Les plans de nivellement et d'alignement ( 1827-1848 )



 Encore une décision de Napoléon : par une loi du 16 septembre 1807, ce dernier oblige les villes de plus de 2 000 habitants à adopter un plan d'alignement, c'est-à-dire la fixation pour chaque côté des rues d'une ligne que les façades ne pourront pas dépasser.
 Ce travail important et souvent conflictuel doit logiquement s'accompagner d'un nivellement général, qui régularisera l'écoulement des eaux, une réalisation particulière à la ville et antérieure au Nivellement général de la France. Il s'agit donc de deux ambitieuses réalisations cartographiques destinées à compléter le cadastre. Mais autant ce dernier a été vite réalisé à Saumur, autant les autres travaux vont s'éterniser. Voir notre étude plus détaillée sur le plan d'alignement.
 C'est seulement le 1er octobre 1827 que le Conseil municipal adopte le cahier des charges des deux entreprises ; l'année suivante, il conclut un marché pour 5 800 F avec Antoine Calderon, alors ingénieur au canal de la Dive et par la suite architecte-voyer de la ville. Les travaux progressent lentement pour plusieurs raisons : la maladie de Calderon, auquel succédera Joly-Leterme ; la nécessité préalable d'adopter enfin une nomenclature du nom des rues et un système logique de numérotation, mesures votées en décembre 1838 ; la divulgation d'avant-projets dévastateurs qui suscitent de violentes oppositions. Beaucoup moins conflictuel, le plan de nivellement est adopté le 20 mars 1839.

Le plan de nivellement
   

  Sa base de départ est le niveau d'étiage de la Loire, fixé par la nouvelle échelle du pont Cessart posée en 1835 ( à la différence du Nivellement général de la France qui part du niveau moyen de la mer à Marseille ).

Repère de nivellement n° 1
 Voilà le repère n° 1, qui était posé sur le pavage devant l'échelle ( les quais ont été modifiés depuis ). Les hauteurs sont graduées en décimètres et le plan est à l'échelle du 1/250 ème. Ces données sont difficiles à comprendre, car auprès de chaque repère a été ajouté au crayon une autre nombre, cette fois en mètres et relativement différent. Pour chaque carrefour est calculé l'altitude du sommet de la chaussée, celle du ruisseau central et souvent la hauteur du socle d'une maison d'angle. La pente de la rue est calculée jusqu'au prochain carrefour. Ce gros travail d'arpentage était utile pour l'organisation des caniveaux à l'air libre. Il est inutile aujourd'hui. On peut consulter ces plans, en mauvais état et à l'encre délavée, sur le site des Archives municipales depuis 1 Fi 106 jusqu'à 1 Fi 126. 

Le plan d'alignement

 Un premier plan d'alignement est adopté par le Conseil municipal du 20 mars 1839 et signé par Antoine Calderon et par le maire par intérim Marc-Thabis Gauthier. Mais il doit être approuvé par les autorités supérieures, qui apportent de substantielles modifications. Les Conseils municipaux des 9 et 14 mars 1845 prennent connaissance du rapport imprimé d'un certain Roulleau ( A.M.S., 1 O 7 ) et apportent d'appréciables corrections ; surtout, ils allègent les destructions envisagées. Le plan d'alignement est définitivement promulgué par décret du président du Conseil, le général Cavaignac, le 12 juillet 1848. Il a désormais force de loi pour plus d'un siècle, jusqu'à son remplacement en 1975 par le Schéma Directeur d'Aménagement Urbain.
 Il se présente sous la forme d'un résumé de huit pages voté par le Conseil municipal, complété par un arrêté du 4 juillet 1854 et suivi par un ensemble de 23 plans à l'échelle du 1/500 ème, ensemble consultable aux Archives municipales de 1 Fi 81 à 1 Fi 105,  ( ils sont signés par Calderon et Gauthier, puis par le maire Louvet et l'architecte-voyer Joly-Leterme  ) ; un double de la version de 1848 existe aux A.N., F 1A/2002-481, mais il n'est pas en meilleur état que celui de Saumur.
 Il est dommage que ces plans soient difficilement lisibles, car ils constituent une bonne photographie de la ville ancienne vers 1840 ; les noms des propriétaires sont inscrits en clair, à la différence du cadastre pour lequel il faut rechercher dans des états de sections. Voici l'entrée de la rue de la Petite-Bilange :

Extrait du plan d'alignement

 On trouve la nouvelle numérotation des rues, côtés pairs et impairs, en progressant selon le cours de la Loire, sur une autre ligne le nom du propriétaire ( qui n'est pas forcément l'occupant ) et enfin, trois données, d'abord le nombre d'étages ( 3 pour la Maison Blancler ), ensuite une valeur fiscale, enfin une lettre classant le bien comme Neuf, Bon ou Mauvais, ou bien comme Jardin. A l'entrée de la rue sont portés, en bleu, le repère de nivellement et en rouge la largeur future de la voie, ici, 7 mètres, rectifié par la suite au crayon à 6,32 m. Cette faible ampleur ne justifie pas l'existence d'un trottoir. Dans la réalité, la rue a bien été alignée sur le trait rouge dans sa partie gauche, mais à droite la façade ancienne continue son avancée et provoque un léger étranglement de la rue. De même, dans la ville ancienne, les prescriptions du plan d'alignement ont rarement été appliquées.
 Les auteurs du plan  ont pour idéal la rue rectiligne de 10 mètres de largeur et, trop souvent, ils ont la main lourde : de nombreuses voies sont condamnées sur un côté, la rue Brault, par exemple, sur les deux. Tout ce qui dépasse doit être raboté ; dans la rue Basse-Saint-Pierre, l'avancée de la maison des Tourelles est vouée à la destruction ; sur la place voisine, les hautes maisons sur pan de bois sont sacrifiées. Dans la Montée du Fort, la maison dite d'Eugénie Grandet est rectifiée. Heureusement, les vives résistances, le simple bon sens et le manque de moyens financiers de la ville ont limité ces ravages. On comprend mal comment des gens cultivés comme Calderon et Joly-Leterme ont pu envisager de pareilles mutilations.
 Nos urbanistes ont aussi la culte de la percée, une large artère qui relierait des îlots enclavés. Ils proposent avec succès les axes de la rue de la Fidélité et de la rue Chanzy ; ils font déboucher la " rue des Payens " ( orthographe traditionnelle ) sur la place de l'Arche-Dorée et surtout, ils sont à l'origine de la grande trouée que constituera plus tard la rue Dacier. A l'inverse, ils se montrent timides dans le dégagement de la place Saint-Pierre.
 Ils entrevoient les boulevards périphériques et le quai Carnot ; ils réservent le passage  pour la future voie ferrée rive droite. Ils sont à l'origine de nouveaux quartiers alors en travaux, autour de la rue Montcel et de la rue du Bellay...
 Trop méconnu, ce plan d'urbanisme a joué un rôle considérable, en modelant la physionomie de la ville.
 





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