Nicolas POICTEVIN


PLAN GEOMETRAL DV CHASTEAV DE SAVMVR ET PARTIE DE LA VILLE DV COTÉ DE LA PORTE DE FENET...
F. PAR le sr Poictevin ingr du roy

Date : 23 juin 1692
Dimension en cm, hauteur x largeur : 38,8×27,8
Echelle : env 1/1 100
Orientation : S.O.
Techniques : manuscrit, encre, lavis, aquarelle
Localisation : Service Historique de la Défense ( château de Vincennes ), Archives du Génie, art. 8 - SAUMUR - n° 1

Plan géométral par Nicolas Poictevin

 D'origine tourangelle, Nicolas Poictevin commence sa carrière en 1678 en qualité d'ingénieur des turcies et levées. Il devient l'un des hommes de confiance de Colbert, qui lui attribue la surveillance des ouvrages d'art sur la Loire en aval d'Orléans, avec le titre d'ingénieur et architecte ordinaire des bâtiments du Roi. Il reçoit un traitement de base de 2 400 livres par an, complété par des gratifications, mais il doit entretenir une équipe de commis. En 1705, il devient inspecteur des Ponts et Chaussées pour la Généralité de Tours. Membre de l'Académie d'Architecture depuis 1700, Poictevin marque dans le domaine des travaux publics la transition entre l'âge des entrepreneurs  et l'âge du corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées, organisé en 1716 ( Décès fin 1719 ).
 Il est très présent à Saumur. Ses " Desseins des plans et élévations des ponts situez sur la rivière de Loire et autres adjacentes " constituent un trésor pour la Médiathèque de Saumur ( manuscrit 21 ). Poictevin produit aussi un intéressant " Plan et eslévation géométralle de la porte de la billange... " En 1701, il dirige quelques travaux de faible importance au château, dont l'aménagement de trois nouvelles chambres de prisonniers au rez-de-chaussée de l'aile orientale. Il dresse à deux reprises des relevés scientifiques de la citadelle et de ses alentours, relevés qu'il qualifie de « plans géométraux », ce qui signifie que des mesures précises ont été opérées à l'aide d'instruments d'arpentage, que la figuration ne tient pas compte de la perspective et que sont indiquées l'échelle et la rose des vents. Nous présentons ici le plan le plus détaillé.
 Quelques particularités sont à relever. Les bastions portent des noms qui ont changé depuis Duplessis-Mornay. En C, le bastion Nord est appelé " Bastion de la Leverette " ( ne souriez pas : le mot vient du latin tardif lapidetum, la carrière de pierres, carrière dont l'entrée est évoquée juste au-dessous ). L'échauguette sur le flanc gauche est représentée comme s'avançant en surplomb, alors que toutes les autres reposent sur l'angle des maçonneries. Quant à la tour nord, elle est déjà éventrée.
 En D, la terrasse et les éperons forment le " Bastion de Fenet " ; en E, le " Bastion des Champs " ; en F, le " Bastion de Nantilly " englobe, sur l'ancien mur, deux tours ( dont en V, « le magasin aux poudres qui est très bon ». En I, « l'entrée principale du costé de la ville » est protégée par un pont-levis double, alors que la traversée de la demi-lune s'opère par son flanc sud. En G, le " Bastion du Collège ", qui, avant sa destruction, était implanté tout près du fossé. En H, le " Bastion de Saint-Pierre ".
 Peu de surprises sur le donjon ; l'aile N.E. est pourvue de ses murs de refend, ce qui infirme l'hypothèse selon laquelle la grande salle de Duplessis-Mornay se trouvait à cet endroit. Au devant de l'entrée, la lettre X correspond à la maison du Major, un gros bâtiment entièrement disparu, qui se confondait avec la porte des Champs, qui était flanquée par un grand escalier extérieur et qui formait une puissante poterne couronnée par des toits pointus ( si l'on en croit plusieurs autres figurations ).
 Nous apprenons peu de choses sur l'actuelle caserne Feuquières. En T, viennent les « cazernes habitez et que l'on va alonger » ( les curieux bâtiments occidentaux ont en effet disparu ). En O, la « chapelle du corps de la place ». En P, le corps de garde. En R, d'autres casernes habitées et la cantine en S, alors qu'en Q, au-dessous du corps de garde, viennent des « cazernes ruinées et tombez ». Les cours sont encloses par de grands murs, sans doute récents, explicables par le fait qu'en 1692, le château est avant tout une prison.
 Au bas du plan, la grosse porte de Fenet ( en J ), desservie par un grand escalier extérieur, semble parfaitement décrite. Au-dessus, le cimetière de la paroisse Saint-Pierre vient d'être ouvert en 1691 ; sa présence est seulement évoquée par une haute croix hosannière. A l'angle de la muraille, la " Tour de l'Oyseau ", la tour du Papegault, est déformée et j'ai quelques doutes sur la figuration très variée des tours de l'enceinte urbaine, en avant de laquelle les constructions ont envahi les anciens fossés.
 A noter aussi, la forme tarabiscotée de l'actuelle rue Raspail. Tout en bas, le plan distingue le port de la Gallère et le port Saint-Michel, alors que les notaire de l'époque les mélangent indifféremment.

 
En 1711, Joseph de Haro y Cardona figure le même espace dans une vue cavalière qui présente le plus grand intérêt et qui peut être comparée avec ce plan. A l'inverse de cette vue statique, il décrit une forteresse grouillant d'animation, avec ses soldats montant la garde ou pratiquant des exercices ; il s'intéresse en particulier au port au Bois, à ses montagnes de merrains et à un train de chalands tiré par des haleurs. N'aimant pas radoter, je renvoie aux images et aux commentaires très détaillés sur le site des Archives municipales.
 Le détour en vaut la peine.   





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