Le Collège des Oratoriens  

  

Bibliographie

Sources essentielles : A.D.M.L., 96 H 15 à 19, C 118, E 4389 ; A.M.S., GG 96

Abbé MÉRIT, « Les Pères de l'Oratoire et le Collège royal de Saumur », S.L.S.A.S., oct. 1922, p. 5-15.

Marie-Madeleine COMPÈRE et Dominique JULIA, Les Collèges français, 16e-18e siècles, t. 2, 1988, p. 594-599.

Céline BILLAUD, Le Collège des Oratoriens de Saumur. 1624-1785, mém. de maîtrise, Angers, 2000.
   

Des débuts obscurs 

  Un collège est fondé à Saumur sous le patronage d'Henri III, ce qui lui vaut le titre de " collège royal ". Ce fait est prouvé par quelques affirmations tardives et surtout par la correspondance de Mathurine Oger, dame de Bron, remariée avec l'avocat Christophe Milsonneau ( A.D.M.L., E 3385 ). Ses enfants sont placés dans les collèges de Loudun, de Saumur, d'Angers, puis au collège de Boncourt à Paris. Harcelé par ses lettres, le principal de Saumur, Antoine Dupiney lui délivre des reçus prouvant que ses enfants sont internes au collège de Saumur, de 1589 à 1592 pour les aînés, de 1597 à 1599 pour le jeune André, qui s'avère un cancre incorrigible. La pension réclamée s'élève à la somme modeste de 100 livres par an. [ Ce premier principal connu a déjà été évoqué au chapitre 8 § 4 - il fait baptiser un fils à Nantilly en 1590 sous le nom plus clinquant d'Antoine " du Pyné " ( GG 2 ). ]

 Ce collège est exsangue en 1607 ; le principal, assisté d'un seul régent, n'assure plus qu'une formation religieuse et, sans doute, l'apprentissage de la lecture, à la façon des petites écoles ( B.N.F., ms., coll. Dom Housseau, t. 18, fol. 540 ).

 Des militants de la cause catholique s'efforcent de relancer le collège. Ainsi, dans un beau testament du 29 août 1616, l'ancien échevin Philippe Marays, sieur du Bouchet, constitue une rente de 18 livres en faveur des régents du collège ; il emploie le pluriel ( A.M.S., CC 30, n° 4 ). Aucune reprise significative n'est cependant signalée à cette époque.
   

La relance par les Oratoriens 

 Quand elles négocient l'installation des Oratoriens, les autorités municipales songent déjà à leur confier leur collège, ce qu'elles arrêtent définitivement le 3 août 1624. Le dernier principal, Jean Pierson, laisse la place à trois régents de l'Oratoire, qui assurent la 5 ème, la 4 ème et la 3 ème ; encore simple collège de grammaire, l'établissement élargit progressivement son champ d'activité. A partir de 1628, un régent supplémentaire assure une Seconde, puis s'ajoute un enseignement de Rhétorique dans le même local en 1640. Le collège royal peut donc désormais être qualifié de collège d'humanités, même si son encadrement réduit laisse deviner des effectifs encore modestes. Sans doute possible, il est bien loin de pouvoir rivaliser avec le collège protestant, alors à son apogée.
 D'ailleurs, les autorités municipales lui assignent des objectifs avant tout religieux : « instruire la jeunesse en la piété et aux bonnes lettres, célébrer chaque jour la messe aux écoliers, les cathéchiser les jours de fêtes et dimanches ».

 Tout invite à penser ( sans document à l'appui ) que les locaux du siècle précédent ont été reconstruits aux frais de la ville. Le collège est formé de deux bâtiments de trois étages, l'un réservé aux classes et l'autre au pensionnat. Il est situé dans le Boile, le long de la montée du château, sur le versant nord, approximativement à l'endroit où sera bâti le Cours Dacier. Le terrain est en forte pente ; cet ancien collège comporte trois cours, deux basses et une haute, et deux jardins, un bas et un haut. Il ne pouvait exister sous cette forme au temps de Duplessis-Mornay, qui n'aurait pas toléré ces bâtiments élevés placés au ras de ses bastions. Les constructions nouvelles n'ont pu être réalisées qu'après la relative démilitarisation de l'enceinte du Boile dans les années 1622-1623.
 Cet envahissement des alentours du château ( cf. le couvent de la Fidélité ) aboutit à un désastre en 1650, lors de la semaine de combats de la Fronde. Le collège des Oratoriens, situé sur la trajectoire des tirs entre le château et l'hôtel de Ville, est gravement endommagé.
   

Six années de crise 

 En avril de l'année suivante, le sénéchal établit le bilan des dégâts ; sur la pression du gouverneur, il interdit la reconstruction sur place et il ordonne la destruction de ce qui reste des bâtiments.
 Provisoirement, le collège s'installe dans une maison en location, située près de la porte du Bourg  [ d'après certains aménagements, je suppose qu'il s'agit du n° 49 de la Grande-Rue, qu'une tradition locale considère comme une ancienne pension protestante ].

 Le 15 février 1652, alors qu'ils séjournent dans la Maison du Roi, Louis XIV et la régente autorisent les habitants de Saumur à prélever des taxes supplémentaires, afin de construire un nouveau collège : pendant dix ans, un appétissement sur le bois merrain entrant dans les ports ; pendant trois ans, une crue sur les tailles des élections de Saumur et de Montreuil ( A.M.S., GG 96, n° 2 ).
    

 Le collège du faubourg des Bilanges

 En réalité, la ville n'a ni les moyens ni le temps pour construire un nouveau collège, car les taxes nouvelles rentrent lentement. Elle préfère acquérir deux anciennes et spacieuses hôtelleries bien situées au coeur de la ville : " l'Ecu de France ", appartenant à Jacquine Delavau, veuve de René Drugeon, vivant marchand poêlier, et des dépendances du " Plat d'Etain ", vendues par Gilles Bourdon et Louise Drugeon, sa femme ( actes du 15 janvier 1656 ). D'après les plans, ces bâtiments sont desservis par des vis de pierre hors oeuvre et peuvent remonter aux XVe-XVIe siècles. Les vendeurs se voient promettre 22 000 livres, payables sur 10 ans et sans intérêts. Dans la réalité, leurs héritiers, en 1683 ( A.D.M.L., E 4298 ), n'ont pas encore perçu la moitié des sommes promises et la dette restante est amputée de 28 %.

 La ville n'opère que quelques aménagements hâtifs dans les nouveaux locaux, et le nouveau collège accueille ses élèves à la Saint-Luc 1656 ( le 18 octobre ).

Le collège des Bilanges, d'après un plan des Archives Nationales renseigné par Véronique de Becdelièvre Le plan ci-contre, d'après un plan des Archives Nationales renseigné par Véronique de Becdelièvre, correspond aux aménagements primitifs des lieux. Vers la rue de la Poêlerie, actuelle rue Saint-Nicolas, neuf maisons sont acquises au XVIIIe siècle ; quelques classes supplémentaires sont créées et une entrée de complément est ouverte. Vers l'ouest, après la fermeture du couvent de la Fidélité, le collège récupère quelques unes de ses dépendances.
 Au milieu, les bâtiments élevés de " l'Ecu de France " sont occupés par les classes réparties sur plusieurs étages. La chapelle, implantée dans une ancienne grange, est transférée dans la salle de rhétorique. Un clocher avec sa cloche viennent plus tard la surmonter.
 Les élèves disposent de peu d'espace pour s'ébattre, mais ils peuvent utiliser un petit jeu de paume, qui sur un plan des années 1781 est devenu " la salle à danser des pensionnaires " ( cependant, à la différence des jésuites de La Flèche, les oratoriens ne donnent pas de ballets publics. Si leurs élèves montrent leurs entrechats à la bonne société, c'est dans le cadre de l'Académie des Exercices ).
 L'entrée, gardée par la chambre du portier, correspond, en bas, à l'actuelle rue Daillé. Du côté gauche, les oratoriens et les pensionnaires sont entassés dans trois petits corps de logis situés autour de la cour des Pères. Du côté droit, les bâtiments principaux du " Plat d'Etain " sont achetés en 1673 et servent à l'hébergement des régents.
 Finalement, le collège possède l'essentiel de l'îlot correspondant aux actuelles rues Saint-Nicolas, de la Fidélité, Vestiges du collège royalBeaurepaire et Franklin-Roosevelt ; il n'est pas à l'étroit, il met en location quelques maisons afin de se constituer des rentes supplémentaires. Cependant, ces vieux locaux n'ont pas été remodelés pour un usage scolaire ; ils sont mal entretenus et bardés d'étais de tous côtés ; en raison du mauvais écoulement des eaux, la base des murs est rongée par l'humidité.
 De ce collège, il ne reste plus qu'un vestige visible de la rue. Les arcatures qui apparaissent dans le mur dominant le parking semblent, d'après les plans, correspondre au sommet d'un grand escalier.
   

Un collège royal de plein exercice

 L'organisation est restructurée dans les années 1656-1659. Les oratoriens qui exercent au collège deviennent indépendants de la communauté des Ardilliers et ils sont dirigés par un supérieur. L'enseignement de la philosophie sur deux années y est introduit, mais au départ assuré par un seul maître.
 Pendant la période de fermeture et de crise, des parents avaient placé leurs enfants au collège protestant. L'évêque Henry Arnauld intervient par un mandement qui les menace d'excommunication, s'ils ne remettent pas leurs fils au collège oratorien.
 Aussi longtemps qu'existe ce collège protestant, l'enseignement est gratuit chez les catholiques, mais dès 1686 est exigée une rétribution scolaire de 3 livres, qui double en 1723, ce qui rappelle le minerval. Cependant, les élèves pauvres bénéficient de la gratuité.
 Fort d'un effectif théorique de 300 élèves en 1664, le collège poursuit son développement. Une seconde chaire de philosophie est instituée en 1686 ; une classe de sixième séparée est ouverte en 1723 ( A.M.S., BB 5, fol. 84 ).
 Finalement, la dotation normale en personnel s'établit comme suit : un supérieur, un préfet de classe ( une sorte de censeur dirigeant les études ), huit régents, deux préfets de pension et au moins trois domestiques. En comparaison avec l'ancien collège protestant, il est évident que l'encadrement y est plus dense, les élèves plus "surveillés" et en apparence moins chahuteurs que les écoliers réformés. Dans le dossier sur la violence de la jeunesse, je trouve cependant qu'en 1747, on tire des coups de fusil dans la chambre du Père préfet. Ces écoliers durement traités sont partout des fauves sournois.
 La suite du parallèle entre les deux institutions tourne à l'avantage de l'Académie protestante : ses enseignants, pour la plupart fixés à vie, jouissent d'une plus grande renommée et publient de nombreux ouvrages. L'Oratoire envoie de brillants sujets à Saumur, mais les mutations sont rapides, souvent tous les deux ans ; ainsi, Bernard Lamy enseigne la philosophie de 1671 à 1673.
   
Un minuscule pensionnat
 A la différence des autres congrégations enseignantes, les Oratoriens ne sont pas des inconditionnels de l'internat. C'est seulement en 1766 qu'ils en ouvrent un dans leur collège d'Angers ( Jacques MAILLARD, L'Oratoire à Angers aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1975, p. 140 ).
 A Saumur, l'existence d'un pensionnat est constante dans le collège. Sa création s'explique, je suppose, par la présence de nombreux élèves venus de Montreuil-Bellay ( siège d'une élection, cette ville comportait un bon nombre d'officiers soucieux d'éduquer leurs enfants, mais un collège créé au début du siècle y avait vite sombré ). Un effectif de 53 pensionnaires est le nombre le plus élevé qui nous soit parvenu. Céline Billaud évalue le montant des pensions à une moyenne de 160 livres par an, ce qui paraît très modéré par rapport aux tarifs pratiqués en ville.
   

 Le cursus scolaire

 Sur les études, nous disposons de peu de renseignements sur les particularités du collège de Saumur, et il n'est pas question de rappeler ici la pédagogie du temps.
 Des notes prises pendant un cours de logique nous sont parvenues ( A.D.M.L., 96 H 16 ), il s'agit d'un résumé en latin, manifestement dicté, strictement aristotélicien et d'un pesant ennui.
 Dans cette grisaille, émergent quelques fêtes scolaires, en particulier les soutenances de thèses qui permettent de décrocher le titre de maître ès arts.Thèse de philosophie de Jean Guillot, soutenue le mercredi 12 mars 1727, imprimée à Saumur par Degouy, A.D.M.L., 96 H 17 Les propositions de la thèse sont résumées sur une grande page imprimée, au décor soigné. Un large bois gravé portant la devise de l'Oratoire occupe le haut de la feuille. Le texte est une dissertation scolaire d'une grande banalité, mais rédigée dans un latin impeccable et souvent élégant - à droite, thèse de philosophie de Jean Guillot, soutenue le mercredi 12 mars 1727, imprimée à Saumur par Degouy, A.D.M.L., 96 H 17. Les candidats sont-ils toujours les auteurs de ces phrases stéréotypées ? Le copier-coller ne date pas de l'apparition d'Internet...
 Plus originale est une thèse de morale soutenue en 1746 par deux étudiants associés : Louis-Henri Dutertre-Desroches ( qui fera une carrière juridique à Saumur ) et Pierre-René Pinson ( qui deviendra curé constitutionnel de Saint-Lambert des Levées ).
 Est-il besoin de rappeler que la plupart des cadres de la ville ont été formés au collège ? D'autres noms sont cités dans le dossier sur l'Ecole de Théologie. Pour s'en tenir à la fin du XVIIIe siècle et à des personnages plus connus : les deux frères Montault-Desiles, qui seront, l'un préfet de Maine-et-Loire, l'autre évêque d'Angers ; l'abbé Jacques Rangeard, un infatigable collectionneur et historien ; Urbain Fardeau, ecclésiastique, chirurgien et officier...
  

 Modernité de l'Oratoire

 Quelques éléments novateurs se glissent dans cet enseignement formaliste. Les écoliers donnent des représentations théâtrales, auxquelles ils convient la bonne société locale. Les pièces sont longtemps en latin, simples variations scolaires sur des thèmes antiques. Cependant, les rhétoriciens déclament un poème sur les tremblements de terre, en s'inspirant de la ruine de Lisbonne. Le latin est la langue obligatoire des maîtres et des élèves, mais le français tient une petite place dans l'enseignement donné à Saumur.
 Jean Morin, lié à Louis Cappel et supérieur des Oratoriens d'Angers, est le principal rédacteur du Ratio Studiorum, la méthode des études des Pères. Il y préconise un enseignement en français jusqu'à la quatrième et un cours d'histoire maintenu en français. Quelques indices permettent d'avancer que ces pratiques sont en vigueur à Saumur. Les " Exercices publics de Messieurs les Pensionnaires du Collège de Saumur ", imprimés chez Ernou en 1718 ( B.M.S., R XVII-4/47(5) ) révèlent que l'histoire et la géographie sont bien enseignées en français et qu'elles ne se cantonnent pas dans l'Antiquité. Le libellé précise : « état de la France et de l'Europe en cette année 1718... On fera exactement la description et la division de tous les Etats et Païs du monde ; surtout de l'Europe. La France sera traitée fort en détail ».
 Au XVIIIe siècle, les classiques français, comme Boileau et Molière, sont étudiés au collège de Saumur.
 Une autre originalité est la présence d'un professeur de mathématiques spécialisé, qui prouve l'existence d'un enseignement scientifique, même réduit à une place secondaire. Deux anciens régents de Saumur atteignent la célébrité : le confrère Joseph Privat de Molières finit par entrer à l'Académie des Sciences ; Antoine de Chézy, après avoir quitté l'Oratoire, devient professeur de mécanique et d'hydraulique à l'Ecole des Ponts et Chaussées et finit directeur de l'établissement. Dans un inventaire dressé en 1786, Céline Billaud relève la présence d'instruments de physique, dont une machine électrique.
 A propos de la physique, un autre régent, qui deviendra très célèbre, est parfois cité : Joseph Fouché, fils d'un capitaine au long cours du Pellerin, près de Nantes, était devenu confrère de l'Oratoire ; il avait reçu les ordres mineurs sans être ordonné prêtre. D'anciens biographes affirment qu'il a enseigné la physique au collège de Saumur en 1783. Tout récemment, dans son ( hâtif ) Fouché, Jean Tulard recopie cette affirmation. Cependant, pour son édition scientifique des Mémoires de Fouché, Flammarion, 1945, p. 39, Louis Madelin a consulté les états de la Congrégation conservés aux Archives Nationales. Il le fait enseigner à Niort, puis à Vendôme, mais pas à Saumur. Il faut suivre son avis.
   

 Le déclin du collège

 Après avoir maintenu ses effectifs aux alentours de 200 élèves dans la première moitié du XVIIIe siècle, le collège de Saumur connaît un évident déclin dans le troisième quart du siècle :

  • Problèmes d'encadrement : l'Oratoire manque désormais de prêtres ; le collège fait appel à des confrères ou à des régents laïques, nettement moins qualifiés.
  • Problèmes d'effectifs : 58 élèves au total en 1773, 40 en 1784. La concurrence est sévère, les villes voisines de Doué, Beaufort, Baugé, Bourgueil et Chinon ont maintenu en activité ou créé des collèges d'humanités qui suffisent aux ambitions de la bourgeoisie locale ( Voir effectifs dans Marcel GRANDIÈRE, « Les collèges angevins au XVIIIe siècle », Archives d'Anjou, 2001, p. 64-81 ).
  • Problèmes des locaux : aucun travail de restauration n'est effectué. Le pensionnat, qui avait été transféré auprès de la chapelle, est fermé en 1772 en raison de son insalubrité. Les écoliers des environs sont hébergés désormais dans des pensions en ville, comme Urbain Fardeau, originaire de Varennes, qui loge dans la famille Bossard.
  • Problèmes financiers : le collège a désormais des revenus très insuffisants et s'est endetté d'environ 25 000 livres par rapport à la congrégation de l'Oratoire.
  •  Dès 1770, les Pères exigent de la ville des mesures exceptionnelles, sous la menace d'abandonner le collège. Sur injonction royale, le corps de ville augmente aussitôt sa dotation, la faisant passer de 1300 à 3000 livres ( A.M.S., GG 96, n° 32 et 33 ). Surtout, après plusieurs devis, il prépare la construction d'un collège tout neuf sur un nouveau terrain.
       

     Un projet de nouveau collège

     Ce projet est préparé en concertation avec un architecte travaillant pour la congrégation et avec le procureur général de l'Oratoire. Il correspond à la configuration idéale souhaitée alors par les Pères et, à ce titre, il intéresse les historiens de l'Education ( Véronique de BECDELIÈVRE, « Le Collège de Saumur au temps des Pères de l'Oratoire : plans et documents inédits à propos des bâtiments », Education et pédagogies au siècle des Lumières, 1985, p. 73-100 ).
     Les projets, dessinés vers 1781 par l'entrepreneur saumurois Miet, sont largement diffusés. J'en connais un plan sommaire de localisation ( A.D.M.L., 1 Fi 561 ) et trois beaux lavis de grand format ( A.M.S., GG 96, n° 48 - A.D.M.L., C 118 - A.N., N III, M. et L. 2 ).

    Projet de Collège Le nouveau collège est prévu pour recevoir 88 pensionnaires et se répartira sur trois étages, dont nous donnons ci-contre le rez-de-chaussée ( hauteur : 0,482, largeur : 0,378 - A.D.M.L., C 118).
     Les oratoriens se réservent la partie supérieure, agrémentée par un beau jardin et donnant sur la rue des Casernes, aujourd'hui rue Beaurepaire. Une écurie attenante est prévue, pouvant recevoir quatre chevaux.
     Les pensionnaires occupent le grand corps de logis central : au rez-de-chaussée, cuisine, réfectoire, salle d'étude, salle de récréation, qui sert aussi de salle des actes, et salle de billard ; au-dessus, une bibliothèque et l'appartement du préfet ; au second étage, les logements des pensionnaires. La cuisine comporte même une boulangerie avec son four, équipement jugé inutile dans une ville bien pourvue en boulangers.
     En bas, du côté de l'actuelle place Charles-de-Foucauld, autour de la cour centrale sont réparties les huit classes, la sixième, en bas à gauche, étant plus spacieuse, la philosophie étant répartie sur une salle de logique et une salle de physique.
     Du côté droit de l'entrée, une chapelle, du côté gauche, un logement pour le concierge, servant aussi d'infirmerie.
     V. de Becdelièvre note qu'à la différence des collèges de jésuites, l'établissement ne prévoyait pas de salle de théâtre, les représentations données sans aucun faste se tenant dans la salle des actes.

     Les correspondances au sujet de ce nouveau collège sont tellement minutieuses que des historiens, dont Célestin Port, ont cru qu'il avait été réalisé.
     En fait, ce projet est parfaitement mythique. D'abord pour des raisons financières : l'un des devis s'élève à la somme de 138 773 l, 5 s, 6 d ; la ville, qui s'est engagée dans d'importants travaux d'urbanisme depuis l'ouverture du pont Cessart, n'en a pas le premier sou.
     En outre, le choix de l'emplacement est tout à fait saugrenu : le terrain est déjà occupé et le nouveau collège serait bâti sur la carrière découverte séparant le Manège, qu'on reconnaît à droite sur le plan, de la Petite Ecurie de Cent Chevaux ( donc sur l'emplacement actuel du hangar Bossut ). Des carabiniers sont encore présents à Saumur, il est inimaginable qu'ils acceptent d'abandonner cet emplacement, où ils s'entraînent ( le terrain est effectivement municipal, mais il a été affecté aux militaires par l'intendant de Tours ). Les rédacteurs du projet évoquent bien le danger des ruades résultant du mélange des écoliers et des chevaux : ils proposent d'interdire la partie basse aux cavaliers, qui ne pourraient plus utiliser que l'actuelle rue Beaurepaire... A noter enfin que le plan comporte une échelle inexacte, qui exagère la largeur de l'espace à bâtir. L'ensemble des bâtiments prévus ne pourrait tenir sur l'emprise du hangar Bossut.

     Les dirigeants de l'Oratoire finissent par comprendre que la ville de Saumur est en train de les lanterner, afin de prolonger la survie d'un collège mal en point, qui ne compte plus que 40 élèves. Les nouveaux bâtiments ne seront pas construits, les anciens même pas réparés ; les revenus supplémentaires que les oratoriens espéraient tirer de l'abbaye d'Asnières leur échappent. Ils annoncent sèchement leur départ du collège aux vacances de 1785.
      

    L'essai de relance

     Après quelques péripéties, le collège est repris le 1er juillet 1785 par l'abbé Joseph-Pierre Blondeau, vicaire de Saint-Nicolas, sur la demande des autorités municipales, qui maintiennent leur dotation de 3 000 livres.
     La relance semble ambitieuse ; le principal recrute un régent par niveau, ainsi qu'un professeur de mathématiques. Il fait appel au clergé local et aux élèves des séminaires. Urbain Fardeau, âgé d'une vingtaine d'années, vient pendant deux ans enseigner la rhétorique dans son ancien collège : « tandis que je doublais mes classes en montant, quelques uns de mes condisciples les doublaient en descendant. Me voilà donc devenu le maître de mes camarades qui s'étaient distingués par leur fidélité au poste » ( Anne FAUCOU, Pierre GOURDIN, Joseph-Henri DENÉCHEAU, Urbain Fardeau, chirurgien sabreur, 1999, p. 23-24 ).
     Le nouveau principal ouvre même un internat comprenant 17 pensionnaires, payant la somme élevée de 380 livres par an ; en 1786, il annonce un effectif total de 97 élèves, nombre sans doute optimiste, qui, en tout cas, chute de moitié dans les années suivantes. Blondeau est fortement critiqué et ses locaux toujours en piteux état.
     En septembre 1790, le corps municipal souhaite transférer le collège dans la Maison de l'Oratoire, à peu près vide. Finalement, en avril 1793, les cinq enseignants et leur vingtaine d'élèves partent s'installer dans le couvent des Ursulines et ils se dispersent à la fin de l'année.