Trois petits cimetières  

     

 Saumur n'a pas de " quartier protestant ", bien qu'on affirme trop souvent le contraire ; les familles des deux confessions habitent ensemble sans discriminations. Mais cet amalgame s'arrête au seuil du tombeau : les morts sont strictement séparés.
   

1) Les aménagements autour du temple

 En 1606, Duplessis-Mornay achète un petit terrain situé sur le flanc nord du temple. Il y fait aménager deux caveaux funéraires. Le premier accueillera le corps de son fils, Philippe des Bauves, tué aux Pays-Bas le 23 octobre 1605, et il le réserve pour sa propre famille. L'autre caveau existe déjà, il reçoit des dépouilles de familles amies. Ces "sépulchres" se situent en contrebas du mur septentrional du temple, percé par une porte ; on y descend par un escalier d'une douzaine de marches.
 En complément, un petit terrain situé à l'est du temple accueille aussi quelques tombes de notables.
   

2) Le cimetière du quartier des Bilanges

 Le cimetière destiné à la masse de la population réformée a été acquis dès 1570. Allongé et étroit, il s'étend entre les actuelles rues Brault et Chanzy, mais il est de trop petite taille.
 Dans son prolongement, la communauté réformée acquiert trois parcelles qui s'étirent jusqu'au Portail Henry. Cet agrandissement est autorisé le 5 août 1615 par le sénéchal de Saumur ( A.D.M.L., 4 B 129 ). Afin de payer ce terrain, dans les années 1678-1682, le consistoire continue à verser trois rentes annuelles d'un montant total de 44 livres, 9 sous, 1 denier ( A.M.S., I A 3 ).
   

3) Le cimetière de Nantilly

 L'Hôtel-Dieu n'est pas encore tenu par des religieuses, mais par des dames de charité, qui accueillent indifféremment les malades indigents des deux confessions. A l'intérieur de l'enclos, près de la ruelle des Boires actuelle, a été ouvert un petit cimetière pour les réformés. Il doit être minuscule, mais il est évoqué dans le chartrier de l'Hôtel-Dieu ( en 1615 et 1696 ) ; le registre protestant y cite des inhumations à partir de 1609.
   

4) Un projet de nouveau cimetière dans l'île

 Les cimetières protestants s'avèrent en permanence trop exigus, peut-être à cause de la présence de pierres tombales empêchant une rotation rapide des corps, comme on l'observe dans le cimetière des pauvres de Nantilly.
 Vers 1620, l'église réformée projette d'acquérir le jardin de la Bouvinière, près des Saulaies d'Offard. Cependant, les Capucins viennent de s'installer dans le voisinage, et ils s'emparent du terrain pour la somme élevée de 1 300 livres ( R.A., 1904 (1), p. 242 ).
   


 Pendant de longues années, le fossier David Blancpain entretient les cimetières et consigne lui-même les inhumations sur un petit cahier ( A.D.M.L., I 5 ).
 Ces trois petits cimetières, dispersés à travers la ville, ont été saccagés en 1685. Il n'en subsiste pas la moindre trace.