Eglise Saint-Pierre, synthèse


1) Une première église dédiée à saint Pierre

 Le clergé de l'Ancien Régime et les historiens sont unanimes à reconnaître N.-D. de Nantilly comme la première église paroissiale de la ville. Je crois même qu'elle est restée unique pendant fort longtemps.
 Un passage de la Chronique de Saint-Maixent évoque bien la destruction par le feu d'une église Saint-Pierre en 1067 ou 1068. Dans un dossier précédent, j'ai relevé les incohérences de cette chronique et mis en doute l'existence d'une église à cet endroit dès le XIe siècle.
 Cependant, au cours du premier quart du siècle suivant, deux documents indiscutables prouvent la présence d'un premier lieu de culte. Le Grand Cartulaire de Fontevraud ( n° 394 ) cite Archambaud, un chanoine « Sancti Petri de Salmuro », entre 1109 et 1125. Egalement, dans une bulle du 18 février 1122, le pape Calixte II classe cette église parmi les possessions de l'abbaye de Saint-Florent.

 

2) Localisation de cette église

 Il ne saurait s'agir de notre église actuelle, à l'évidence plus tardive. Et était-elle située au même endroit ? Vers 1883 est découvert sur le flanc sud de la place Saint-Pierre un ensemble souterrain à l'appareillage très soigné, long de 26 mètres d'ouest vers l'est et large de 10 mètres ; Joly-Leterme l'inspecte avant sa destruction et suggère qu'il pourrait s'agir de la crypte de cette première église. Son avis ne manque pas d'autorité, mais il note également l'absence totale de chapiteaux, ce qui jette un doute sur la destination religieuse de ce bâtiment.
 En outre, les lieux de culte changent rarement d'emplacement ; il est plus logique de placer cette première église du côté de l'actuel parvis ; elle serait ainsi restée en service, alors qu'on construisait notre seconde église à partir du choeur... Seule l'archéologie pourrait apporter des réponses incontestables.

 

3) Proscrire l'appellation de " Saint-Pierre du Marais "

 Gustave d'Espinay ( p. 70 ) affirme que le nom primitif de l'église était " Saint-Pierre du Marais ". Cette appellation n'apparaît dans aucun document médiéval et je l'ai cherchée en vain dans Bernard de Haumont, auquel d'Espinay se réfère.
 Même s'il est imaginaire, ce titre correspond assez bien à la topographie primitive. L'église est bâtie sur une sorte de promontoire ; du côté de la rue Basse-Saint-Pierre, le sol est nettement plus bas et anciennement inondable ; sur le flanc sud, le mur du Boile est tout proche et il est très probable que des douves le séparaient de l'église.

 

4) La nouvelle église de la fin du XIIe siècle ( en bleu sur le plan )

4) Les questions posées par le portail roman

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5) La nef de style Plantagenêt

 

6) Une petite chapelle latérale ajoutée au XIVe siècle ( en vermillon sur le plan )

 

7) En face, deux chapelles renaissantes ( en vert foncé sur le plan )

Mur nord et chapelle Renaissance

 

  Cette vue du mur gouttereau de la dernière travée de la nef offre une synthèse des précédentes étapes :
- la voûte angevine, bombée et à huit nervures,
- la haute baie en plein cintre, encadrée par des arcatures élégantes qui réapparaissent à l'extérieur,
- la large arcade percée dans le mur et donnant accès à la chapelle de 1549,
- la voûte en étoile caractéristique du dernier âge gothique.

 

 

 


8) "Firmior ex lapsu", chute et reconstruction de la façade occidentale

 

9) Une église bien entretenue au XVIIIe siècle

 Alors qu'à la fin de l'Ancien Régime les églises médiévales sont souvent laissées à l'abandon ou défigurées, la fabrique de Saint-Pierre exécute en permanence d'importants travaux ( comptes, A.D.M.L., G 2 534 et G 2 705 ).
 En 1682-1684, elle fait poser un nouveau pavement en pierre de Baugé-Menuau. En 1723-1724, l'architecte Pierre de Vigny dessine et fait exécuter des grilles destinées à fermer le choeur, cela sur commande du chapitre, qui désire s'isoler ( je suppose que l'ancien jubé vient d'être détruit ).
La sacristie de Saint-Pierre, vue de la cour en contrebas L'orgue est entretenu et réparé par l'organiste lui-même, mais en 1767, le facteur Julien Buron vient y ajouter de nouveaux jeux.
 La sacristie, accolée au côté nord du choeur menaçait ruine, car les arceaux qui la soutenaient étaient rongés par l'humidité. En 1763, le maçon Bourguais la reconstruit à neuf, en lui donnant une forme en équerre.
 L'année suivante, le menuisier Ballard installe à l'intérieur un immense chapier, une armoire à bannières et de belles boiseries ( pour 1 100 livres ).
 Enfin, en 1764, 600 chaises neuves sont installées dans l'église.

 

10) L'achèvement du clocher centralCharpente portant les cloches et la flèche

Extrait de la gravure de Merian Depuis plus de cinq siècles, la tour du clocher central restait inachevée à mi-hauteur. Toutes les figurations anciennes confirment ce dessin de Lincler, où l'on remarque aussi les flèches primitives de la façade occidentale. Un petit toit, dissimulé à l'intérieur, protégeait les cloches.
 Longue négligence ? Je me demande si des tassements déjà survenus sur le carré du transept n'avaient pas dissuadé les bâtisseurs d'alourdir l'ensemble ( des fléchissements visibles sur certaines assises le donnent à penser ).
 En tout cas, en 1773, ces pans de murs informes menacent de s'écrouler et l'assemblée générale de paroisse décide d'achever la tour et de la couronner par une flèche en charpente. Les travaux, dirigés par Jean Carreyon, sont reçus le 20 décembre 1775, pour un montant de 17 303 livres ( A.D.M.L., G 2 513 ).
 Cette flèche, légèrement vrillée, haute de 69 mètres, fait désormais partie du paysage saumurois ; elle sert même de repère pour les relevés géodésiques. Cependant, elle nécessite en permanence de gros travaux. Dès le 26 juin 1782, elle est incendiée par la foudre.
 En dernier lieu, elle a été refaite en 1986 ; le schéma ci-joint présente la structure complexe de sa charpente.

 


11) La primauté sur Saumur

 La période révolutionnaire et consulaire est fertile en avatars ; elle installe en tout cas la prédominance de Saint-Pierre sur Nantilly.
 Dans les premières années de la Révolution, l'église, tout en étant le siège d'une paroisse réduite ( puisqu'elle a perdu le quartier des Ponts ), est en même temps la grande salle publique où se tiennent les assemblées les plus nombreuses. Du 26 au 28 mars 1789, les délégués du Tiers Etat s'y réunissent pour choisir leurs députés ; l'après-midi du 28, les trois ordres de la sénéchaussée y sont rassemblés. Le 2 septembre 1792, tous les électeurs du département s'y retrouvent pour choisir les députés envoyés à la Convention. Là aussi se tiennent les réunions de la section de la Fraternité et la Société populaire y tient ses séances pendant plusieurs mois.
 Les grilles fermant le choeur sont démontées en décembre 1792 et ses barres transformées en piques. L'église, fermée au culte en octobre 1793, sert de halle à tout faire. Des soldats y bivouaquent. Pendant quelques jours, elle devient le centre d'interrogatoire des suspects arrêtés. Elle sert ensuite d'atelier de salpêtre, et la gendarmerie, qui est installée dans l'ancien presbytère, y entrepose ses fourrages.
 Cette fonction d'annexe de la gendarmerie retarde la remise au culte de l'église, qui n'est officialisée que le 7 décembre 1800. Mais dans la réorganisation concordataire, Saint-Pierre est érigée en cure le 10 novembre 1802, alors que Nantilly, Saint-Nicolas et la Visitation se contentent du rang de succursales.

12) De nombreuses campagnes de restauration

 L'église se réorganise en lieu de culte grâce à des récupérations venues des Cordeliers ( l'orgue, un tabernacle ) ou de Fontevraud ( des colonnes de marbre ). Ses murs sont repeints selon le goût du temps, c'est-à-dire, bariolés de rochers et de fleurs.
 Les colonnes et les voûtes présentent des symptômes inquiétants. Des travaux de consolidation sont menés de 1824 à 1828 ; des cintres soutiennent les voûtes. Plusieurs groupes d'experts auscultent le bâtiment et rendent des avis inquiétants ( A.M.S., 4 D 25 ). Révolle, l'ingénieur des Ponts et Chaussées de l'arrondissement, écrit en 1828 que l'édifice est « humide, malsain et sujet à des réparations continuelles, et qu'il serait préférable, si les moyens de la ville le permettaient, de construire une nouvelle église plus appropriée ». Soutenu par l'ingénieur en chef Derrien, il préférerait une pièce montée dans le goût du temps. Le Conseil municipal hésite. L'église est sauvée par l'intervention des "antiquaires", par l'entêtement du curé Forest et par les travaux rapidement exécutés par l'architecte-voyer Giraud ( sous la direction de l'ingénieur départemental Aubert - entreprise Aubelle - A.M.S., 2 M 8 ). L'Etat accorde un secours de 5 000 francs.
 Elle est complètement restaurée par Joly-Leterme au cours d'importantes campagnes menées de 1842 à 1864. L'architecte reprend en entier le pilier de la croisée S.E.du transept qui s'enfonçait de façon inquiétante et qui demeure nenaçant ( montant : 28 000 francs ). Il reconstruit les voûtes de plusieurs chapelles et il fait détruire des maisons adossées à l'édifice.
 De 1901 à 1919, Magne, puis Hardion y mènent de grands chantiers ; la tour gauche de la façade, qui avait survécu à l'écroulement de 1674, est reconstruite, ou plutôt seulement rhabillée, selon les constatations actuelles.
 En avril 1995, une douelle de cinq kilos tombe de la croisée du transept : les problèmes de fondations réapparaissent ; la presse, à tout hasard, lance l'hypothèse de l'existence d'une ancienne crypte qui aurait été comblée avec du sable. En réalité, c'est toute l'église qui est fondée sur un sable qui manque de densité. Des échafaudages et un "tabouret" occupent longtemps le carré du transept. Afin d'éviter des vibrations néfastes, les cloches sont devenues muettes.
 L'église fait l'objet d'énormes travaux à partir de 2004. D'abord, la toiture est refaite. Le ravalement complet de la façade occidentale est entrepris. En février 2009, on constate que la tour nord-ouest manifeste une instabilité inquiétante ; le rhabillage tardif se désolidarise du massif roman sous-jacent. L'édifice est fermé au culte et au public au début de septembre 2009. L'entrée de la nef est dépavée, ce qui fait apparaître d'abondants ossements et ne surprend nullement les historiens. Des examens approfondis révèlent la nécessité des travaux suivants : consolidation des fondations, pose de broches sur la tour nord-ouest, installation d'une ceinture métallique assurant la cohésion entre les murs de la nef du XIIIe siècle et la façade reconstruite. En mai 2010, l'église est considérée comme mise hors de danger ; d'importants travaux sont en cours, au grand dam des riverains.

13) Curiosités disparues

  • Le groupe Domine quo vadis, offert par le roi René ;
  •       Le grand Saint-Christophe
     Christophe aurait porté l'Enfant-Jésus sur ses épaules, afin de lui faire franchir une rivière. Il en tire son nom et sa fonction de patron des portefaix et des voyageurs. Des représentations géantes du saint étaient souvent présentes à l'entrée des ponts, ce qui explique la statue de taille colossale érigée à la droite de l'entrée de l'église. « Cette figure est la plus grande et la plus belle qui soit dans le royaume et est l'admiration de tous les étrangers », selon les dires de Bernard de Haumont. Véritable attraction touristique, la statue est restaurée et repeinte après la chute de la façade. Laissée à l'abandon au XVIIIe siècle, elle est encore citée en 1780 par le voyageir Desjobert, et elle disparaît avec la Révolution.
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    14) Eléments remarquables médiévaux

  • Modillon, côté droit de la nefLes modillons de la nef
    Ces deux modillons expressifs évoquent les travaux du vin, la taille des ceps et la fabrication d'un tonneau. Ils sont placés sous la galerie intérieure, dans la dernière travée de la nef. Cet emplacement rend acceptable leur origine médiévale, mais les tailleurs de pierre du XIXe siècle les ont fortement restaurés, s'ils ne les ont pas créés.
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    Enfeu de Béatrice de Boumois


  • L'enfeu de Beatrix de Boumois,
    décédée le 4 octobre 1450 - niche funéraire surmontée par une haute accolade flamboyante, peinte de couleurs vives.

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    15) Eléments remarquables modernes

     

    16) Bibliographie sommaire

    - G. d'ESPINAY, Notices archéologiques. Saumur et ses environs, 1878, p. 70-76.
    - C. PORT, Notes et notices angevines, 1879, p. 117-129 ( sur les stalles et les tapisseries ).
    - A. MUSSAT, dans Congrès archéologique, 1964, p. 572-578.
    - Marie-Jane DURAND et Pierre DUTREUIL, Saumur. Promenade d'architectures, 1995, p. 80-90.
    - Yves BLOMME, Anjou gothique, 1998, p. 301-305.

     

     

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