et atteindre le niveau de la porte d'accès.

 

 Dans l'étude sur les fortifications à la fin du XVe siècle, nous avons présenté la salle de l'étage supérieur couverte par une voûte à huit pans portant les armes royales. Le doublement de la courtine du côté de la rue des Payens permet aussi de conclure à un renforcement de l'enceinte.

 

 

 Le couronnement actuel présente des mâchicoulis à décor tréflé, surmontés par des créneaux, des merlons traversés par des archères de forme médiévale, c'est-à-dire évasées vers l'intérieur et très étroites à l'extérieur. Ces dispositions résultent d'une forte restauration récente, s'inspirant de la tour de Trèves et de l'Hôtel de Ville de Saumur.

Le sommet actuel de la tour Grenetière, vu de la place de l'Arche Dorée

 

Etat ancien de la tour sur une carte postale envoyée en 1914

 

 

 La tour avait été découronnée en 1806 pour des raisons de sécurité et un simple parapet avait été élevé pour enclore la terrasse ouverte aux prisonniers. Cette carte postale colorisée, envoyée le 22 décembre 1914, présente le fâcheux état de la tour dans son état ancien.

 Le couronnement actuel est plus gracieux. Je remarque toutefois que les corbeaux des mâchicoulis présentaient un plus fort relief à l'époque ; les actuels paraissent bien plats. On ne voyait aussi qu'une minuscule ouverture. Sans doute, la large canonnière actuelle résulte-t-elle de constatations effectuées à l'intérieur.

 

 

 

 

 

2) Une tour d'artillerie

Les ouvertures primitives de la tour Grenetière La forme pyramidale de ses murs démontre qu'elle a été construite pour résister à des tirs de boulets ; son aménagement intérieur, sa terrasse supérieure prouvent qu'elle pouvait porter du canon. De fait, un inventaire de l'artillerie dressé en novembre 1589 révèle que « la tour de la Grenetière » contient deux pièces montées. Les ouvertures dans le mur sont alors minuscules, de forme carrée, comme celle de gauche, leur embrasure s'élargissant vers l'intérieur.

 

 

 

 

3) Ensuite, un grenier d'abondance

 Lorsque les récoltes sont excédentaires, les édiles stockent des céréales panifiables en prévision des années de disette. La tour a servi de grenier d'abondance, selon les dires de Bernard de Haumont. Cette fonction de " tour-grenier " explique très vraisemblablement son nom ; elle a pu coexister avec sa fonction défensive, puisque la dénomination apparaît dès 1589.

 

4) La prison pour faux-sauniers

La grande salle du rez-de-chaussée Le rôle militaire de l'enceinte urbaine disparaît au lendemain de la Fronde. La tour, qui fait 11 mètres de diamètre intérieur et offre quatre étages utiles, plus un cachot souterrain et une terrasse, est alors transformée en prison. La juridiction locale des gabelles, par un ordre royal de 1664, obtient l'autorisation d'y enfermer les contrevenants qu'elle juge et condamne.


 La tour demeure la propriété de la ville, qui reçoit un loyer de 250 livres par an. Quelques transformations sont opérées. Des tinettes superposées sont aménagées dans la partie du mur, qui se raccorde à l'ancienne muraille du côté nord et dont le parement en grès roux est moins élégant que la pierre de tuffeau employée ailleurs. Le greffe de la prison est installé dans la grande salle du rez-de-chaussée, alors sans ouverture vers l'extérieur et seulement desservie par un escalier descendant depuis le mur d'enceinte ( l'étroite porte d'entrée actuelle est un aménagement récent à l'intention de la gendarmerie, qui avait installé son cachot ).Fermeture des portes et des guichets


 Des jeux de serrures et de verrous ferment les épaisses portes et les étroits guichets.

 Le tribunal local des gabelles, composé de trois officiers, condamne les délinquants à des peines d'amende ou de galères ( qui peuvent être commuées en engagement dans l'armée ). Il y a constamment de 50 à 60 prisonniers dans chacune des trois salles de détention. Au début, ils étaient enchaînés par les pieds à une poutre centrale ; à partir de 1695, ils sont enchaînés deux par deux par le cou, ce qui rend leur situation plus pénible.
Les nouvelles ouvertures du XVIIIe siècle Dans un mémoire de novembre 1711, le curé de Saumur et son vicaire dressent un tableau effrayant de l'état de la prison et du taux élevé de mortalité qui y règne. Voir détails dans l'étude sur la répression du faux-saunage. Selon eux, la mauvaise aération des salles est la cause principale de ces nombreux décès. Ils obtiennent l'ouverture, quelques années plus tard, de hautes fenêtres, gardées par des grilles ( sur celle du haut, on remarquera un barreau qui a été scié ).
 Quelques autres transformations sont opérées. Une chapelle, dédiée à saint André, située au premier étage de l'actuelle crèche Chauvet, est bénite en 1726. Les douves sont comblées et remplacées par des préaux et par des cours entourés de hauts murs ; les prisonniers peuvent s'y aérer ( auparavant, ils ne disposaient que d'un accès limité à la terrasse supérieure ).

 La situation de la prison ne s'améliore pas pour autant, car, le 3 juillet 1742 est créée une Commission souveraine, un tribunal spécial chargé de réprimer de façon exemplaire les plus graves délits de faux-saunage commis dans les généralités de Tours, Poitiers, Bourges et Moulins. Comme cette cour prononce d'abondantes peines de galères, la tour Grenetière déborde de prisonniers, surtout avant le passage de la chaîne. Des femmes apparaissent en plus grand nombre ; elles sont parquées dans la tour du Bourg.

 La gabelle est abolie, officiellement à compter du 1er avril 1790, mais elle était perçue à un tarif réduit depuis le mois d'octobre précédent. La Commission souveraine est révoquée le 27 septembre 1789. Les prisonniers sont amnistiés et aussitôt libérés. Ainsi s'achève une première période carcérale qui a duré plus d'un siècle. La tour est vide pour quelque temps.

 

5) La prison communale

 Dans la réorganisation révolutionnaire, elle devient une prison communale. Comme elle est la seule geôle spacieuse de la région, les centres voisins comme Montreuil, Doué, Vihiers ou même Thouars et Bressuire, lui envoient leurs détenus.
 Les effectifs flambent brusquement avec le début des guerres civiles et la révolte vendéenne. Des colonnes de prisonniers convergent de partout. En septembre 1793, la prison de la tour Grenetière compte plus de 400 détenus, qui ne peuvent y tenir ; trois maisons voisines sont réquisitionnées. Mais l'hygiène est déplorable ; une épidémie de typhus y cause 282 décès en l'espace de 81 jours ( voir chapitre sur la Terreur , les prisons ).
 Après les exécutions, les effectifs retombent avec la période thermidorienne, où de nombreux détenus sont libérés, alors que d'autres s'évadent.

 

6) La maison d'arrêt de l'arrondissement

 Dans la nouvelle structure du Consulat, le tribunal d'arrondissement est installé dans l'ancienne cour des Aides de la rue du Prêche. Il est encadré par la maison d'arrêt, où les quelque 30 à 40 prévenus et condamnés sont plutôt au large. Ils peuvent désormais être classés par catégories. 

Archives Nationales, F21/1889 ( floréal an 12) Le plan ci-contre des Archives nationales, dressé en 1804 au niveau du premier étage et orienté vers le sud, montre l'étendue des locaux. La rue des Payens n'est pas encore débouchée. La tour Grenetière, à droite, communique avec le tribunal et la prison des femmes ( à gauche, dans la tour du Bourg ) par une galerie de circulation située au premier étage, sur l'ancienne muraille. Le long de cette galerie, quatre petites pièces, construites en planches autour d'un escalier central, servent pour la correctionnelle et pour les condamnés « pouvant se faire traiter en particulier ». La tour elle-même est distribuée ainsi : la salle inférieure sert de cachot ; la salle du greffe, au rez-de-chaussée, est atteinte par un escalier aménagé dans l'épaisseur de la muraille ; la salle du premier étage est réservée aux grands criminels, celle du deuxième étage reçoit les prévenus de vol, celle du troisième étage les " criminels involontaires " ; on y accède par une vis très raide.
 Quelques travaux, assez limités, sont effectués. Le sol des préaux et des hangars est relevé de 80 centimètres, à cause des risques d'inondation ; la plate-forme supérieure, considérée comme dangereuse est détruite par l'ingénieur Normand en 1806.

 

9) La fin de la prison

 Une nouvelle prison, respectant les plans standardisés, est construite en arrière du Palais de Justice. Les détenus y sont transférés en 1838. La tour Grenetière est alors annexée à la gendarmerie, construite à cette époque dans les anciens fossés. Elle est l'objet d'une première restauration en 1867-1868.

 

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