Les mesures agraires



1) Evolution de la boisselée

 L'étude du boisseau débouche naturellement sur la boisselée, étendue que l'on peut ensemencer avec un boisseau de froment. Cependant, les types de boisselées sont bien moins nombreux que les mesures locales, car, dès le Moyen Age, une simplification s'est opérée à travers les grandes régions de l'Anjou.
 Depuis l'année 1600, où elle correspond à 494 m2, la boisselée de Saumur s'est agrandie, mais assez peu, car elle s'est raccrochée à une autre unité mieux stabilisée, l'arpent d'Anjou.

 

2) La boisselée normalisée par l'arpent

 Estimé d'abord à 4 220 m2, puis à 6 080, plus grand dans les terres labourées que dans les vignes, cet arpent prend sa valeur définitive en 1411 et donne les équivalences suivantes dans nos unités modernes :

 1 perche carrée ou chaîne carrée  =  66 m2
 100 perches carrées  =  1 arpent d'Anjou ou 6 600 m2

 La fixité de cet arpent a entraîné des équivalences simples, attestées depuis 1670 . Les notaires du XIXe siècle en ont fait de même à partir de l'hectare. Les cinq tailles de boisselées qu'on constate dans le Saumurois résultent donc, à la fois de la capacité de quelques boisseaux dominants, mais aussi d'une simplification régulée par l'arpent.

 Boisselées de

 aux 17e et 18e siècles

 au 19e siècle

 Saumur et la Vallée

Doué et Montreuil

Baugé, Noyant, Gennes

 1/12e d'arpent = 550 m2

1/15e d'arpent = 440 m2

1/10e d'arpent = 660 m2

 1/18e d'ha = 555 m2

1/22e d'ha = 455 m2

1/15e d'ha = 666 m2


 Carte des boisseaux et boisselées vers 1750

( On peut cliquer droit sur la carte, zoomer avant et arrière et déplacer à la souris)

 La carte révèle quelques exceptions : la boisselée de Loudun de 528 m2 atteint le sud du Saumurois ; sur deux zones, une grande boisselée coexiste avec une plus petite. Des terroirs se signalent par leur complexité : Tigné avec trois tailles de boisselées et Tancoigné avec deux...
 Etablie sur le modèle de la boisselée, la séterée ( ou sexterée et septerée ) équivaut à l'étendue de terre ensemencée avec un setier. Elle s'agrandit moins vite que cette dernière mesure, et, à la veille de la Révolution, elle égale dans tout l'Anjou oriental les 6/5 èmes d'un arpent ( 7 909 m2 ) et elle se divise en 2 minées.

3) L'aire d'une journée de travail

 Indépendantes des systèmes précédents et nées de la vie quoditienne, de vieilles mesures agraires représentent la surface qu'un manouvrier peut travailler en une journée ; ces "hommées" ou "oeuvres" dépendent bien sûr du labeur demandé, et là encore, la précision mathématique n'est pas au rendez-vous.
 L'hommée de jardin, correspondant au bêchage d'un terrain, est minuscule et s'élèverait à 165 m2 ; l'hommée de vigne, où la terre n'est pas retournée en entier, est plus vaste ( Thorode la fixe à 1/4 de quartier, soit 412,5 m2, Ménière à 608 m2 ) ; l'hommée de pré ou "ondain", surface fauchée en une journée, est encore plus grande : 1 237,5 m2 pour Thorode, 3 957 pour Verrier et Onillon, 4 400 selon une évaluation de la municipalité de Saumur ; dans le Baugeois, elle est finalement arrondie au 1/3 d'un hectare, soit 5 boisselées locales.

 Le journal est l'étendue qu'un attelage laboure en une journée ; il vaut 4 403 m2 au XVe siècle, valeur qui reste stable dans le Pays baugeois ; au XVIIIe siècle, il se rapproche du système de l'arpent dans le Sud-Saumurois avec ses 80 perches carrées, soit 5 273 m2.

 D'après son étymologie, le jeu ou juet, qui évoque une paire de boeufs sous le joug, devrait égaler un journal, mais c'est le journal ancien de 4 400 m2, soit 8 boisselées de Saumur, et, curieusement, cette dénomination s'applique toujours à des prés.

4) Les unités d'exploitation

 Quand les actes ne précisent pas l'étendue d'un domaine, le vocabulaire employé permet de tenter une évaluation rudimentaire. Dans le Saumurois, la métairie représente une grande exploitation polyvalente, sans rien signifier sur le mode de ses redevances, elle dépasse 20 ha sous l'Ancien Régime selon François Lebrun, et 30 ha selon les usages du XIXe siècle. Une ferme est toujours supérieure à 10 ha. Au-dessous, la borderie, ou bordage, ou closerie, est une exploitation dépourvue d'animaux de trait et toujours de petite taille, en général inférieure à 10 ha, et le plus souvent à 5...
 Dans le Baugeois, les usages locaux n'offrent que deux dénominations : la ferme, dépassant 12 ha, et au-dessous, la closerie.

 Pour compléments, sources, bibliographies, voir Joseph-Henri DENÉCHEAU, « Jallais, bachole, barraude et autres mesures anciennes du Saumurois », Archives d'Anjou, n° 1, 1997, p. 101-113.

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