Armes de Saumur simplifiées et gravées sur bois par Degouy (1784) 

  

Chapitre 11 :

 La Contre-Réforme catholique

 

 La mobilisation catholique contre la présence protestante prend une dimension exceptionnelle à Saumur. L'ancienne qualification de " Contre-Réforme " retrouve ici tout son sens et doit être maintenue  &  (1).

LES CATHOLIQUES SOUS TUTELLE PROTESTANTE

   

 1) 1589, une population catholique désorientée 

 Quand les Huguenots s'installent en force à Saumur, la population, en théorie toute catholique, est décontenancée et privée de chefs incontestés.
 Elle ne s'est pas structurée autour d'organisations ligueuses, la ville étant demeurée constamment fidèle au roi. Le recteur, Pierre Beaussier, âpre au gain, violent et procédurier, n'a aucune autorité morale. L'autre tuteur religieux de la ville, l'abbaye de Saint-Florent, n'y tient plus qu'un rôle marginal ; elle sort des guerres de Religion dépeuplée et ruinée. Son abbé commendataire, le cardinal François de Joyeuse, alors archevêque de Toulouse, est un chef ligueur, comme toute sa famille. En 1590, Duplessis-Mornay prononce même la saisie de l'abbaye, comme propriété d'un rebelle au roi. [ Cependant, Joyeuse va finir par se réconcilier avec le souverain et même jouer un rôle important. ]
 Il est possible que cette déliquescence des cadres catholiques ait suscité des adhésions locales à la Réforme. Il n'existe pas d'outil pour les constater. Et il faut rappeler que les catholiques représentent au moins les 4/5 èmes de la population saumuroise ( voir démographie ).
   

2) Les catholiques face à Duplessis-Mornay

  • Le Diable dans la cité, 1589-1598 
  •  A partir de quelques indices, il est possible de retracer une première période assez tendue. Le nouveau gouverneur s'empare de l'hôtel de Ville ; il procède à de nombreuses expropriations pour construire les bastions autour du château et autour du quartier Saint-Nicolas. Il impose aux habitants le logement d'une partie de ses soldats ; ceux-ci, bien tenus en main, se montrent « korrects », mais ils sont considérés comme des occupants étrangers.
     Dans une lettre du 3 septembre 1593, Duplessis-Mornay raconte un incident révélateur : le bruit aurait couru qu'au cours de la nuit anniversaire de la Saint-Barthélemy, il allait massacrer tous les catholiques de la ville. Jusqu'ici, il n'y a qu'un ragot banal. Mais l'affaire se corse quand le gouverneur constate qu'un bon nombre de catholiques ont pris la menace au sérieux et se sont absentés. Il demande alors une enquête aux juges locaux, tous catholiques. Ceux-ci ne manifestent aucun zèle et n'aboutissent à rien.
     En 1596 encore, un complot contre Duplessis-Mornay est fomenté dans les milieux catholiques et ligueurs de la ville, ce qui l'amène à s'enfermer dans le château.

  • Un chef respecté, 1598-1615 
  •  Duplessis-Mornay et ses hommes ne s'approprient pas d'église, comme on s'y attendait ; ils ne commettent aucun acte d'intolérance caractérisé ( voir remarques dans le Portrait de Duplessis-Mornay ). La ville voit grandir son importance, sa population s'accroît par suite d'une forte immigration. Les maîtres maçons qui construisent les fortifications sont catholiques. Les papistes locaux reçoivent plus que des miettes de cette fonction de "Nouvelle Genève".
     A plusieurs reprises, ils témoignent de leur ralliement à leur gouverneur. Après le décès de Philippe des Bauves, c'est toute la population de la ville, les deux confessions mêlées, qui accompagne le corps du fils de Mornay jusqu'à l'Hôtel de Ville. De semblables manifestations d'unanimité se produisent à la suite de l'assassinat d'Henri IV.

  • Un réveil d'hostilité, 1615-1621 
  •  Pour des raisons que les sources ne révèlent pas clairement, une réelle hostilité réapparaît dans la population catholique à partir de 1615. La consécration de la ville à Notre-Dame des Ardilliers par acte municipal constitue une première provocation des édiles à l'égard du gouverneur. Lorsque débute la crise de 1620, les notables craignent de voir Duplessis rejoindre la révolte protestante, ce qui vaudrait à coup sûr à la ville les affres d'un siège. Des incidents violents se produisent dans Saumur le 4 mars 1621 : des récits imprimés en donnent des versions divergentes. La version favorable à Mornay, qui « a tousiours esté porté comme personnage treszelé au service du Roy » ( B.N.F., Lb 36/1574 ) reconnaît que les plus riches catholiques de Saumur envoient leurs meubles par eau ou par terre vers l'abbaye de Saint-Florent, vers Tours ou Chinon. Pour la suite, des publicistes évoquent la joie des catholiques locaux devant la destitution de Mornay, sans voir qu'il en sortira un premier déclin de leur cité.
       

    3) Une contre-offensive catholique venue d'en haut

     Sur place, quelques familles influentes s'affirment ardemment catholiques, après avoir souvent manifesté un penchant pour la Réforme au siècle précédent. Les Bourneau, Delommeau, Maliverné, Bonneau, Lebeuf, Avril, Gaultier, détiennent l'essentiel des charges judiciaires, des offices de finance et elles contrôlent le corps de Ville.
     Elles sont puissamment soutenues de l'extérieur par l'abbesse de Fontevraud, l'abbé de Bourgueil et par les évêques d'Angers, surtout après 1650, année de l'installation d'Henry Arnauld, personnage marquant qui dirige le diocèse pendant 42 ans.
      

    LES ARDILLIERS ET LES ORATORIENS

       

    4) Les Ardilliers, sanctuaire à miracles

     

     

     

     

     

     Dossier 1 : Les Ardilliers et les Oratoriens

     
    L'histoire monumentale de la Chapelle et de la Maison de l'Oratoire est étudiée dans la partie topographique
     
     

    Dossier 2 : Typologie des miracles

     La découverte d'une piétà et la construction d'une petite chapelle, achevée en 1553 ont été précédemment évoqués au chapitre 7. Une foule de pèlerins, venus de tout l'Anjou et des provinces voisines se pressait autour de la fontaine et en espérait des prodiges. Cependant, les guerres de Religion entravent ces manifestations et le sanctuaire est dévasté par les Huguenots.

     Durant l'année 1594, le pèlerinage est relancé par l'annonce de quinze miracles spectaculaires, attribués à l'intercession de Notre-Dame des Ardilliers et relatés dans des récits imprimés. Thomas Platter s'est procuré ces brochures, devenues annuelles à partir de l'année 1595 ( Emmanuel LEROY-LADURIE, Le Siècle des Platter, T. III, L'Europe de Thomas Platter, France, Angleterre, Pays-Bas, 1599-1600, Fayard, 2006, p. 50-52 ). La coïncidence entre cette explosion de miracles et la domination protestante est évidemment à remarquer.
     Le sanctuaire devient l'un des pèlerinages à la Vierge parmi les plus fréquentés du royaume, avec Notre-Dame de Liesse et Notre-Dame du Puy.
     Sur la demande de Guillaume Bourneau, procureur du roi, les Oratoriens viennent prendre en charge le pèlerinage à partir de 1619. L'installation des Pères constitue l'événement le plus considérable de la Contre-Réforme à Saumur ( dossier 1 ).

     Environ 120 cas de miracles advenus à des personnes ont fait l'objet d'une procédure de la part des autorités ecclésiastiques. Toutefois, d'autres faits prodigieux sont rapportés et soigneusement conservés ê (2). Les oratoriens les classent dans la catégorie des " protections " : villes indemnes de la peste, incendie éteint par l'eau de la fontaine, navires sauvés d'un naufrage imminent, marinier échappant aux pirates, personnes épargnées par la foudre. Le plus surprenant est le témoignage du sénéchal de Saint-Gilles en Bas-Poitou enregistré par un notaire de Saumur : il a contre toute probabilité gagné un procès contre des personnes d'autorité et il attribue son succès à Notre-Dame des Ardilliers. Une bonne justice serait-elle un fait miraculeux dans la France d'Ancien Régime ?
     Seuls les miracles survenus à des personnes ont pu faire l'objet d'une analyse méthodique ( Dossier 2 ).
       

    5) Trois interprétations du pèlerinage

     

    Dossier 3 : Du pèlerinage flamboyant au pèlerinage janséniste

     

    Dossier 4 : Le pèlerinage antiprotestant

     

    Dossier 5 : Le pèlerinage des Bourbons

     Que la piété et l'espoir d'un bienfait soient la motivation des pèlerins, rien n'est plus évident. Mais l'historien ne doit pas s'en tenir à ces banalités et doit pousser plus avant l'analyse, en recherchant les significations profondes qui ressortent des écrits des organisateurs et des propagandistes.

     L'inspiration religieuse est-elle la même entre le pèlerinage de la fin du XVIe siècle, inorganisé et marqué par l'exaltation des conflits religieux, et le pèlerinage de l'âge classique, modelé par le rigorisme des oratoriens et par leur cartésianisme ? ( Dossier 3 )

     Dans la France dualiste mise en place par l'Edit de Nantes, le pèlerinage et ses miracles prennent une dimension politique. Duplessis-Mornay et ses coreligionnaires l'ont constamment interprété comme une machine de guerre dirigée contre eux. Et l'action des oratoriens l'a confirmé ( Dossier 4 ).

     Dans la première moitié du siècle, la venue de quatre reines ( Louise de Lorraine, veuve d'Henri III, Marie de Médicis, Anne d'Autriche, Henriette d'Angleterre ), les cinq visites de Louis XIII et l'affluence des grands personnages de la cour font des Ardilliers un pèlerinage des Bourbons, un lieu où la famille régnante communie avec son peuple, union qui constitue l'un des ciments de l'absolutisme, selon la thèse de Bruno Maës ( Dossier 5 ).
       

    6) L'afflux des pèlerins ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Dossier 6 : Les pèlerinages secondaires

     Tous les récits de voyageurs, tous les comptes-rendus de miracles évoquent une foule de pèlerins. Il faut cependant rappeler que la première chapelle est minuscule et que la rotonde est pendant très longtemps en travaux. Qu'une paroisse vienne en corps constitué, à pied ou par bateau, ces lieux exigus sont aussitôt encombrés.

     On dispose d'un moyen un peu grossier pour entrevoir statistiquement la fréquentation des Ardilliers : un registre des mises et des recettes de la Maison de l'Oratoire de novembre 1638 à la fin de 1646, au cours d'une période faste ê (3). Le pèlerinage rapporte une somme à peu près constante de 10 000 livres par an. Dans ce compte est en général classé à part le revenu du " banc des messes " ; dans la mesure où on peut le reconstituer, il se maintient entre 7 et 8 000 livres annuelles. Or l'offrande pour une messe, qui était de 8 sous au début du siècle, selon Goisnard, passe à dix sous dans les décennies suivantes. Autrement dit, il est possible d'avancer un nombre approximatif de 15 000 demandes de messes par an.
     Psychologiquement, chaque pèlerin tient à laisser un don lors de son passage au sanctuaire ; les plus misérables n'offrent qu'une chandelle, mais la plupart offrent une messe, et les plus riches en offrent beaucoup. Il paraît raisonnable d'adopter comme ordre de grandeur maximum un nombre de 15 000 pèlerins par an aux Ardilliers, nombre qui paraît plutôt faible. Les " foules " des époques anciennes n'ont rien de commun avec les " masses " du XXe siècle ou des pèlerinages modernes. De même, des chercheurs proposent de ramener à des valeurs très faibles l'effectif des jacquets se rendant vers Compostelle...

     Opérer une division simpliste et fixer le nombre des pèlerins à une quarantaine par jour n'a aucun sens, car le pèlerinage est un phénomène saisonnier. Les relevés mensuels des troncs sont indiscutables sur ce point : il n'y a pas grand monde d'octobre à mars ; en mai, le mois de la Vierge, les foules arrivent en nombre et se maintiennent en juin ; ensuite, une nouvelle reprise apparaît en septembre, période creuse pour les travaux des champs.
     Le quartier des Ardilliers est envahi pendant trois à quatre mois par an, d'autant plus que les lieux d'accueil sont limités. Quatre hôtelleries sont ouvertes auprès des sanctuaires. Les simples gens demandent asile payant aux habitants du quartier ( et se font parfois escroquer ). Pour les plus miséreux, il existe une petite salle d'hospice située au rez-de-chaussée de la maison aujourd'hui effondrée située sur la place. Les prêtres de passage peuvent coucher au rez-de-chaussée de la salle du trésor. Le quartier n'est pas équipé pour recevoir des foules de type moderne, d'où l'impression de cohue ressentie pendant les mois de forte fréquentation.

     La cartographie des pèlerins révèle que l'aire d'attraction n'atteint pas l'échelle nationale & (4). Les Ardilliers rayonnent avant tout sur le Grand Ouest, avec une densité plus forte tout le long de la Loire moyenne et dans le Poitou. Dans le Pays nantais, ils sont cités dans les testaments deux fois plus souvent que Sainte-Anne d'Auray & (5).

     La renommée des Ardilliers domine la vie religieuse locale, au point de faire oublier la survivance de petits pèlerinages locaux fort anciens, vers Notre-Dame de Nantilly, vers Saint-Florent, vers Saint-Nicolas ( Dossier 6 ). Un nouveau pèlerinage apparaît même aux Ulmes, aux portes de Saumur.
       

    7) La transformation du quartier de Fenet

    Dossier 7 : L'essor de Fenet

     Le sanctuaire est né dans un lieu sauvage et très isolé : le chemin conduisant à Dampierre est très mauvais et coupé par les crues ; à venir de Saumur, la voie n'est même pas empierrée et les maisons s'arrêtent à la Montée du Petit-Genève.
     Le pèlerinage fait naître un quartier original tourné vers les activités d'hébergement et surtout vers la fabrication et la vente d'objets de piété, en particulier les chapelets ( Dossier 7 ). Cette dernière activité va survivre au déclin du pèlerinage et même connaître un essor au XVIIIe siècle.
     

    L'AFFLUX DES ORDRES RELIGIEUX

       

    8) L'implantation de frères prêcheurs

     

    Dossier 8 : Les Récollets

     

    Dossier 9 : Les Capucins

     Par delà les Ardilliers et les Oratoriens, n'oublions pas les autres vagues d'ordres religieux qui s'implantent en grand nombre à Saumur. Les abondants dossiers qui suivent représentent 20 pages en impression A4.
     Jusqu'alors, la ville ne connaissait que l'ancien couvent des Cordeliers, installé dans la ville close. D'autres frères prêcheurs viennent les renforcer, leur fonction étant d'animer des retraites et des missions, tout autant dans les campagnes environnantes que dans la ville. Les Récollets ( Dossier 8 ) s'installent le 22 août 1603 à l'emplacement de ce qui est aujourd'hui le Jardin des Plantes ê (6).
     Un autre rameau des Franciscains, les Capucins cherchent à venir à Saumur à la même époque, sous l'impulsion du très influent Père Joseph du Tremblay. Cependant, la municipalité, qui doit leur fournir le terrain, a des difficultés pour trouver un emplacement ê (7). Elle les accueille finalement dans les faubourgs, non loin de la chapelle de Saint-Nicolas d'Offard. L'autorisation royale remonte au 9 janvier 1608, mais les bâtiments conventuels ne sont achevés que vers 1619 ( Dossier 9 ).
      

    9) L'implantation d'enseignants

    Dossier 10 : Les Ursulines

     

    Dossier 11 : Le Collège des Oratoriens

    Dossier 12 : L'Ecole de Théologie des Ardilliers

     Les protestants ont un collège renommé pour les garçons, mais abandonnent aux familles le soin d'éduquer leurs filles. Comblant cette lacune, des religieuses ursulines s'installent dans l'enclos de Brizay ( aujourd'hui le Lycée Duplessis-Mornay ) en janvier 1619 ê (8). Elles accueillent bientôt 300 jeunes filles des bonnes familles de la région, avant tout pour les imprégner de religion et aussi leur inculquer de bonnes manières et quelques éléments de culture générale. Elles abritent encore 200 demoiselles au siècle suivant. Elles ouvrent aussi une petite école gratuite pour les fillettes du quartier et hébergent en même temps quelques personnes âgées.

     Pour les garçons, les Oratoriens prennent en charge en 1624 l'ancien collège royal qui dépérissait et, en adoptant une pédagogie moderniste, ils en font un concurrent efficace pour le collège protestant ê (9). En outre, en parallèle évident avec l'Académie réformée, ils ouvrent peu après 1630 une Ecole de théologie dans la Maison de l'Oratoire, dans le but d'y former les jeunes confrères de la Congrégation ( Dossiers 11 et 12 ).
       

    10) L'implantation de contemplatives

    Dossier 13 : La Fidélité

     

    Dossier 14 : La Visitation

     Des religieuses tournées exclusivement vers la prière arrivent plus tard à Saumur. Des bénédictines appartenant à l'ordre de la Fidélité, venues de Trèves, s'installent tout près du château en 1626 ê (10). L'histoire de cette communauté est mouvementée, car les soeurs doivent déménager vers la rue Saint-Nicolas et elles sont finalement dispersées lors de la répression du jansénisme ( Dossier 13 ).

     La communauté de la Visitation-Sainte-Marie, fondée sur les ponts le 25 juillet 1647, présente au contraire une histoire tout à fait paisible ê (11).
       

    11) L'implantation d'hospitalières

    Dossier 15 : Les Augustines à l'Hôtel-Dieu

     L'Hôtel-Dieu était tenu depuis le Moyen Age par des dames pieuses s'occupant des malades pauvres, cela sous le contrôle d'administrateurs nommés par la ville & (12). Après une première réforme en 1672, les habitants de Saumur passent en 1677 un traité avec les religieuses hospitalières de Saint-Augustin à Tours, qui prennent en charge l'Hôtel-Dieu et obtiennent d'importants travaux sur les bâtiments.
      

    LE BILAN DE LA MOBILISATION CATHOLIQUE

      

    12) La difficile réforme de Saint-Florent

    Dossier 16 : Trois abbés commendataires

     
     
     
     
     
    Madeline NICOLAS, La vie spirituelle à l'abbaye Saint-Florent de Saumur de 1685 à 1790, mém. de maîtrise, Angers, 2002.

     Une première tentative de réforme de l'abbaye de Saint-Florent avait été lancée vers 1535 ; elle est même enregistrée par le Parlement en 1539, mais elle n'aboutit à aucun résultat concret. Très affaiblie par les guerres de religion, coupée d'une bonne partie de ses anciens prieurés, l'abbaye, de 1632 à 1685, passe sous la coupe de trois abbés commendataires très différents, mais qui méritent chacun une notice : Charles Bouvard, le cardinal Mazarin, le cardinal Grimaldi.

     Malgré l'absence habituelle de ces abbés et au milieu de querelles mesquines, les religieux de Saint-Florent finissent par entrer en 1637 dans la Congrégation de Saint-Maur, qui modifie profondément l'organisation de la vie bénédictine.
     Les offices claustraux, qui occupaient beaucoup de moines à la gestion d'un petit secteur d'activité sont supprimés et réunis à la mense conventuelle. Le chef réel de la communauté, le prieur, n'est pas élu ; il n'est surtout pas nommé par l'abbé commendataire, mais il est choisi par le chapitre général de l'ordre. Le nombre des moines est drastiquement réduit, il chute de 36 à 12 ; ainsi le chroniqueur angevin Barthélemy Roger est éliminé.
     Les religieux mauristes reçoivent une solide formation intellectuelle, notamment dans les domaines de la théologie et de l'histoire, dont ils renouvellent les méthodes scientifiques. Dom Jean Huynes, nommé prieur de Saint-Florent en 1640, rédige une monumentale histoire de l'abbaye. C'est également à Saint-Florent qu'est formé un autre bon historien, Dom Jean Liron. En 1790, la bibliothèque du monastère réunit 6 814 volumes, dont 45 % portent sur la religion et 26,5 % sur l'histoire.
      Les bâtiments sont bien entretenus. Dans les années 1650-1662, d'importants travaux sont exécutés sur le gros clocher et, en 1722, une nouvelle cloche est fondue sur place par des Lorrains. Dans l'église abbatiale, vers 1658-1663, est installé un grand autel baroque, oeuvre du sculpteur tourangeau Antoine Charpentier ê (13).

     La règle est strictement appliquée. L'abbaye va mieux. Elle est cependant critiquée par les Saumurois en raison de sa ladrerie, d'autant plus choquante qu'elle continue à prélever un énorme revenu sur la ville, sur le vignoble et dans la Vallée. Elle distribuait traditionnellement d'importantes aumônes aux pauvres de passage et aux indigents du village de Saint-Florent et des paroisses voisines. Elle négocie un "prix de gros" avec l'Hôtel-Dieu de Saumur, qui désormais effectuera les aumônes et prendra en charge les enfants abandonnés.
      

    13) Les essais de réforme du clergé paroissial 

     Alors que cette intense mobilisation catholique entre en action, le clergé séculier de la ville n'évolue pas ; les corps de chapelains continuent à se chamailler et à se disputer les prébendes ; le recteur-curé est souvent absent et ses six vicaires se révèlent proches de l'illettrisme dans la tenue de leurs registres paroissiaux. L'ivrognerie est le reproche qui leur est le plus fréquemment adressé.
     Les querelles et les procédures sont continuelles. Il faut rappeler que l'organisation paroissiale demeure incohérente : les trois paroisses traditionnelles dirigées par un seul recteur-curé, la paroisse de Saint-Florent du Château associée à Varrains, Saint-Lambert-des-Levées s'étendant sur la Croix Verte et l'Ile Neuve, les Ardilliers accordés aux Oratoriens...
     Rappelons aussi que les revenus du clergé de la ville sont réduits. Ils consistent surtout en rentes de quelques sous portant sur plusieurs centaines de maisons de la ville ; ces redevances médiévales n'ont pas été revalorisées, alors que Saint-Florent et Fontevraud ont accaparé les dîmes sur les vignes suburbaines qui rapportent des fortunes. En outre, avec l'installation des nouveaux ordres religieux, les familles aisées dispersent leurs aumônes, leurs fondations de messes, les créations de chapelles et l'implantation des sépultures familiales. La portion congrue perçue par le recteur de Saumur ne s'élève qu'à 300 livres, mais il compense par les revenus du casuel.
     Tout aussi décadente, la charge de prieur de Nantilly est accaparée par deux familles locales, les Allain dans la première moitié du XVIIe siècle, les Fouyer dans la seconde moitié.

     Les abbés réformateurs de Saint-Florent croient résoudre les problèmes du clergé local en confiant, à partir de 1647, la charge de recteur-curé à un Père oratorien, qui lui au moins sera résidant et instruit ( plusieurs sont d'anciens régents du collège ). Un acte d'Union entre l'Oratoire et la cure de Saumur est même signé le 15 octobre 1691 et confirmé par le chapitre de Saint-Florent, qui demande une redevance annuelle de 450 livres et l'abolition des anciennes portions congrues ( A.D.M.L., H 1860, p. 249 ). Avec la crise janséniste, les abbés suivants reviennent sur cet accord et, après le décès en 1714 du dernier curé oratorien, la situation antérieure réapparaît.
      

    14) L'apogée de l'encadrement clérical

     

     

     

     

     

     

     

    Dossier 17 : Les Carmes et la chapelle du Saint-Sacrement

     

     

    Dossier 18 : Plan de Saumur catholique ( format écran )

    Dossier 19 : Plan de Saumur catholique ( grand format )
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     Dans tout le royaume, l'encadrement clérical des catholiques se renforce au cours du XVIIe siècle. Il est estimé à un prêtre pour 200 fidèles, alors qu'il est d'un pasteur pour 1 200 protestants &  (14).
     A Saumur, c'est exactement le taux d'encadrement des protestants, mais pour les catholiques le pourcentage de clercs et de religieuses est nettement supérieur à la moyenne nationale. La statistique suivante se situe aux alentours de l'année 1697 :  

    Clergé séculier : curé, vicaires, chapelains
    Prêtres et confrères de l'Oratoire 
    Religieux, y compris Saint-Florent
     :
     :
     :
    40
    40
    74
     Religieuses  : 215
     TOTAL  : 369
      

     Autrement dit, le clergé séculier, en y comprenant les oratoriens, correspond à un représentant pour 80 habitants. Au total, clercs et religieuses forment 5,6 % de la population ( ce taux est de 2,8 % à Angers ).

     Ce pourcentage exceptionnellement élevé explique l'échec de quelques autres tentatives d'implantation. Les Carmes, installés à Saint-Jacques de la Croix Verte par l'abbesse de Fontevraud, cherchent à contrôler la nouvelle chapelle du Saint-Sacrement & (15). Le zèle intempestif d'une famille leur attire l'hostilité du clergé local et finalement, ils sont expulsés sur l'ordre de l'évêque d'Angers.
     Charles Bouvard, abbé de Saint-Florent, avait tenté d'implanter des Lazaristes et des Filles de la Charité. Echec également, car la ville est pleine.

     Géographiquement ( Dossiers 18 et 19 ), Saumur présente deux faubourgs où l'empreinte cléricale recouvre en gros la moitié de l'espace utile : l'île d'Offard avec quatre chapelles, deux couvents et un prieuré, le bourg de Nantilly, qui est le domaine des couvents, des maisons de chapelains, des hôpitaux et des cimetières.
       

    15) Quelle est l'efficacité de cette mobilisation catholique ?

     

     

     

    Beaucoup de faits dans Nadège BREVET, La vie religieuse des catholiques dans les trois paroisses de Saumur à l'époque d'Henri Arnauld. 1650-1692, mém. de maîtrise, Angers, 1997.

     Cette ferveur religieuse exceptionnelle et cet effort de prédication, épaulés par les autorités, qui font observer les fêtes d'obligation, y compris par les protestants, aboutissent surtout à un résultat interne : une christianisation en profondeur de la population catholique. Si, aux siècles précédents, les historiens discernent la survivance d'une religion populaire aux croyances mélangées de traditions préchrétiennes ( cf. le premier pèlerinage des Ardilliers ), ces pratiques régressent en ville, où le peuple chrétien est catéchisé en profondeur. Le Concile de Trente réussit sa réforme.
     Les anciennes confréries professionnelles dépérissent, mais de nouvelles confréries de dévotion sont encore créées : confrérie du Rosaire installée d'abord dans la chapelle des Cordeliers, puis transférée à Nantilly en 1653, confrérie de Notre-Dame des Agonisants à Saint-Pierre en 1659, confrérie de l'Ange Gardien à Nantilly en 1674. Ces associations développent des rites ostentatoires, elles effectuent en général une procession par mois. Si l'on y ajoute les cortèges funéraires, souvent grandioses au temps de la piété baroque, on peut admettre que chaque jour une manifestation religieuse se déroule à travers les rues de la ville.

     Pour Saumur, il convient cependant de marquer les limites de cet approfondissement religieux : il dure un bon siècle. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la ferveur régresse, les confréries et les pèlerinages s'éteignent, les couvents se dépeuplent, quelques indices d'anticléricalisme apparaissent [ nous y reviendrons dans le chapitre 20, Traditions et idées nouvelles ].

     Surtout, le but premier de cette imposante mobilisation catholique était la reconquête, de préférence par la persuasion, de la population protestante. Ici, l'échec est quasi complet. Le statu quo a prévalu, chaque confession garde ses ouailles. Après 1620, les protestants ne progressent plus et n'ouvrent pas, comme à Nîmes, un registre des adhésions de catholiques. Leur dernier succès éclatant remonte à 1605 ; ils en font imprimer un compte-rendu chez Thomas Portau & (16).
     Dans l'autre sens, les abjurations solennelles sont rarissimes avant la phase de persécution : quelques unes aux Ardilliers, avec un rituel particulier. Plus discrètement, dans les registres paroissiaux, apparaissent quelques soldats qui se convertissent afin de pouvoir épouser une catholique.
     Finalement, ce sont les lois implacables de la démographie qui font régresser les effectifs de la communauté réformée, et non la reconquête catholique.
        

    16) L'art de la Contre-Réforme

     Un art réaliste, empreint d'émotion religieuse, se développe dans la région. Il en subsiste quelques tableaux, provenant en général de couvents.
     La toile ci-dessous est accrochée dans l'église de Dampierre. Elle représente la mort d'un religieux de Fontevraud, recevant les derniers sacrements entouré par les membres de sa famille.

    Mort d'un religieux de Fontevraud, église de Dampierre ( partie inférieure )

     Quelques éléments viennent troubler le vérisme de l'ensemble. Sous le lit apparaît la tête d'un diable, furieux d'avoir perdu une proie. A droite, un ange, de style différent, montre un paradis que nous n'avons pas photographié et qui est une figuration stéréotypée.Eglise de Varrains ( 17 ème et 19 ème siècle )

     Tout autre est l'art monumental triomphaliste, inspiré par le classicisme romain. L'église de Varrains appartient à cette époque et relève de l'histoire de Saumur. La chapelle Saint-Doucelin du Château étant fermée depuis 1574, les paroissiens de l'enclos du Boile trouvent asile dans la chapelle des Menais à Varrains. Ce lieu de culte est trop exigu et une nouvelle église dédiée à Saint-Doucelin est édifiée de 1607 à 1619. Son style est d'un parfait classicisme, même si le clocher a été repris au XIXe siècle.

     Saumur offre des exemples plus expressifs :

      -  la nouvelle façade de l'église Saint-Pierre
      -  la chapelle de la Visitation
      -  le dôme des Ardilliers