" L'homme est
la mesure de toutes choses "
L'affirmation de Protagoras peut s'appuyer sur des vocables, comme le pouce, le pied et la toise. Ces références anatomiques sont d'une commodité évidente dans l'usage quotidien, mais elles doivent être combinées entre elles. La systématisation repose, au départ, sur le pied.
LE PIED
Aux XIe et XIIe siècles
le pied Plantagenêt = 0,287 m
Hérité des Grecs et des Romains, ce pied
angevin, qui correspond à nos chaussures de pointure
43, conserve des proportions raisonnables ; il est l'ancêtre
du pied anglais, qui prend déjà de l'ampleur
avec 0,3048 m.
Du XIIIe au XVIIIe siècle
La conquête de l'ensemble de l'Anjou par Philippe Auguste
en 1203 introduit un nouvel étalon d'origine germanique,
dérivé du pied de Drusus, et qui devient le pied
français ou pied de roi. Ce nouveau système présente
le rare avantage d'une grande stabilité :
PIED DE ROI = 0,32473 m
LA TOISE VAUT SIX PIEDS = 1,9484
m
Anciennement appelée brassée, la toise correspond en principe à l'envergure des deux bras ouverts d'un homme adulte.
D'autres repères tirés du corps humain se sont intercalés dans ce système : le doigt, posé sur son travers, vaut 4 lignes et donc le tiers du pouce ( ce qui semble faible ) ; la paume ( les quatre doigts joints ) et la palme ou empan ( la main grande ouverte ) présentent des dimensions très fluctuantes, la coudée, distance du coude à l'extrémité des doigts, est comptée pour un pied et demi. Toutes ces mesures malcommodes disparaissent de l'Anjou passé le XVIe siècle.
Quelques survivances insolites sont à relever : le pied de vitrier ou pied caphe ne contient que 8 pouces, soit 0,217 m, en relation probable avec les petits carreaux des fenêtres. En 1791 encore, le district de Baugé signale l'existence d'une brasse, utilisée pour mesurer les cordages les deux bras tendus ; il l'évalue à 5,5 pieds, soit 1,78 m . La brasse baugeoise a conservé ses dimensions humaines, car, selon la remarque des administrateurs, elle correspond assez exactement à la taille d'un individu.
La ligne, à l'origine épaisseur d'un fil de lin, est aussi appelée "grain d'orge". C'est la seule unité d'inspiration végétale dans un ensemble anthropomorphe ; elle se divisait en 12 points minuscules ; l'imprimeur Didot a préféré la partager en 6, ce qui donne nos points typographiques actuels, qui correspondent à 3/8 èmes de mm.
Finalement, le système royal français se réfère à un géant, haut de 1,95 m, pourvu de grands bras, de pieds démesurés et de pouces énormes. Ce qui permet de dégager une autre règle explicative : la mesure est un attribut du pouvoir, qui fixe les étalons et peut les faire varier. Cette variation s'opère en général vers le haut.
Un seigneur affirme sa puissance en adoptant des mesures de forte taille, ce qui peut aussi augmenter ses revenus. Il en résulte, au fil des siècles, un agrandissement continu des unités de référence, principe qui ne souffre en Saumurois qu'une seule exception notable.