Nantilly depuis le XVe siècle


1) L'édifice sous l'Ancien Régime

 A travers les délibérations des chapelains et des marguilliers apparaissent quelques détails qui révèlent une église bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui.
- L'édifice est cloisonné par une série de petits enclos entourant des autels et dévolus à des confréries ou à des grandes familles.
- La principale clôture est le jubé, qui est surmonté par une tribune et par la statue de la Vierge. Il sépare la nef de la croisée du transept, et le bon peuple, cantonné dans la nef, suit les cérémonies sans les voir, comme dans les cultes orthodoxes.
- Nantilly appartient à la catégorie des églises à passage étudiée par Jacques Mallet. Afin de donner un accès de la nef vers chaque transept, deux couloirs ont été ouverts dans l'espace séparant les piliers des murs latéraux ( voir plan ). Le passage du côté droit est un peu plus large, comme le montre l'arcade de son débouché, encore visible.
- Le maître-autel est placé tout au fond de l'abside ; il est surmonté par une gloire dorée de style baroque, qui masque la baie centrale. Les 32 stalles des chapelains sont donc en avant de cet autel.
- A la suite d'un cambriolage est construite en 1733 une maison pour le gardien située en avant de la nef collatérale et masquant une baie.
- Les restaurateurs du XIXe siècle ont découvert au-dessus des voûtes une grande quantité de tessons, ce qui donne à penser que l'église était primitivement couverte de tuiles. Après le XIIe siècle, l'ardoise s'impose à Saumur et son emploi est certain à partir de cette époque.

 

2) Une vaste nécropole

 Le quartier de Nantilly est la cité des morts de la ville ancienne. L'église elle-même reçoit de nombreux corps jusqu'au XVIIIe siècle ; elle est divisée en concessions ; par exemple, la famille Dutertre du Petit-Bois a des droits sur un pilier où elle peut accrocher ses tableaux et ses épitaphes.
 L'église elle-même est encerclée par des tombes, sépultures de gens moins importants que ceux qui disposent d'une concession à l'intérieur, mais qui sont heureux d'être enterrés ad sanctos, auprès des murs du sanctuaire ; en outre, en contre-bas, entre la rue du Pressoir et la rue de Nantilly, se situe le "cimetière bas" ou "cimetière des pauvres". D'autres cimetières apparaissenr encore à proximité : à l'entrée des Récollets et deux dans l'enclos de l'Hôtel-Dieu.
 Quand les tombes sont supprimées à la fin du XVIIIe siècle, la chapelle souterraine de l'église devient un ossuaire.

 

3) La période révolutionnaire

 Dès le début de la période révolutionnaire, l'église de Nantilly voit sa prééminence remise en cause. C'est dans Saint-Pierre que se réunissent les assemblées du Tiers Etat, la plupart des assemblées électorales et, pendant un temps, la société populaire. Dans une première réforme de la structure ecclésiastique, Nantilly cesse même d'être une église paroissiale. Finalement sont créées trois paroisses indépendantes les unes des autres.
 Les citoyens actifs de la section de l'Unité élisent pour curé, le 25 septembre 1791, César Minier, issu d'une vieille famille saumuroise et ne cachant pas ses sympathies pour les idées nouvelles. A part le problème de la réquisition des cloches, mesure qui n'est pas spécifiquement anticléricale, les relations entre les deux pouvoirs sont harmonieuses, jusqu'au déclenchement brutal de la déchristianisation par le Comité Révolutionnaire et de Surveillance, à la fin de novembre 1793.
 L'église est fermée et confiée à la garde du cordonnier Poitou, qui sans aucune autorisation y installe un cochon. Un mois plus tard, elle est transformée en prison temporaire pour recevoir une nombreuse colonne de prisonniers vendéens. Après l'élimination de ces derniers, Nantilly devient un entrepôt pour les "bières" du citoyen Maillebois ; ce dernier est entrepreneur des pompes funèbres et ses bières sont évidemment des cercueils ( à la suite d'une confusion cocasse, un auteur a cru que l'église était devenue une brasserie... , mais cette amusante erreur circule encore aujourd'hui ).
 En réalité, l'église est d'abord rétablie comme temple de la Raison, mais le 6 juin 1795, le curé Minier obtient l'autorisation d'y reprendre le culte catholique. Il s'ensuit une année de conflits entre les deux pratiques. En effet, un autel de la Patrie, formé de faisceaux et de drapeaux flottants, est placé à la croisée du transept et masque l'autel catholique. Finalement, le culte décadaire est transféré à Saint-Nicolas, mais Saint-Pierre confirme sa primauté lors du Concordat.

4) Les campagnes de restauration

 En 1855-1858, Joly-Leterme conduit trois campagnes de restauration, employant pour les sculptures l'entreprise " Joly frères ". Il effectue d'importants travaux sur la nef du XVe, qui menace ruine.
 La restauration archéologique de l'ensemble est dirigée par Lucien Magne de 1893 à 1901 ( avec des travaux complémentaires en 1909 ). Tout est repris. A l'intérieur, colonnes et chapiteaux sont refaits ( des originaux sont entreposés dans la chapelle souterraine ). A l'extérieur, la maison du sacristain et deux grands arbres sont abattus ; des arcatures romanes sont ajoutées au sommet droit de la façade. De nouvelles rampes d'accès sont aménagées.

Photo par Victor Coué en 1894, avant les travaux

A.D.M.L., Coll. iconographique C. PORT
Projet de façade par Lucien Magne en 1893


A.D.M.L., coll. iconographique C. Port
Les travaux achevés d'après une carte postale vers 1900

Vers 1900, seules les rampes d'accès sont en travaux

 Habitant Paris, l'architecte en chef Magne est assisté sur place par Jules Dussauze, l'architecte du département. C'est le sculpteur ornemaniste Roret qui exécute les nombreux pinacles. Ce dernier est aussi l'auteur d'une statuette de la Vierge placée en 1896 au sommet de la façade dégagée de la chapelle latérale.Photo Pierre Dutreuil
Photo Pierre Dutreuil

 

 Roret et ses compagnons ont toute latitude pour déchaîner leur verve dans la sculpture des gargouilles, dont les photographies antérieures prouvent qu'il ne restait pas grand chose.
 Grimaçantes à souhait, en voici deux qui ont inspiré le photographe Pierre Dutreuil.

 

 

 De nouveaux travaux sont conduits par Hardion en 1917-1921. Le chantier est permanent. Le 7 août 1994, la foudre provoque de gros dégâts sur le clocher. Les toitures, les façades et les pinacles du siècle dernier sont à nouveau repris.

 

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