Mesure des liquides

Aux XVIIe - XVIIIe siècles

 

  A mesure que le commerce s'étend et puisqu'il faut franchir des péages placés aux sorties de la province, la pinte du Saumurois s'efface devant la pinte d'Angers, puis celle de Paris, beaucoup plus petites - c'est l'un des rares cas d'amoindrissement d'une unité de référence. En contrepartie, la pipe s'agrandit, puisqu'elle atteint 480 pintes, elle est donc plus grande qu'aux siècles précédents. Au XVIIIe siècle, les Saumurois usent de trois mesures vinaires usuelles : la pinte, dans les auberges ; la busse, dans le commerce local ; la pipe dans les affaires lointaines .
   Le setier est un mot-piège, déjà rencontré dans des sens différents, et utilisé en outre comme mesure du lait. Il est subdivisé en 2 demis ou poissons.  

   La busse devient un terme courant ( avec la rondelle ) ; cependant sa capacité réelle est incertaine, car elle n'est pas seulement une unité de compte, elle est aussi une barrique de bois, que les tonneliers fabriquent à des dimensions un peu étriquées ; comme ces fûts servent longtemps, que leurs cercles sont constamment rebattus afin de resserrer les douves, la barrique s'amenuise. Des " jaugeurs, mesureurs de vaisseaux et barriques à mettre vin " passent contrôler leur contenance, moyennant 15 sous. Leur efficacité fut douteuse, puisqu'au XVIIIe siècle, d'après les rééditions du " Parfait Négociant " de Jacques Savary, il est d'usage de payer 29 veltes pour chaque busse, soit 220,4 l. C'est la valeur que garde la barrique au cours des deux siècles suivants. Le poinçon est un fût moins long et plus ventru que les autres, il est considéré comme d'une capacité légèrement moindre. En 1608 tout de même, il paie le même péage que la busse.




  Au contraire, en 1783, les agents des Aides le comptent pour 201,16 l. Plus petit encore, le quart s'intègre mal dans cette hiérarchie, puisqu'il s'agit d'un petit tonneau de 72 pintes ( 68,4 l ).
 Parmi les unités de grande taille, le muid se maintient toujours à deux pipes, atteignant désormais 913 l. Plus rarement cité, le tierçon correspond en théorie aux 2/3 d'une pipe ; en réalité, selon le notaire Barreau, il doit être compté pour 2,5 busses (  570,57   l  ). Dans les grandes unités de compte, la fourniture reste fixée à 21 pipes ( 9 585 l ), que les péages taxent pour 20 ( compte de 1608 ).
 Vers la fin de l'Ancien Régime, dans certaines transactions internationales, la pipe passe à 500 pintes, ce qui relève la fourniture à 9 975 l... Il est décidément malaisé de faire simple, d'autant plus que les anciennes unités n'ont pas totalement disparu.




 

 La survivance d'anciennes mesures

  Dans les estaminets situés le long de la Loire, à Chênehutte, dans l'enclave des Tuffeaux, le vin est vendu en pichets à la mesure de Montsoreau qui est proche de l'ancienne pinte de Saumur et estimée entre 1,14 et 1,22 l.
L'eau-de-vie, obtenue à partir des vins et des fruits, est produite en grande quantité dans le Saumurois ; elle est commercialisée dans de grosses jarres d'une velte ; toutefois, les huit pintes de cette velte sont mesurées d'après un étalon d'étain, marqué aux armes de Saumur et déposé chez le poêlier Bontemps. Cette mesure spécialisée dépasse de 1/32e la pinte de Paris, ce qui porte la velte d'eau-de-vie à 7,84 l.