Eglise de Saint-Hilaire

 

1) La plus ancienne église de l'agglomération saumuroise ?

 Vers 840-850, un important personnage, Gauzbert, reçoit de Charles le Chauve, roi et empereur, deux manses et demi , soit deux tenures familiales et demi, situées au lieu appelé Criptas, c'est-à-dire les Grottes. Le 14 janvier 850, par suite d'un échange, il fait don de ce petit domaine à l'abbaye de Saint-Florent du Mont-Glonne. Il n'est pas encore fait allusion à l'existence d'une église, mais celle-ci est fondée avant 866 par Effray, l'un des abbés.
 L'église, dédiée à saint Hilaire et située sur les bords du Thouet, est par la suite citée avec une parfaite régularité : « ecclesia sancti Hilarii, quae dicitur Criptas super Toarum ». Ce lieu de culte est antérieur au monastère de Saint-Florent du Château et très vraisemblablement à Notre-Dame de Nantilly ; il est le plus ancien de la région depuis l'effondrement des structures gallo-romaines. Il n'est pas douteux que cette église de Saint-Hilaire des Grottes était située, soit à cet endroit précis, soit tout à côté, dans le coteau, sous forme d'église troglodytique, ce que suggère son nom. Aucun élément d'archéologie ne permet de trancher, mais la continuité des textes garantit l'existence d'un hameau très ancien, attestant de la renaissance des bords de Loire depuis la fin du IXe siècle.

 En 1026, quand les moines abandonnent le monastère du château incendié, c'est dans cette église de Saint-Hilaire des Grottes qu'ils déposent le corps de leur saint patron et qu'une partie d'entre eux y séjourne pendant la construction de Saint-Florent le Jeune.

2) Une facétie archéologique

 Une inscription gravée dans le tuffeau sur le mur septentrional rappelle ces épisodes. Mélangeant astucieusement les archaïsmes, les lettres "Q" et "O" des évangéliaires irlandais, l'interlignage des manuscrits et les majuscules d'inscriptions mérovingiennes, le texte peut se traduire comme suit.

Inscription gravée sur le transept nord de l'église Saint-Hilaire

 X STA.EQUES.ET.CONS-

PICE.HANC.PARVAM.ECCLE-

SIAM.A.GAUBERTO.REGIS.

CAROLI.COGNOMINE.CALVI.

EQUITATUS.DUCE.A.DNI.

VIII C XL.CONDITAM.VETERI.

COMMILITONI.SALUTEM.

 X Stoppe, cavalier, et regarde

cette petite église,

fondée par Gaubert,

chef de la cavalerie du roi

Charles, surnommé le Chauve,

en l'an du Seigneur 840. A ce vieux

compagnon d'armes, salut !

 Cet amusant pastiche remonte à 1909. Fabrice Masson, animateur de l'Architecture et du Patrimoine de la ville de Saumur, en reconstitue la genèse : les restaurateurs de l'église ont voulu en retracer l'historique sur une pseudo première pierre ; Julien Chappée, du Mans, féru d'archéologie, a donné la graphie des lettres ; Hippolyte Oger, sculpteur et entrepreneur de travaux publics à Angers, a assuré la gravure, lui-même ou un de ses aides expert en écritures anciennes ( d'après A.D.M.L., 113 J 5 ). Ils sont bien documentés sur l'épigraphie de haute époque, mais moins sur les faits historiques réels. Leur façon d'écrire la date est aberrante. Ils se trahissent en s'adressant aux élèves de l'Ecole de cavalerie, qui passaient souvent près de l'église pour se rendre à Verrie.

3) Une reconstruction romane

L'église vue du nord-ouest

 L'église actuelle n'est pas celle qu'évoquent les textes. Elle résulte d'une construction en pierre réalisée au XIe siècle, plutôt dans la première moitié. Tassée sous son imposant clocher carré, elle paraît d'esprit roman, même si ne subsistent que peu d'éléments d'origine.Chapiteaux du transept nord

  Quelques pans de murs et des chapiteaux dans le transept Nord, grossiers et très usés, sont d'origine ; celui de droite semble figurer une sirène. Une nouvelle nef et une nouvelle façade ont été ajoutées aux 18-19 èmes.

 

 

 

 

4) Une église retouchée à chaque siècle

 Chaque siècle apporte sa marque, sans se soucier de l'harmoniser avec les éléments préexistants.

- Deux intéressantes voûtes de style angevin ont été ajoutées aux environs de 1200. Elles sont fortement bombées et soutenues par huit nervures et liernes, mais la disposition des blocs de pierre présente bien des anomalies.Voûte du transept septentrionalVoûte de la sacristie

 

 A gauche, la voûte de la chapelle de la Vierge du transept Nord, dont la clef représente l'Agneau mystique.

 

 A droite, la voûte de l'actuelle sacristie, d'une facture un peu meilleure et annonçant la chapelle Saint-Jean. Sa clef représente une Vierge à l'Enfant.

 

 

 

 

 

Croisée du transept

 

 

- La haute voûte domicale de la croisée du transept, percée par un oculus, peut remonter au XIVe siècle.

 

 

- Au XVIIe siècle, les chapelles sont remaniées. Les pavements, trop souvent recouverts par les inondations, sont rehaussés d'environ cinq pieds et, en conséquence, les autels sont également relevés.

 

 

- Le siècle suivant apporte des peintures dans le goût du temps, qui accentuent le caractère disparate de l'édifice. Le puissant clocher date du XVIIIe siècle, en dépit de ses apparences romanes.

 

5) Une église menacée

 Vendue comme bien national en 1796, l'église est transformée en grange. Des paroissiens la rachètent, mais l'évêque d'Angers refuse de la remettre au culte, car c'est l'église Saint-Barthélemy de Saint-Florent qui est devenue l'église paroissiale.

 En 1903, les Ponts et Chaussées, voulant réaliser une nouvelle route de Gennes toute droite, obtiennent du préfet l'autorisation de la détruire. Le conseil municipal et diverses associations culturelles sauvent l'édifice, le restaurent et le rendent au culte en 1909.

 

6) L'enclos familial des Sourdeau de Beauregard

Cimetière des Sourdeau de Beauregard 

 

 Le curieux enclos funéraire situé devant l'entrée de l'église n'est pas l'ancien cimetière paroissial. Il est une création de Jean-Frédéric Sourdeau de Beauregard, propriétaire du château de Saint-Florent, président du tribunal d'Angers et auteur de nombreux articles scientifiques.
 Il s'y fait enterrer avec son épouse, ses domestiques et ses fermiers, ce qui est conforme aux conceptions patriarcales du châtelain, qui - d'après diverses traditions - aurait adhéré à la Petite Eglise, une dissidence religieuse rejetant le Concordat.

 

 

Compléments dans : Fabrice Masson, « L'église Saint-Hilaire à Saint-Hilaire-Saint-Florent », S.L.S.A.S., n° 159, 2010, p. 42-46.

 

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