Abbaye de Saint-Florent : synthèse   

 


 Etroitement imbriquée dans l'histoire des premiers siècles de Saumur, l'abbaye de Saint-Florent est longuement citée dans le récit chronologique. Ce plan de synthèse comporte surtout des renvois à des chapitres explicatifs.

1) Saint-Florent du Mont-Glonne

- Saint Florent, la biographie historique et la biographie légendaire.

- Le monastère de Saint-Florent du Mont-Glonne et ses premières implantations dans le Saumurois.

- Son abandon après 866 devant les menaces normandes.

2) Saint-Florent du Château

- Etude des sources : les archives ; les chroniques.

- Les récits monastiques sur la fondation, vers 956, du monastère du château de Saumur.

- Description et essai de restitution du plan de l'abbaye.

- Relations des moines avec les comtes de Blois, leurs protecteurs, et avec Gelduin, leur seigneur.

- Destruction de Saint-Florent du Château par Foulques Nerra en 1026.

3) La fondation de Saint-Florent le Jeune ou Saint-Florent-lès-Saumur

- Reconstruction de l'abbaye sur une terrasse au-dessus d'un gué du Thouet.

- La première église abbatiale du XIe siècle
 [ crypte visible sous un toit de tôles ]

- Le fonctionnement interne de l'abbaye.

- La puissance des moines.

- Les dépendances : prieurés et églises paroissiales.

- La frappe d'un denier de Saint-Florent.

- Naissance du bourg de Saint-Florent.
 [ La chapelle Saint-Barthélemy, fondée un peu avant 1122, sert d'église paroissiale pour les serviteurs du monastère, sans en avoir le titre. Le choeur du bas-côté droit est couvert par une belle voûte angevine ( vers 1200 ) ].

- La place de l'abbaye dans Saumur.

4) Saint-Florent à son apogée

- Reconstruction de l'église abbatiale et des bâtiments conventuels de 1128 à 1203.Chapiteaux soutenant les arcs du narthex
 [ Dans la salle de la Sénatorerie sont visibles de belles arcatures du portail occidental ( milieu du XIIe siècle ) et un narthex ( ou galilée ) en style angevin des années 1200. Les restaurateurs du 19 ème siècle ont ajouté des chapiteaux couverts de personnages pittoresques ]

- L'abbaye et les combats de l'Eglise.

- Les reliques de saint Florent et les miracles.

- La fortification de l'abbaye au XVe siècle.

- La venue de Jeanne d'Arc ( 1429 ).

- Saint-Florent de 1336 à 1537 : chapitre 7, § 9. Les trois abbés du Bellay.

5) L'abbaye victime des guerres de Religion

- A partir de 1537, l'abbaye est en crise et est conférée à des abbés commendataires non résidents.

- Pillage lors de la crise iconoclaste de 1562, puis en 1576.

6) Saint-Florent intégré dans la Congrégation de Saint-Maur

- Une difficile réforme : chapitre 11, § 12.

- Trois abbés commendataires : Charles Bouvard, le cardinal Mazarin, le cardinal Grimaldi.

7) Les bâtiments à la fin du XVIIe siècle

Monasticon Gallicanum, 1676-1683, Roger de  Gaignières, 1699
 Saint-Florent par Dom Germain, vers 1676-1683 Saint-Florent par Gaignières, 1699

 La partie centrale de la gravure du Monasticon Gallicanum, publié par dom Germain, présente la structure générale des bâtiments dans les années 1676-1683. A partir de la gauche, la cuisine ronde, à multiples cheminées, rappelant celle du château et de Fontevraud. Les bâtiments conventuels disposés autour du cloître ont été remodelés à plusieurs reprises. L'église abbatiale, très allongée, débute par le narthex, surmonté par un petit clocheton ; un clocher domine la croisée du transept ; de grands contreforts entourent l'édifice. Viennent ensuite la maison fortifiée de l'abbé ( début du XVe siècle ), puis un clocher isolé, haut et puissant.
 Un plan et des devis de l'époque démontrent que cette présentation est schématisée et allégée. L'église Saint-Barthélemy, à l'extrémité droite, est supprimée ; la poterne, les fossés et les éléments défensifs sont gommés.
 En 1699, Roger de Gaignières et ses collaborateurs reproduisent cette vue cavalière. Mais, venus sur place, ils la corrigent sur plusieurs points. Ils figurent exactement les flèches de pierre qui surmontent les deux clochers ; ils entourent l'abbatiale de contreforts plats. On ne peut toutefois accorder un crédit aveugle à ce dessin.

8) Les constructions nouvelles

 L'abbaye a retrouvé sa prospérité et est habitée par des moines au nombre de 11 à 16, menant une vie centrée sur l'étude. Ils négligent leur immense église abbatiale, qui n'est plus au goût du jour et qui menace de s'écrouler. A l'inverse, les bâtiments conventuels sont refaits à neuf.

- De 1717 à 1728, l'aile septentrionale dominant le Thouet est entièrement reconstruite en pierres de taille ; il en coûte plus de 117 000 livres pour la seule maçonnerie ( A.D.M.L., H 1 848 ).

 

Façade de l'aile neuve de l'abbaye- Un nouveau bâtiment méridional, précédé par deux pavillons d'entrée présente des lignes simples, néo-classiques, aux proportions harmonieuses.

 

 Si l'on examine de plus près Partie centrale du nouveau bâtiment conventuelle pavillon central dans sa partie supérieure, il se révèle finement ciselé d'ornements dans un bon style Louis XVI, comparables à ceux de l'Hôtel Blancler, qui remonte à la même époque.

 Un autre fait surprend, ce bâtiment monastique n'arbore aucun insigne religieux, pas même à son fronton, ce qui pourrait résulter des aménagements ultérieurs, opérés au temps de la Sénatorerie.
 Etrangement, les archives de l'abbaye sont muettes sur cet élégant corps de logis. Une intéressante découverte de juillet 2009 permet d'en savoir davantage ; au cours de travaux de restauration, la première pierre a été mise au jour, elle abritait une bouteille contenant une notice commémorative.
 Le texte n'est pas difficile à lire, il est plus malaisé à commenter. Il indique la date de « MDCCLXXIII, le vingt et un juillet ». Il est cependant certain que celui qui a ajouté l'année en chiffres romains a oublié un "X", comme le prouve la suite. Car la pose de la première pierre remonte à la neuvième année du règne de Louis XVI ( roi depuis mai 1774 ), à la huitième année du pontificat de Pie VI ( élu en 1775 ), à la première année de l'épiscopat de Mgr Couët du Vivier de Lorry ( nommé évêque d'Angers le 4 août 1782 ). Par ailleurs, une touriste anglaise, Madame Cradock, visite en septembre 1785 le « nouveau couvent bâti par les Bénédictins ». Le rédacteur de l'inventaire de 1790 parle aussi d'un bâtiment construit depuis quelques années.
 La première pierre est donc posée le 21 juillet 1783 par des seigneurs des prieurés de Saint-Florent, Jean-Baptiste-Charles de Laurens, seigneur de Joreau, qui a fait un beau mariage en épousant le 7 novembre 1774, Marie de Stapleton, très riche héritière d'une bonne partie de l'actuel canton de Gennes, également présente à la cérémonie. Rien de bien neuf dans l'énumération de leurs titres et dans les offices conventuels tenus par les religieux cités.
 Très neuve au contraire est la révélation du nom de l'architecte : René Ernoult, fort peu connu à Saumur.
 Le document se termine par une formule latine, maladroitement écrite, et sûrement pas de la main d'un moine. On peut la restituer ainsi :
« Ad perpetuam Dei memoriam. Quicumque hanc lapidem detexetis et hoc legeritis, vos salvete et valete - Pour la mémoire perpétuelle de Dieu. A vous, quels que vous soyez, qui aurez découvert cette pierre et qui aurez lu cela, salut à vous et portez-vous bien ».

9) La suppression de l'abbaye

- Constitution civile du clergé et suppression des communautés religieuses : dispersion des moines de Saint-Florent ( janvier 1792 ). Voir chap. 23, § 6.

- Les autorités révolutionnaires vendent les terres de l'abbaye à Cyr Chasles, agissant pour les mineurs Blancler, et les moulins à Marie Razin, veuve de Julien Mollay, mais elles conservent l'essentiel des bâtiments, espérant y implanter un évêché, une cathédrale et un séminaire. Puis elles les transforment en entrepôt et en hôpital pour soldats atteints de la gale. Cependant, les archives sont sauvées et transférées au dépôt départemental ; l'essentiel de la bibliothèque passe au muséum, puis à la Bibliothèque municipale.

10) La Sénatorerie

Plan des transformations opérées par Normand En 1805, les lieux sont bouleversés et transformés en résidence luxueuse pour le sénateur Louis-Nicolas Lemercier.
 Charles-Marie Normand, ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées de l'arrondissement, aménage dans la partie occidentale ( à droite ) un vaste jardin à l'anglaise, présentant une nature capricieuse, et décoré par des rocailles et par des ruines. En 1806, il abat l'essentiel de l'église abbatiale, mais il épargne l'ancienne crypte et le narthex, destinés à servir de grotte et de belvédère.
 Les trois ailes orientales, en meilleur état, sont épargnées ; elles sont encadrées par de grands jardins à la française.
 A remarquer aussi les importants bâtiments sauvegardés en haut, à droite. Il s'agit de l'ancienne entrée fortifiée, qui est aménagée en écuries.
 Les pertes sont, malgré tout, considérables. Une consolation toutefois : elles étaient encore pires dans un premier projet venu de la chancellerie du Sénat. La démolition de l'aile neuve de la fin du XVIIIe siècle est alors ordonnée. Alerté par le sous-préfet et le maire de Saumur, le préfet Hugues Nardon se rend sur place et, dans une lettre à Lemercier du 10 novembre 1804, il décrit la superbe façade, le grand escalier et le parfait état du bâtiment, que sa transformation en hôpital avait sauvegardé.
 Si le préfet parvient à éviter cette « monstruosité », il doit se résigner à la destruction de l'église abbatiale : « C'est un superbe vaisseau, construit avec tout le luxe de l'architecture gothique. On n'en ferait pas une semblable pour un million. Je l'ai sacrifié avec la plus grande douleur, mais les ordres sont donnés pour qu'elle disparaisse et vous ouvre à l'ouest une superbe vue sur toute la vallée de l'Anjou ». Personne ne s'est préoccupé de sauvegarder au moins des tombeaux et des sculptures...
 Les gravats provenant de la destruction servent à édifier la nouvelle levée reliant Saint-Florent àEntrée de cave donnant vers Sainte-Anne Saumur.

  [ De cette époque date aussi cette entrée de cave, austère et solennelle, rappelant le style de Claude-Nicolas Ledoux et surmontée par un petit belvédère. ]

 Après la chute de l'Empire, Louis-Nicolas Lemercier perd sa sénatorerie, malgré son ralliement à tous les régimes suivants. Les bâtiments, rentrés dans le domaine royal, sont très convoités. D'anciennes religieuses de Fontevraud souhaitent y rétablir un couvent. Une association locale de " Chevaliers de Saint-Louis " voudrait y ouvrir un collège. En attendant, l'ancienne abbaye sert de magasin à blé.

 Une lithographie très précise de Charles Aubry, publiée en 1832, nous décrit l'état des lieux. A gauche, la petite maison de l'abbé du XVe siècle, qui passe, plus tard, dans la communauté de Jeanne Delanoue. Au milieu, la haute façade de l'aile septentrionale construite au début du XVIIIe siècle ( il n'en subsiste plus qu'un pan de mur de l'extrémité droite ). Ensuite, dans la verdure, l'emplacement de l'ancienne église abbatiale et du clocher. A droite, l'église paroissiale Saint-Barthélemy, encore minuscule ( Joly-Leterme lui ajoute une travée et un nouveau clocher-porche en 1866 ).

Détail d'une lithographie d'Aubry, 1832

Les bâtiments, mis en vente, sont achetés le 31 août 1833, pour 50 000 francs, par André Morin, habitant à Saumur, rue de la Petite-Bilange ( Danièle Boret, S.L.S.A.S., 2008, p. 33-35 ). Ce personnage est présenté comme un démolisseur qui revend les pierres récupérées. La grande aile septentrionale est effectivement abattue ( et remplacée ensuite, un peu en arrière, par une médiocre bâtisse utilitaire ). La destruction n'est pas conduite à son terme ; le 16 juin 1835, Morin revend pour 40 000 francs les bâtiments encore debout à Virginie Pelletier, en religion Marie de Sainte-Euphrasie, fondatrice du Bon Pasteur d'Angers, et à une autre religieuse. Madame d'Andigné de Villequiers, qui n'apparaît pas dans l'acte, aurait apporté une aide financière.

11) Le Bon Pasteur

 A ses origines, le Bon Pasteur de Saint-Florent reçoit trois catégories de pensionnaires ( A.D.M.L., 50 J 38 ) :
- des " orphelines en danger ", de 3 à 18 ans, placées par les pouvoirs publics ( costume bleu ) ;
- des " pénitentes libres ", filles et femmes qui peuvent sortir quand elles le désirent ( costume brun ) ;
- des " jeunes personnes appartenant à de bonnes familles, mais qu'on veut soustraire à des dangers ", et donc placées par leurs parents ( costume noir ).

 En 1941, l'établissement accueille 150 jeunes filles séparées désormais en deux catégories bien distinctes : les jeunes orphelines et " les perverties ", qui ont de 14 à 21 ans. Elles font des travaux de lingerie et de ganterie, et elles écoutent, chaque semaine, trois conférences morales données par l'aumônier.
 Domaine devenu depuis l'IMPRO, " le Coteau ", puis l'A.S.E.A, qui, en 2006, revend les bâtiments anciens à un promoteur immobilier.

 

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