Les Carmes et la chapelle du Saint-Sacrement 

 

1) La nouvelle chapelle

 Situé sur l'île Censier près de la culée du pont des Sept-Voies, côté oriental, un modeste reposoir déborde légèrement sur la chaussée. Il marque le point terminal de la procession annuelle du SacreLa chapelle du Saint-Sacrement figurée sur le plan des ponts par Nicolas Poictevin ( et probablement l'ancienne limite septentrionale de la paroisse ).
 La confrérie du Saint-Sacrement tient une place dans l'organisation de ces cérémonies. Fondée dans l'église Saint-Pierre et demandant un droit d'entrée de 5 livres, cette association pieuse dispose de gros moyens financiers ; elle entretient le chantre et l'organiste, elle assure des travaux d'embellissement dans l'église ( David LE LAIN, Les Confréries du Saint-Sacrement dans le diocèse d'Angers aux XVIIe et XVIIIe siècles, mém. de maîtrise, Angers, 1998, 2 vol. ). Même si elle ne peut être confondue avec la Compagnie du Saint-Sacrement, elle jouerait elle aussi volontiers un rôle politique.
 En tout cas, sur l'emplacement du reposoir, elle fait édifier une chapelle aux dimensions réduites, mais surmontée par une flèche aiguë, bien visible dans l'axe des anciens ponts. L'évêque Henry Arnauld vient bénir le nouveau lieu de culte ouvert au public le 30 juillet 1654. Le voici à droite figuré sur le plan des ponts par Nicolas Poitevin.

2) Les Bouestault et la dévotion au scapulaire

 Un notaire habitant dans le voisinage, François Bouestault, membre de la confrérie du Saint-Sacrement, prend en mains les destinées de la chapelle. Comme l'un de ses fils vient d'entrer chez les Carmes, il y fait venir cet ordre religieux, déjà installé dans la chapelle Saint-Jacques de la Croix Verte par les soins de l'abbesse de Fontevraud. Or, ces religieux introduisent dans la ville une dévotion nouvelle, le port du scapulaire, petits rectangles d'étoffe portés sous les vêtements en l'honneur de Notre-Dame du Mont-Carmel.
 Sans nulle autorisation du curé de Saumur, ni d'aucune autre autorité ecclésiastique, apparaissent dans la chapelle une image du scapulaire et une statue de saint Simon Stock, un prieur général des Carmes à l'origine de cette dévotion. Une nouvelle " confrérie du Petit-Habit " s'érige sur place.
 Le clergé local, méfiant devant ces dévotions nouvelles et ces confréries créées hors des procédures canoniques, lance des procédures d'interdit.

3) Des miracles

 Maître Bouestault proclame alors qu'il a été guéri d'un mal de ventre par l'intervention miraculeuse de Simon Stock, et il offre un bel ex-voto. Sa belle-soeur se déclare sauvée d'un accouchement périlleux, et elle offre à la chapelle un gros bébé en cire.

4) Les Carmes expulsés de Saumur ( 1659 )

 Cette épidémie de faits merveilleux agite le quartier et provoque l'ire du nouveau curé de Saumur, Nicolas Charpy, un oratorien, pour lequel les seuls bons miracles sont ceux des Ardilliers. Henry Arnauld se fâche aussi et chasse les Carmes, d'abord de Saint-Jacques de la Croix Verte, puis de la chapelle du Saint-Sacrement.
 Statue et ex-voto sont renvoyés aux Carmes d'Angers, qui répliquent par un factum venimeux.

 

Sources essentielles :
- Jacques ISOLLE [ André Bizoullier ], « Au temps que le bienheureux Simon Stoch faisait des miracles à Saumur », S.L.S.A.S., 1955, p. 17-30.
- Factum très rare à la B.M.A., H 3 795.