L'hippodrome de Verrie

 

hippodrome de Verrie

 Une végétation rase, des arbres résineux souffreteux, des vallons irréguliers, barrés par des buttes de grès à sabalites aux noms bizarres, les " Crottes de Biques ", " le Montésy ", la rudesse des lieux ne permet guère d'imaginer un passé vivant.

 

1) Une forte occupation préhistorique

 Le comte Joseph-François Baillou de La Brosse, propriétaire de l'ancien château de Marson, acquéreur de vastes terrains dans la région, adhérant à de nombreuses sociétés savantes et passionné par l'archéologie, fouille à plusieurs reprises les lieux vers 1834 : dans un tumulus, il trouve du mobilier datant de l'âge du fer, plus précisément du Hallstatt final, une amphore cinéraire et un bouton d'or, à côté des pilotis et des substructions qui pourraient être romaines et, dans les grottes troglodytiques du Montésy, des cavités qui auraient pu servir de silos de stockage. Avouons que ces découvertes déposées au musée de Saumur, mais peu analysées, ne présentent pas toutes les garanties scientifiques désirables ( V. Godard-Faultrier, L'Anjou et ses monuments, t. 1, Angers, 1839, p. 41 et 45 ; Michel Provost, Carte archéologique de la Gaule. Le Maine-et-Loire 49, Paris, 1988, p. 52 ). Cependant, à partir d'autres constatations abondantes, il demeure certain que cette région présentait une forte occupation humaine aux temps préhistoriques.

2) La Verreia villa

Un grand domaine occupait tout le pays et s'étendait vers le nord jusqu'au Thouet et jusqu'à la Loire, très probablement gallo-romain et tirant son nom de Verrius, un gentilice bien attesté ( Pierre-Louis Augereau, Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire, Cheminements, 2004, p. 208 ). A coup sûr, il existe à l'époque carolingienne et, à partir de 1026, les moines de Saint-Florent entreprennent la construction de leur nouveau monastère dans une dépendance de cette villa et sur un terrain qui avait été construit antérieurement. La villa de Verrie fait partie du domaine particulier des abbés de Saint-Florent. Le logis du prieur leur sert de maison de campagne. Pendant la Guerre de Cent Ans, quand des bandes anglaises rôdent dans la région, ils fortifient le « Verrie manerium, le manoir de Verrie », en le protégeant par une grosse tour. Leur domaine devient une exploitation modèle, entourée par un grand mur d'une lieue de long ( 4,87 km ). Outre des cultures vivrières, ils y pratiquent un élevage méthodique des moutons et des bovins ; ils organisent aussi des pêcheries ( nous disposons de comptabilités de l'époque des abbés du Bellay, mais pas très faciles à analyser ). Les petits ruisseaux de la région, pourtant à faible pente, sont barrés par des digues de terre et leurs biefs font tourner des moulins. Quatre moulins ont une existence bien attestée dans la région ; le dernier en activité deviendra le Moulin à cuivre. Ainsi naît l'étang de Mortemer ( écrit aussi Mortemé, car on le prononçait ainsi ). Son étymologie évidente de « mer morte » suggère une grande retenue, comparable à l'étang de Marson, qui était son voisin et son cousin. A partir de cet extrait de la carte au 1/50 000 ème, on pourra reconstituer les deux étangs. L'étang de Mortemer apparaît comme un peu plus grand.

 

Carte au 1/50 000ème

 L'alimentation en eau s'est elle tarie ? En tout cas, Mortemer est qualifié de marais à partir du XVIIe siècle. Un acte de 1610 décrit deux étangs séparés : « le petit estan de Morte Mer, situé sur la paroisse de Verrie et près le parc dudit lieu et joignant d'eung costé et d'autre costé au grand estang de Morte Mer » ( A.D.M.L., H 2 433 ). L'étang se rétrécit sans cesse, il est minuscule sur la carte d'Etat Major au 1/80 000 type 1889 ( les pointillés minuscules au-dessous de la nappe d'eau représentent un marécage ).

Carte d'Etat Major

   Ces marais abandonnés avaient étés vendus pour une bouchée de pain comme biens nationaux à l'époque de la Révolution. Les communes de Rou-Marson et de Verrie se partagent le terrain ( la limite est visible en pointillés sur la carte au 1/50 000 ème ). Une autre partie appartient au comte Hector-Amédée-Joseph Baillou de La Brosse, qui est passionné par l'équitation et qui a remarqué l'intérêt de la cendrée du fond de l'étang, formée par l'accumulation des vases pendant des siècles.

 

3) L'hippodrome

 

 A l'initiative du comte, de premières courses se tiennent à Verrie le 17 juin 1877 ( L'Echo saumurois, 21 juin 1877 ). L'Etat achète les terrains aux deux communes et au comte en plusieurs étapes s'étirant jusqu'en 1903. A partir de 1881, la Société saumuroise de loisirs appelée la Saint-Hubert ( qui siège au premier étage du café de la Paix, aujourd'hui Société générale ) prend en charge l'aménagement de l'hippodrome. Elle souhaite la création d'obstacles particulièrement coriaces. Les voici sous leur forme primitive dans l'Album des plans de l'hippodrome de Verrie-Saumur, par X. de Bellaing, écuyer à l'Ecole de cavalerie, Paul Godet, 1882 ( B.M.S., A br4/607 ).

Obstacles de l'hippodrome en 1882

  Alors que les courses de plat se déroulent surtout sur l'hippodrome de Varrains, Verrie se spécialise dans les obstacles et dans le cross-country sur une piste longue de 6 000 mètres.
Certains obstacles s'avèrent dévastateurs. Les photographes Francis Voelcker, Louis Herault et, plus tard, Hervé Blanchaud, munis d'objectifs rapides, se postent auprès du talus breton pour fixer sur leurs plaques des chutes spectaculaires. Voir
un dossier plus complet sur les chutes.

chute par Herault

Chute par Voelcker

 

Chute par Herault

 

Chute par Herault

Encore que le Fossé du Marais ait aussi un aspect difficile :

Fossé du Marais

Un service de santé est prévu et il est renforcé par la petite ambulance hippomobile des Dames de la Société française de Secours aux blessés militaires.

Soins médicaux

La curieuse tour métallique permet d'observer le parcours.

la tribune métallique

 

Le terrain est avant tout militaire. Il correspond assez peu à l'équitation académique pratiquée par les instructeurs de l'Ecole, qui forment le Cadre noir. Les qualités attendues des participants sont l'intrépidité et la résistance. Les élèves en stage y font leurs exercices et les chevaux récalcitrants s'y font rééduquer.

dressage par Herault

 

Les courses purement civiles sont plutôt rares.

Course civile

 

4) Fêtes et mondanités

  Pour les dames de la bonne société, les courses sont l'occasion de faire admirer leurs toilettes.

Elegantes

Verrie est aussi le lieu où l'on s'amuse loin des locaux solennels de l'Ecole. Ici, déguisements à l'occasion du Mardi Gras, devant la chaumière du paddock.

Mardi Gras

Autre défilé incongru :

Défilé de Mardi Gras

 

5) Le renouveau

 La période des guerres et de l'entre-deux-guerres est peu favorable à ces activités sportives et festives. L'hippodrome jouit toujours d'une certaine réputation. Quand ils s'emparent de Saumur en juin 1940, les officiers allemands de la 1ère division de cavalerie viennent visiter les pistes de Verrie et ils y effectuent des parcours...

 L'hippodrome reprend vie à partir de 1977, avec la création de nouvelles pistes pour le plat et le trot et avec l'installation de nouvelles tribunes en 1982.

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