Le cadastre napoléonien



Extrait du cadastre de Bagneux
Extrait du cadastre de Bagneux, section B du Bourg, n° 2


  Napoléon Bonaparte prescrit la confection d'un cadastre par arrêté du 12 brumaire an XI ( 3 novembre 1802 ), dans le but de donner des bases cohérentes à l'impôt foncier et, en même temps, de rassurer les propriétaires sur la stabilité de leurs biens, parfois acquis de fraîche date. Cependant, le nouveau service a longtemps tâtonné. Notre système de cadastre par parcelles n'est adopté que le 15 septembre 1807. Les opérations n'ont pas été menées de front dans tous les cantons ; dans le Maine-et-Loire, elles ne sont achevées qu'en 1838. Les cinq communes de l'ensemble saumurois ont été privilégiées et font partie des premiers travaux.
 Le géomètre de première classe Monoury termine Saint-Hilaire-Saint-Florent en octobre 1811 ; Schneider fils achève Dampierre le 15 février 1812 ; L. Bruas cesse ses relevés sur le terrain à Saumur le 23 juillet 1812 ; Lebiez signe les feuilles de Saint-Lambert-des-Levées en décembre 1812 ; enfin, Lecoy achève la série avec Bagneux en juillet 1813.
 Etablis à la même époque, sous le contrôle du même inspecteur vérificateur, les plans cadastraux présentent une certaine homogénéité. Ils sont orientés vers le Nord, malgré quelques fluctuations selon les feuilles. La figuration est assez bien standardisée : les bâtiments privés sont en rouge, les bâtiments publics, les églises et les murs d'enceinte en bleu foncé, les frontières en orange, l'hydrographie en bleu clair ; les routes et les chemins publics sont bordés par des traits noirs continus, alors que les traits sont en pointillés pour les chemins privés ; les murets entourant les clos de vigne et les grosses haies sont figurés. Les cimetières n'ont pas droit à une signalétique particulière : le nouveau cimetière de Saumur, acheté le 4 octobre 1810,  a droit à une mention sur la parcelle E 137 de la feuille E1 du Clos Bonnet, mais l'ancien cimetière communal, implanté à Bagneux, à la Croix des Sables, n'est l'objet d'aucune indication.
 Deux échelles sont appliquées sur les plans des sections : les parties urbanisées comme la ville de Saumur sont au 1/1 250 ème, tout comme les zones de vignes et de jardins du Vigneau et du Clos Bonnet, alors que les zones rurales sont en général au 1/2 500 ème. A Saumur, la section A1, des Isles,  est figurée au 1/2 500 ème, mais le quartier des Ponts est repris à part et agrandi au 1/1 250 ème. En tête est placé un plan d'assemblage à une échelle moindre, au 1/5 000 ème pour Bagneux, au 1/10 000 ème pour Saumur, Saint-Hilaire-Saint-Florent et Saint-Lambert-des-Levées.
 Les principaux repères de triangulation apparaissent, avec une forte densité à Saint-Lambert, où le clocher de l'église constitue la base de tous les alignements. A Saumur, une grande croix orientée sur les points cardinaux passe par le clocher de Saint-Pierre ; le moulin Alleaume est signalé comme " station de Cassini ". D'autres signaux auxiliaires sont indiqués à la Masse Saint-Vincent, aux Landes ou le signal des Prés, au bout du Chemin Vert.
 Le découpage des sections est relativement complexe. Le territoire de Saumur est réparti sur 22 feuilles. La distribution traditionnelle de la ville par quartiers n'est pas respectée, le Fort est associé à Nantilly ; les quartiers du Chardonnet et des Cordeliers sont placés dans des cartons particuliers.
 Les plans ont été réalisés en deux exemplaires, l'un pour la commune, l'autre pour le Service des Contributions, qui l'a rétrocédé aux Archives départementales. Les deux éditions présentent de faibles variantes : l'aquarellage est différent ; sur l'édition municipale, les noms des rues sont actualisés, alors que l'édition départementale indique les noms de la nomenclature révolutionnaire. Ainsi, la place de la Bilange est également nommée " place du Salut Public ou Napoléon ". Maniés pendant 150 ans ans environ, les deux exemplaires ont un peu souffert ; plus gênant, ils sont couverts de ratures et des mutations sont fâcheusement notées sur les marges. L'ensemble est complet, à l'exception  du tableau d'assemblage de Saint-Lambert-des-Levées, qui a disparu aux Archives départementales. En complément, les géomètres ont établi des atlas cantonaux, un peu simplifiés, mais très lisibles.

 Cette impressionnante documentation est désormais accessible par Internet, selon les liens d'accès suivants :


Archives municipales

Archives départementales 49

Saumur
Tableau d'assemblage
Tableau d'assemblage
Saint-Lambert-des-Levées Tableau d'assemblage Section C1 du Centre
Dampierre
Tableau d'assemblage Tableau d'assemblage
Bagneux
Tableau d'assemblage Tableau d'assemblage
Canton du Pont-Fouchard, remis à Bagneux le 20 avril 1854
Bagneux, section C
Bagneux, section D
Saint-Hilaire-Saint-Florent
Tableau d'assemblage Tableau d'assemblage
      

  A partir de ces plans cadastraux, il possible de reconstituer l'histoire des propriétés : les états des sections indiquent le nom du propriétaire primitif de chaque numéro, complété par la nature de la parcelle, sa superficie, sa classe fiscale de 1 à 6 et, pour les maisons, le nombre d'ouvertures soumises à la taxe sur les portes et fenêtres. Les matrices alphabétiques énumèrent les possessions de chaque propriétaire et nous renseignent sur l'origine des biens et sur les mutations éventuelles. La recherche est assez complexe, mais elle permet en général d'aboutir à un historique d'une maison ou d'une parcelle.
 Sur les plans, la forme du parcellaire permet d'évoquer l'évolution des lieux, par exemple, un lotissement médiéval autour de la rue Saint-Jean, les constructions planifiées par les Oratoriens le long de la rue Rabelais, les alignements de mûriers dans l'île du Saule, les vestiges de la redoute de Bournan, les lotissements sur les terrains gagnés en arrière du quai Mayaud, le parcellaire en lames de parquet résultant de partages familiaux égalitaires dans le vignoble ou dans les jardins. Le tracé des anciens chemins et la forme des îles apparaissent comme particulièrement fiables. Les géomètres ont longuement séjourné sur le terrain et rencontré les propriétaires ; leurs indications toponymiques sont assez sûres et bien moins aventureuses que certaines dénominations de la carte de Cassini. Dans ce domaine, le cadastre napoléonien constitue une base incontournable.
 Au total, le plus gigantesque travail de cartographie réalisé jusqu'alors.    







PAGE
D'ACCUEIL
MÉTHODE RETOUR
A LA LISTE
PLAN
PRÉCÉDENT
PLAN
SUIVANT