A l'époque de la Renaissance et encore au XVIIe
siècle, parcourir l'Europe est considéré
comme une activité essentielle à la formation des
jeunes gens, et les longs voyages n'effraient pas davantage les
adultes. Saumur fait partie des villes à visiter, des
« loca nobiliora » selon la formule
d'Erpenius. Plusieurs guides la considèrent comme un lieu
de séjour idéal et comme un point de départ
recommandé pour de grands périples.
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1) Les guides touristiquesJodoci Sinceri Itinerarium Galliae... Lugduni, apud
Iacobum du Creux, alias Molliard, MDCXVI.
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Le premier guide du voyageur digne
de ce nom est publié par le thuringien Just Zinzerling,
auteur d'inspiration catholique, qui a parcouru la France pendant
quatre années et a séjourné à Saumur
en 1614. Sa description de la ville est d'une remarquable précision.
Il insiste sur l'agrément du séjour et recommande
de s'y installer pour un mois. Depuis Saumur, le voyageur ferait
des excursions vers La Flèche, Brézé, Loudun,
Thouars et Doué. Venu de Tours, il repartirait vers Angers,
en passant par les Ponts-de-Cé.
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2) La peregrinatio academica |
Le grand voyage d'études, la
peregrinatio academica, déjà à la
mode chez les jeunes nobles de la Renaissance, devient une obligation
pour les étudiants néerlandais. Ils doivent faire
un long périple à travers les centres universitaires
réformés de l'Europe occidentale. Sedan, Saumur,
Genève, Heidelberg constituent pour eux des points de
passage obligés.
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3) Les descriptions les plus intéressantes
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La consultation des récits de voyage, en manuscrit ou publiés, entraîne de lourdes recherches pour des résultats parfois minces. Certains étudiants se contentent de recopier Zinzerling ; d'autres rédigent tardivement et s'embrouillent dans leurs souvenirs. Voici les plus instructifs :- Pour mémoire, rappelons le récit assez détaillé du voyage de diplomatie et en même temps de pèlerinage vers Compostelle effectué par le seigneur tchèque Léon von Rozmital, passé à Saumur en 1466.- Thomas Platter passe à Saumur à deux reprises en 1599. Ses observations sont d'une grande banalité.- Son fils passe lui-aussi la nuit du 24-25 mai 1599 dans l'hôtellerie Notre-Dame. Il donne une intéressante évocation de la chapelle des Ardilliers, où il est assailli par un marchand de chapelets.- Le sieur de Croydebert séjourne à l'hôtel de la Galère pendant 18 mois, en qualité de gouverneur de trois jeunes gentilshommes saintongeais ( 1609-1610 ). Il est enchanté par Saumur qu'il décrit dans des vers sans prétention imprimés l'année suivante. Sa courte évocation abonde en détails pittoresques.- En 1638, Léon Godefroid remonte la Loire en bateau et consacre à Saumur quelques pages banales, mais précises.- Elie Brackenhoffer, un jeune strasbourgeois, grand voyageur, parti de Blois avec cinq compagnons, arrive par bateau à Saumur le 31 juillet 1644. Il effectue fidèlement les excursions recommandées par Zinzerling et séjourne pendant un mois et sept jours dans le Saumurois. Disert et curieux, il note tout ce qui l'intrigue, ce qui rend son témoignage précieux, malgré sa naïveté et sa connaissance médiocre du français.- Peu après, le 10 juillet 1646, entrent dans la ville deux jeunes hollandais, le peintre et dessinateur Lambert Doomer, qui était venu rendre visite à deux de ses frères installés à Nantes. Il y rencontre Willem Schellinks, poète, dessinateur et enlumineur des atlas de Blaeu. Tous deux, ils remontent à pied les rives de la Loire et ils reviendront par la Seine, c'est-à-dire qu'ils effectuent à l'envers l'itinéraire de Zinzerling. Ils passent huit jours à dessiner dans la ville de Saumur, et ils y découvrent l'habitat troglodytique, auquel ils consacrent au moins huit dessins. Leur oeuvre graphique présente un intérêt de tout premier ordre ( Saumur en dessins, chapitre 2 ). Schellinks tient aussi un journal de voyage de type énumératif. Dans sa version imprimée, le passage consacré à Saumur ne fait qu'une page ; il comporte des remarques originales sur l'église Saint-Nicolas ( son pèlerinage de mariniers ) et sur les Ardilliers ( les malades et les infirmes boivent l'eau de la fontaine et ils s'y lavent ), mélangées à beaucoup d'approximations : dans « L'marischal d'La Bresse », il faut reconnaître le maréchal de Brézé. Ils changent d'auberge, car ils étaient d'abord descendus dans une hôtellerie très confortable, mais trop chère pour eux. Le 18 juillet, ils partent vers Dampierre et Montsoreau, puis Chinon et Richelieu.- Nous n'avons pas consulté quelques descriptions plus brèves, comme Le voyage de France, de Claude de Varennes ( 1639 ) ou le Wegh-wijser néerlandais de 1657.- John Lauder, gentilhomme écossais, visite Saumur en juillet 1665 ; il parle surtout des études à l'Académie et de ses rencontres avec ses compatriotes.- Pierre-Louis Jacob d'Hailly consacre quelques pages à
son passage à Saumur en 1690 ; il affirme que presque
toutes les maisons sont en bois ( B.N.F., ms.fr. n°
11 913 ).
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4) La durée des séjours |
A partir d'autres témoignages de moindre intérêt,
il est possible de reconstituer la durée des séjours.
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5) Personnages célèbresUn colloque tenu à Saumur les 20 et 21 mai 2001 s'est interrogé sur ce que William Penn aurait appris à Saumur. |
Les entrées royales sont évoquées ailleurs ( Marie de Médicis, Louis XIII, Louis XIV, Anne d'Autriche ). N'oublions pas Henriette de France, soeur de Louis XIII, mariée à Charles 1er d'Angleterre ; elle vient demander l'appui français pour son époux menacé par une révolte générale. Son accueil est grandiose : « Les rues par où la reine passait étaient toutes tendues de tapisseries, le sol était jonché de rameaux de laurier, on sonnait toutes les cloches, et les canons du château tirèrent trois salves », selon le récit de Brackenhoffer. La reine passe une nuit dans la Maison du Roi.William Penn, fils d'un officier de marine anglais ( devenu ultérieurement amiral ), fondateur de l'Etat de Pennsylvanie et de Philadelphie, organisateur du mouvement quaker, a effectué un voyage en France. Certains de ses biographes américains affirment qu'il a séjourné à Saumur, mais il n'en subsiste aucune trace dans les documents locaux. A partir de lettres, une étude détaillée sur sa jeunesse établit qu'il a résidé à Saumur pendant près de deux ans en 1662-1663 et qu'il suivait avec admiration l'enseignement de Moyse Amyraut, ce qui l'aurait renforcé dans ses convictions sur des points essentiels ( Mabel Richmond Brailsford, The Making of William Penn, Londres, 1930, chapitre XIV ). Hans Fantel le fait séjourner à Saumur pendant un an. Plus exotique fut le passage des ambassadeurs du Siam
en 1686.
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6) Un vaste parc hôtelierPlan des hôtelleries situées le long de la traversée de la ville, S.L.S.A.S., 1998, p. 26-27 et 31. |
La venue des étrangers et surtout la durée de leur séjour, le passage de nombreux voyageurs transportés sur la Loire, ainsi que les pèlerinages, ont engendré la naissance de nombreux établissements d'hébergement. Au total, je recense 62 noms d'hôtelleries et d'auberges pour l'ensemble des Temps Modernes. Cependant, il n'est pas certain que toutes les auberges louent des chambres et les établissements ne fonctionnent pas tous à la même époque. Un pointage effectué en 1650 révèle que 42 établissements hôteliers sont alors en activité, en y incluant le faubourg de la Croix Verte.Ces lieux d'hébergement s'agglomèrent par groupes de trois ou quatre dans les passages stratégiques. Les hôtelleries liées au pèlerinage des Ardilliers sont situées à l'extrémité de la rue de Fenet, et elles sont toutes fermées à la fin du XVIIe siècle. D'autres se situent auprès de Nantilly, autour de la place Saint-Pierre, tout le long de la rue du Portail-Louis, à l'entrée de l'actuelle rue Beaurepaire et autour de la place de la Bilange. A la sortie amont du grand pont se trouve " la Croix de par Dieu ", un vaste ensemble aujourd'hui remplacé par un hôtel au style consternant. Au débouché du pont de la Bastille sur la levée, se situent sur le côté gauche la " Poste aux chevaux " ( ou " hôtel de la Croix Verte " ) et l'auberge du " Grand Saint-Christophe ". A la fin du XVIIIe siècle, l'hôtellerie est reconstruite de l'autre côté de la rue ( voir Croix Verte ). Certaines hôtelleries sont minuscules et parfois
sordides. Les voyageurs disent le plus grand bien de " la
Corne de Cerf ", installée à l'emplacement
actuel de l'hôtel Blancler et reconstruit dans l'île
à la fin du XVIIIe siècle sous l'enseigne d'hôtel
de " la Corne d'Or ".
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