Les Ursulines   

  

L'ordre
 L'ordre des Ursulines est fondé en Italie par Angèle Mérici. Spécialisé dans l'enseignement des jeunes filles, il s'installe en France à la fin du XVIe siècle, dans le Comtat Venaissin et à Bordeaux. C'est de cette dernière ville que viennent les religieuses de Saumur.
    
Implantation à Saumur 
 Une certaine Mademoiselle de la Barre entre en contact avec une dirigeante de l'ordre, venue en pèlerinage aux Ardilliers. Elle est aidée par Anne de Champigny, fille d'un grenetier et veuve de Gilles Camus, qui achète à leur intention la maison de Brizay et les terrains environnants. Les pouvoirs municipaux, cette fois, ne semblent pas intervenir, mais la reine mère, Marie de Médicis, devenue duchesse d'Anjou, soutient le projet, ce qui en accélère la réalisation.
 Les premières religieuses s'installent le 27 janvier 1619, avant d'avoir obtenu les lettres patentes régulières, ce qui vaut à la supérieure une visite menaçante de Duplessis-Mornay, car le but déclaré de l'institution est d'écarter les jeunes filles de " l'hérésie calviniste ".
   

 Anne de Beauvais

 Cette première supérieure, Anne de Beauvais, est originaire de Bordeaux, mais vient de Laval. Elle se fait remarquer par ses mortifications spectaculaires : elle boit dans une tête de mort, elle se fait administrer la discipline dans le réfectoire et mange des détritus. Elle a des visions, assistant à cent lieues de distance à l'assassinat d'Henri IV. Epuisée par une vie de macérations, tourmentée par des démons, elle décède peu après son arrivée à Saumur, à l'âge de 33 ans.
 Ses deux biographes, Pierre Villebois ( Abrégé de la vie et des rares vertus de soeur Anne de Beauvais, religieuse de saincte Ursule, decedée l'an 1620. Dédié à la Royne Régnante, Paris, 1622 )Anne de Beauvais, portrait gravé par Jean Picart et Jacques Coret ( Le portraict des âmes amantes de Jésus représenté dans la personne d'Anne de Beauvais, religieuse de Sainte Ursule, Lille, 1667 ), évoquent des miracles survenus après sa mort, ainsi que l'odeur de sainteté qui a persisté dans le couvent pendant un an. Il faut tout de même préciser que ces auteurs sont étrangers à Saumur ; ce sont des hagiographes préparant un dossier pour la béatification souhaitée par la communauté de Saumur.
 Le portrait ( très curieux et très rare ) gravé par Jean Picart est tout empreint de dolorisme. Anne de Beauvais tient dans sa main droite un crucifix et un chapelet, dans sa main gauche un coeur percé d'une flèche. Elle a les yeux fermés, mais un curieux rayon de lumière vient frapper son oeil gauche.
    

 D'importantes acquisitions

 Les Ursulines ont au départ de gros moyens. Installées primitivement dans la maison de Brizay située sur la rue des Hautes-Perrières ( devenue rue des Ursulines et actuellement rue Duruy ), elles opèrent d'importantes acquisitions dans le quartier : la Bretonnière, voisine des Récollets ; des maisons et un jardin en contre-bas, donnant sur les Basses-Perrières ; un grand clos jouxtant la Morinière, au départ de l'actuelle rue Seigneur ; un vaste ensemble de vignes dominant le couvent et atteignant la hauteur du château ( il produit 32 busses en 1708 ). Afin de tout réunir en un seul enclos, les religieuses ferment la route ancienne, et peut-être antique, qui prolongeait la rue de l'Ermitage en direction de la rue des Moulins.

 En 1660, elles achètent à la famille Bourneau la métairie des Pastureaux, située à Saint-Lambert-des-Levées, pour un montant de 12 500 livres ( A.D.M.L., C 214 ). Ce domaine est affermé pour 530 livres par an, mais une partie est acquittée en nature : 30 livres de beurre en mai, 12 poulets à la Sainte-Madeleine, 6 chapons à la Fête des Rois, etc. ( A.D.M.L., 261 H 4 ).

 Outre les revenus du pensionnat, leur principale ressource provient des dots versées par les familles des soeurs de choeur. Cependant leur recrutement social évolue. « Au XVIIe siècle, sur 24 Ursulines : 6 sont filles de la noblesse, 12 de magistrats, 6 de la petite bourgeoisie. Au XVIIIe siècle, sur 13 Ursulines : 2 ont des pères " bourgeois ", 4 marchands, 2 huissiers, 1 menuisier, 1 boulanger, 1 rôtisseur, 1 tisserand, 1 vigneron » ( Marie-Claude Guillerand-Champenier, S.L.S.A.S., 1995, p. 32 ).
 En outre, des crues ravagent leur domaine dans la Vallée. Leur patrimoine est mal géré. Comme beaucoup d'autres ordres religieux, elles prennent des billets à la banque de Law, exactement pour 20 000 livres, et elles perdent tout en 1720. Elles se déclarent désormais dans la misère, mais elles ne parviennent pas à attendrir les commissions de secours, pas plus que les Saumurois qui admirent leur magnifique domaine.
   

Les bâtiments 

Première pierre de la chapelle des Ursulines, aux armes d'Henry Arnauld 

 La chapelle est bâtie à partir de 1655, année où Henry Arnauld vient en poser la première pierre. Cette pierre ( à gauche ), en tuffeau et portant les armes de l'évêque d'Angers, a été retrouvée ( et déposée au Musée ) par l'architecte Roffay, lorsqu'il a reconstruit la façade dominant la rue Duruy.
 Le texte gravé commence ainsi : « Hanc primum lapidem... ».
 La chapelle comportait une petite partie ouverte au public, située à peu près à l'entrée actuelle du Lycée Duplessis-Mornay ; en arrière, un vaste choeur était réservé aux religieuses.

 La colline est aménagée sur trois terrasses, comme aujourd'hui. Le pensionnat est à l'écart sur la plus haute terrasse, c'est-à-dire à l'emplacement du collège de Jeunes Filles.

 La petite école gratuite, ouverte pour les petites filles du quartier présente une entrée directe sur la rue, non loin de la montée des Récollets.

 Les Ursulines hébergent aussi quelques dames âgées et leur réservent une petite maison près de la chapelle.

 Plan de l'enclos des Ursulines, fin du XVIIIe siècle, lithographié dans la réédition de Bodin (1845)

 Plan de l'enclos des Ursulines, fin du XVIIIe siècle, lithographié dans la réédition de Bodin (1845)
      

Organisation et effectifs 

 Un chapitre de sept religieuses dirige la communauté ; il comprend la mère supérieure, une sous-prieure, trois conseillères, une discrète ( chargée des affaires spirituelles ) et une procuratrice ( chargée des affaires matérielles ).
 En outre, une directrice des pensionnaires s'occupe des jeunes filles, qui reçoivent une éducation différente selon leur catégorie sociale : les demoiselles, les filles de bourgeois et de marchands, les filles d'artisans.

 Les Ursulines sont nombreuses au XVIIe siècle ( 65 en 1697 ) ; elles se montrent strictes pour accepter des postulantes et il n'y a aucun indice d'enfermement forcé.

  • en 1720 : 48
  • en 1733 : 34
  • en 1771 : 25
  • en 1790 : 26 soeurs de choeur, 6 converses, 26 domestiques féminines et 4 domestiques masculins.
        

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