L'Hôtel de Ville de Joly-Leterme

 

Les premiers agrandissements

Cour de l'Hôtel de Ville, Asselineau, 1854

 

 Joly-Leterme devient architecte-voyer de la ville en 1841 et réalise aussitôt un premier agrandissement de la Mairie, le long de l'actuelle rue Bonnemère. A partir de 1844, il remplace l'ancienne salle de Justice de Paix par un bâtiment bas et étroit, recevant une conciergerie et le bureau de l'Etat-Civil. Au milieu, il élève une entrée solennelle qui donnait sur la rue Bonnemère (ancienne façade).

 Une lithographie d'Asselineau, datée de 1854, figure ( à droite ) ce bâtiment aujourd'hui disparu. Les motifs décoratifs, côté cour, de l'ancienne Maison de Ville y sont repris, mais les baies sont plus spacieuses. La cour est alors étroite et allongée perpendiculairement à la Loire ; sur le côté gauche, on voit, en avant de la tourelle d'escalier, un ancien corps de logis, aujourd'hui amputé, que Joly-Leterme projette alors de reconstruire à neuf.

 

 

 

 La photographie ci-dessous date de 1885 ( collection Albert Lévy, New York ). On y remarque le nouveau portail d'entrée et le bureau d'Etat civil, un support de décoration festive marqué des initiales " R. F. " et, au-dessus de l'entrée de la salle Duplessis-Mornay, une trace de grande accolade, aujourd'hui disparue.

Photo de 1885, collection Albert Lévy, 4 Bond Sreet, New York.

 

 Le projet d'un nouveau bâtiment perpendiculaire à la Loire

 Des calques peu lisibles, datant de mai 1851 ( A.N., F 21 / 1889, doss. 76 ) décrivent l'avant-projet d'un bâtiment de trois étages, aussi élevé que l'ancienne maison forte et reprenant son décor, côté cour. Il aurait remplacé le bâtiment qu'on voit sur le côté gauche de la lithographie d'Asselineau. En son milieu, un large escalier desservirait les nouveaux bureaux. L'ancien hôtel de ville, relativement isolé, aurait formé une sorte de promontoire face au fleuve. La ville traverse alors une grave crise financière et Louvet doit repousser les travaux de sept ans.

 

 

 

 Le nouvel Hôtel de Ville

Nouvel Hôtel de Ville, façade sur la Loire L'ancien projet, tout en profondeur, est abandonné en 1854 au profit d'un élargissement de la façade sur la Loire. En 1855-1856, sont achetées les maisons voisines, y compris la chapelle Saint-Jean, où l'on prévoit d'installer le bureau de bienfaisance.
 La première pierre du nouveau bâtiment est posée le 9 septembre 1858 ; les gros travaux sont achevés en 1862 et la décoration intérieure l'année suivante, avec une horloge ajoutée en 1870.
 La façade sur les quais est édifiée en léger retrait par rapport à l'ancienne maison commune, ce qui évite un contraste trop brutal et permet de sauvegarder la tourelle d'angle. S'inspirant des beffrois hautains des villes hanséatiques, cette façade multiplie les lignes verticales et les remplages ajourés. Les baies sont surmontées par les arcs en accolade du gothique flamboyant.
 La décoration est d'ailleurs incomplète : les niches tout en haut devaient recevoir des statues de saint Louis et d'Henri IV, considérés par l'historien local Coulon comme les restaurateurs des libertés communales [???]. Des articles de presse ont même évoqué l'installation de carillons de type flamand dans les arcades supérieures.
 Les avis divergent sur cette réalisation de prestige. Certains en louent le jaillissement vertical et la ciselure des pierres. D'autres jugent incongrue sur les bords de Loire cette façade venue des villes du Nord.

 

 

Hôtel de Ville, façade sur cour

 

 

 

 Le côté cour est plus apprécié, car il associe harmonieusement l'ancienne façade ( à droite ) avec la nouvelle. Entre les deux, une tour d'escalier à vis remplace une étroite tourelle et fait écho à la vieille tour de l'angle sud-est.
 L'ensemble, percé de larges baies, s'avère pratique, homogène et moins grandiloquent que l'autre face. En avant, la cour intérieure est élargie.


 

 

Une décoration intérieure mi-médiévale, mi-renaissante

Nouvel Hôtel de Ville, salle des mariages  L'intérieur passe par les figures obligées du grand escalier, par un porche couvert d'une voûte de briques. Le premier étage parvient à réunifier de plain-pied des salles de deux époques différentes.
 La salle des mariages est intéressante pour ses boiseries et surtout pour sa cheminée : les armes de Saumur y sont entourées par les salamandres, chères à François 1er, roi sous lequel fut bâtie la première maison de ville ; au-dessous, les héraldistes pourront identifier les blasons de cinq grosses communes du Sud-Saumurois.
 Les trois autres cheminées, installées à grands frais avec le soutien du maire Louvet, sont les parties les plus curieuses de ces travaux.

 


En complément, voir trois études d'Etienne Vacquet :

- Les réalisations de l'architecte Joly-Leterme, Journée du Patrimoine, 1995 ;
- « Les décors intérieurs des grandes demeures de Joly-Leterme », 303, n° 46, p. 98-107 ;
- « De quelques aspects d'un architecte en Anjou au XIXe siècle : Charles Joly-Leterme », 303, n° 65, p. 58-67.

 

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