La Fidélité  

   
La Fidélité de Trèves
 Sa fille Catherine ayant pris le voile noir des religieuses bénédictines de la Fidélité de Poitiers, Pierre de Laval, seigneur de Trèves, son père, fonde un prieuré, afin de la garder près de lui. Ce minuscule établissement est installé en 1619 dans le logis de l'Argentière, situé près du château, sur les bords de la Loire.
 Malheureusement, le fleuve inonde régulièrement le prieuré et Catherine de Laval s'avère incapable de régenter sa petite communauté.
   
La Fidélité au Boile du Château 
 Avec l'aide matérielle de la famille de Laval, le prieuré vient s'installer, le 8 septembre 1626, dans le Boile du Château, en pratique démilitarisé. Le nouveau prieuré est installé sur le flanc sud de la Prison royale, à mi-hauteur de la colline. Pour peu de temps, car une nouvelle poussée de peste en 1631 disperse la petite communauté.
   
Mère Madeleine Gautron 
Portrait gravé par Etienne Commeau en 1688 Une nouvelle prieure est élue en 1634 : Madeleine Gautron n'a que 23 ans ; elle va diriger le prieuré pendant 42 années et lui donner une tonalité religieuse particulière.
 Elle impose une clôture rigoureuse. Il y a, comme à Port-Royal, une journée du guichet ; les grilles du parloir sont masquées par des châssis de toile et les visites sont étroitement réglementées. Conseillée par des confesseurs de l'Oratoire, elle suit leur voie rigoriste qui les conduit au jansénisme. Le prieuré mène une existence d'une exceptionnelle austérité.
 Pour elle même, la Mère Gautron s'impose des pénitences dignes d'Anne de Beauvais : elle porte des haires rugueuses et des chaussures traversées par des clous. Sa réputation est telle que, lors de son séjour à Saumur en 1652, la reine régente vient lui rendre visite.
 Après sa mort, dans l'espoir d'une canonisation, le prieuré commande sa biographie à un professeur de théologie à l'Ecole de l'Oratoire : [ Jean PASSAVANT ], La Vie de la Révérende Mère Madelaine Gautron, Prieure du Monastère de la Fidélité de Saumur, ordre de Saint-Benoist, morte en odeur de Sainteté, après 42 ans de Supériorité, chez François Ernou, 1689. Le portrait ci-contre, gravé par Etienne Commeau en 1688, y figure en frontispice.
   
La Fidélité de la rue Saint-Nicolas
 En 1650, pendant la semaine des combats de la Fronde, la Fidélité est prise entre deux feux ; les boulets échangés entre le château et les assiégeants passent devant les fenêtres des religieuses, qui trouvent un asile temporaire dans l'abbaye de Fontevraud.
 La paix revenue, elles retrouvent leurs bâtiments en partie détruits, et elles cherchent à s'installer ailleurs. Dans les années 1655-1657, elles achètent plusieurs grandes maisons, dont l'ancienne hôtellerie Notre-Dame de Lorette, dans l'actuelle rue Saint-Nicolas, autour des numéros 33 et 35. Leur enclos couvre l'essentiel de l'espace entre la rue de la Fidélité et la rue Brault, mais il n'est pas bien grand.
   
Un Port-Royal saumurois
 Les prieures qui succèdent à Madeleine Gautron accentuent les liens avec les milieux jansénistes. Elles sont en correspondance avec la famille Arnauld ( Arsenal, ms. 6039, n° 820 ). Plusieurs soeurs postulantes vont se former à Port-Royal.
 Quand la répression royale devient violente, deux religieuses sont expulsées par lettre de cachet en 1732 ; dix religieuses se voient interdire les sacrements et sont privées de sépulture chrétienne. Des soeurs de la Visitation sont installées dans le prieuré pour y occuper des postes d'autorité ( M.-Cl. Guillerand-Champenier, S.L.S.A.S, 1995, p. 34. )
   

Un prieuré misérable 

 Le prieuré de la Fidélité est constamment pauvre, car des postulantes y sont acceptées sans dot. Il est surtout soutenu par quelques familles de bienfaiteurs ; il tire 125 livres de la location de son ancienne maison du Boile et d'autres revenus de l'hébergement de quelques pensionnaires. Hors de leurs heures de prière, les soeurs travaillent. Selon une tradition locale, elles fabriquent une liqueur "bénédictine" à la finesse très appréciée, selon d'autres, elles produisent un guignolet dont la recette a été recueillie par la Maison Combier, mais il n'en existe aucune preuve écrite.

 Le prieuré croit habile de convertir ses rentes en billets de la banque de Law : après des bénéfices spectaculaires, son trésor se liquéfie et 50 000 livres sont englouties dans l'opération. Se déclarant dans la misère, les soeurs reçoivent une pension totale de 400 livres, attribuée en viager aux dix religieuses les plus anciennes.
   

 Effectifs et dissolution

 De 17 religieuses en 1634, l'effectif atteint la cinquantaine à la fin du siècle et tombe à 33 en 1737. Faute de moyens financiers et la crise janséniste aidant, le couvent est fermé par l'évêque d'Angers en octobre 1747. Les dernières religieuses soumises rejoignent la Fidélité d'Angers, où elles apportent leur recette de guignolet.

 La ville de Saumur espérait récupérer les maisons abandonnées et les réunir à son Hôtel-Dieu, comme il avait été procédé pour les biens protestants. Elle échoue, et les actifs passent au couvent d'Angers.