Les origines de Nantilly


1) Le nom

 Dans le précepte de Charles le Chauve du 23 juillet 848 est citée la dépendance d'andiliaco. Dans un dossier abondant, nous nous efforçons de démontrer qu'il ne s'agit pas de Nantilly ; ceux qui admettent cette identification pensent que l'église évoquée de la villa Johannis serait dédiée à Saint Jean-Baptiste. Les dédicaces changeant rarement, il ne saurait s'agir de Notre-Dame de Nantilly.

 « Fiscus lentiniacus cum ecclesia in honore sancte marie - le domaine de Lentigny avec son église dédiée à Sainte Marie », telle est incontestablement la première apparition du nom et de l'église de Nantilly. Elle fait partie d'une énumération de biens garantis à l'abbaye de Saint-Florent du Château par le pape Jean XVIII en avril 1004. A la suite des érudits allemands, je tiens cet acte pour authentique, à l'exception de deux phrases ajoutées ultérieurement ( voir : le Saumurois en l'an mil ).
 Même si on le déclare faux, l'acte ne saurait être postérieur à 1062, et, dans tous les cas, il constitue la première apparition du nom et la preuve textuelle la plus ancienne de l'existence de l'église Sainte-Marie.
 Dans les années 1136-1142 apparaît la variante Lentilliaco - Lentilly, qui est une forme plus facile à prononcer que la précédente et qui se maintient jusqu'au XVIIIe siècle.
 Le doublet " Nantilly " dérive des toponymes précédents selon des lois phonétiques bien établies ; il apparaît bien plus tard, seulement en 1437. La règle d'or étant de partir de la plus ancienne forme attestée, il faut creuser le mot Lentiniacum.
 Pour ce type de vocable, l'explication classique de l'école française part d'un nom de famille gallo-romain, auquel était accolé le suffixe gaulois " iaco " représentant un domaine, ces lieux-dits correspondant souvent à l'implantation d'une villa. Or les noms de famille Lentinus, Lentinius et Lentillus ne sont pas imaginaires, ils apparaissent de nombreuses fois dans des textes littéraires et dans des inscriptions gallo-romaines. Le " domaine de Lentinus " apparaît donc comme l'étymologie la plus vraisemblable.
 Pierre Gourdin ( S.L.S.A.S., n° 140 bis, p. 6-7 ), préfère se référer aux travaux de François Falc'hun, pourtant peu pris au sérieux par les linguistes en raison de sa manie de celtiser les toponymes français. Il part de " *nant, la vallée " et propose " le lieu dans la vallée des tilleuls ". Ce qui est poétique, mais peu scientifique. Cette explication suppose deux mutations phonétiques, selon l'ordre suivant : un premier Nantiliacus pas enregistré à Saumur, puis Lentiniacus bien attesté, et enfin Nantigleyo. Cela représente bien des acrobaties verbales et ne correspond pas à la topographie, car Nantilly apparaît sur une terrasse marquée, et non dans une vallée.

 

2) Des origines romaines ou mérovingiennes ?

 Toponyme gallo-romain, trouvailles archéologiques dans le voisinage, passage probable d'une voie romaine ( voir plan de l'époque gallo-romaine ), le terme de fiscus correspondant à une unité économique et administrative des hautes époques, tous ces éléments rendent plausible la supposition d'une villa gallo-romaine à Nantilly. François Chamard lui faisait succéder le Tincillacense monasterium qui aurait été dirigé par Saint Aubin.
 Encore une fois, des hypothèses de travail bien cadrées permettent d'orienter les recherches, mais pour l'instant, nous n'avons ni par les textes, ni par l'archéologie de preuve formelle d'une implantation gallo-romaine ou mérovingienne.

 

3) La première église de la ville de Saumur

 La chronique de l'abbaye, l'Historia, évoque ( p. 228 ) l'existence d'une paroisse de Sainte-Marie de Nantilly, existant à Saumur vers 950, au moment de la fondation de Saint-Florent du Château. Je sais bien que la rédaction définitive de ces textes est postérieure de deux siècles et que le titre de paroisse est sans doute anachronique pour cette époque, mais la primauté historique de Nantilly n'a jamais été mise en doute par les autres églises rivales de la ville. Pour l'ensemble de la région, l'église Saint-Hilaire, à l'entrée de Saint-Hilaire-Saint-Florent, a quelques titres pour revendiquer l'antériorité, car une première église est bien attestée dans les années 850-866.
 En tout cas, un lieu de culte existe certainement à Saumur et à cet endroit avant l'an mil. Selon d'Espinay ( p. 97 ), un curé en aurait retrouvé les fondations au cours de travaux effectués dans le choeur. Il s'agirait donc d'un édifice plus petit et situé dans la partie est. C'est pourquoi, au début du XIIe siècle, la construction de la nouvelle église commence par la nef à l'ouest, afin de conserver provisoirement l'ancien lieu de culte ( Hypothèse de M.-J. Durand ). Nous sommes aujourd'hui en présence d'une église entièrement nouvelle, sans doute la seconde.

 

Chapelle souterraine de Nantilly, patie ouest

4) La "chapelle" souterraine

 Aménagée en dehors de l'église dans une ancienne carrière de pierre, la "chapelle" souterraine n'a pas été étudiée scientifiquement. Elle pourrait remonter au XIIe siècle et ses deux enfeux avoir servi de tombeaux à d'importants personnages. C'est du moins ce qui est peut être déduit des joints des pierres les plus anciennes.

 

 

Chapelle souterraine. Ancien enfeu envahi par les ossements

 C'est ensuite seulement qu'elle sert de chapelle funéraire et qu'elle devient un vaste ossuaire, les restes retirés des cimetières voisins, surtout dans les dernières années du 18e siècle, étant jetés par un oculus proche de la nef de Louis XI.

 

 

 


 Chapelle souterraine de Nantilly : coupole

 

 Les parties hautes sont en parfait style Plantagenêt. Sont-elles une restauration à l'identique d'un ensemble du début du XIIIe siècle, ou bien d'une création des restaurateurs du XIX ème. La seconde hypothèse me semble la plus probable.

 

 L'autre question est de savoir s'il existe d'autres ensembles souterrains oubliés sous l'édifice...

 

5) Une église prieurale

 La création du prieuré de Nantilly remonte sûrement au XIe siècle, mais elle est très probablement postérieure à la construction de la première église. Dom Dubois cite d'autres cas comparables d'églises paroissiales dépendant d'une abbaye et placées ensuite sous la tutelle d'un prieur, qui porte le titre de curé.
 Cependant, comme les moines ne s'occupent pas de service paroissial, le prieur est assisté par un recteur. L'étrange structure ecclésiastique de Saumur et les conflits qu'elle génère a été racontée en détail au chapitre 7 du récit. Pendant un bon siècle, Nantilly est la seule église de la ville ouverte aux laïcs. Quand Saint-Pierre et Saint-Nicolas apparaissent, seulement au XIIe siècle, elles ne sont que des fillettes, à la tête desquelles le prieur-curé place un simple desservant. Mais les fillettes vont grandir et faire de fréquentes crises d'adolescence.

 

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