La statue de Notre-Dame de Nantilly

 

1) Une Vierge en majestéStatue de N.-D. de Nantilly

 N.-D. de Nantilly présente l'attitude hiératique des statues du Haut Moyen Age et, par son style, elle a pu être comparée aux icônes auvergnates. L'Enfant Jésus, placé en position centrale et non porté sur un genou, est avant tout un Dieu, bénissant à deux doigts levés. Dans sa main gauche, il tient une pomme de pin, qui est un symbole de permanence et d'éternité ( selon d'autres, une grappe de raisin ).
 Cependant, les gestes deviennent plus naturels. La Vierge ne porte pas un costume de tradition byzantine, mais le bliaut et, au-dessous, la chainse des dames médiévales. La statue se place à la transition entre les raides icônes du XIe siècle et les jeunes femmes expressives portant un bébé, qui apparaissent au XIIIe siècle.

 

 

2) Un essai de datation précise

  Ludwig Schreiner, Die Frühgotische Plastik SüdwestFrankreichs, Cologne et Graz, 1963, p. 16-19, compare la vierge de Nantilly avec d'autres oeuvres locales : le saint Pierre du transept nord de l'église du même nom et les statues provenant de Saint-Martin d'Angers et placées dans la galerie d'art de l'Université de Yale.
 A partir des plis des vêtements en particulier, l'auteur conclut que cette vierge est un travail local, caractéristique du premier gothique angevin. Postérieure au portail de la cathédrale d'Angers et aux statues de Saint-Martin, elle pourrait être datée des dernières années du XIIe siècle.
 Cette minutieuse étude doit être prise en compte, mais elle n'est pas pleinement convaincante, car l'histoire de la statue et l'ampleur des restaurations posent des problèmes, au point d'entraîner le silence gêné de nombreux auteurs.

 

3) Une histoire obscure

 Les renseignements sur le passé de cette statue sont rarissimes. Joseph Grandet la déclare noire comme du bois d'ébène. Appartient-elle à la catégorie des Vierges noires ? De toutes façons, l'explication la plus prosaïque par la fumée des cierges pourrait suffire. Au XVIIIe siècle, elle est placée au sommet du jubé situé à l'extrémité de la nef et elle est tournée vers l'entrée.
Partie gauche de N.-D. de Nantilly Son destin à l'époque révolutionnaire est inconnu. Elle réapparaît ornée de vêtements et de couronnes, maquillée comme une poupée, aux dires de C. Port et de G. d'Espinay.
 Elle subit ensuite, sans doute en 1886, une restauration radicale. L'examen de la statue prouve que des parties entières sont récentes : le corps de l'Enfant Jésus est rapporté et mal adapté aux bras de sa mère ; la couronne de la Vierge, ses doigts, ainsi que les parties arrière ( creuses ) de la statue sont manifestement rajoutés. On ne sait si les couleurs actuelles ont été retrouvées sous des badigeons postérieurs. En tout cas, selon Michel Pastoureau, le manteau bleu fleurdelisé était couramment figuré à la fin du XIIe siècle...

 

 

4) Un pèlerinage très fréquenté

 Quelle que soit la statue exposée, Notre-Dame de Nantilly attire des pèlerins vers la fin du Moyen Age. Le plus célèbre est Louis XI, qui vient à plusieurs reprises. Les foules convergent ensuite vers les Ardilliers, mais la Vierge de Nantilly conserve ses fidèles. Ainsi Madame de Sévigné qui lui rend visite quand elle passe par Saumur, alors qu'elle n'est jamais allée aux Ardilliers. Toute trace de pèlerinage s'éteint à la fin du XVIIe siècle.

 

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