Armes de Saumur simplifiées et gravées sur bois par Degouy (1784)

 

Chapitre 13 :

 Les événements politiques de mai 1621 à janvier 1685

  

1) Une période d'instabilité : 1621-1626

Dossier 1 : Les complots des années 1621-1626

 Duplessis-Mornay est officiellement suspendu dans sa charge de gouverneur de Saumur le 15 mai 1621. Il s'ensuit une période confuse : la ville est fortement gardée, mais les nouveaux gouverneurs valsent vite, des complots rocambolesques se trameraient dans la cité & (1). Au terme de ces années de transition, la garnison est affaiblie et les fortifications de la Croix Verte sont totalement rasées.
    

2) Saumur sous la tutelle de Richelieu et du maréchal de Maillé-Brézé

 Orest Ranum & (2), Joseph Bergin & (3) et Pierre Goubert & (4) ont démontré qu'à l'âge baroque un principal ministre, pour se maintenir au pouvoir, était amené à s'entourer d'une foule d'exécutants et d'obligés, qui dépendaient de lui seul et qu'il devait promouvoir et récompenser ; il se devait d'amasser, par tous les moyens, une immense fortune et constituait lui aussi un état dans l'Etat. Ce partage du pays entre grands clans rivaux - inadmissible aujourd'hui où sont posées les règles d'une administration républicaine - était inévitable à cette époque où la paulette, en permettant la transmission héréditaire des offices, sclérosait les rouages administratifs. Un ministre ne pouvoir impulser une action que s'il disposait de son propre réseau d'agents.

 Richelieu dominait toute la France de l'Ouest et « il n'est pas exagéré de dire que tous les gouvernements importants des provinces maritimes de France, depuis la Basse Normandie jusqu'aux abords de la Gironde, étaient entre ses mains » ( Bergin ). Il fait élever sa terre de Richelieu au rang de duché-pairie et considère que Saumur en est une dépendance directe. La chapelle familiale qu'il fait élever aux Ardilliers en est un premier témoignage. Cependant, sur le château et le gouvernement, sa domination passe par un intermédiaire, son beau-frère, le maréchal Urbain de Maillé-Brézé, qui devient gouverneur de Saumur en 1626, puis gouverneur de l'Anjou en 1636. Urbain de Maillé-Brézé mérite mieux que les quelques lignes méprisantes qui lui consacrent les dictionnaires biographiques. Au prix de longs efforts, je lui consacre une étude étoffée, non pas dans un souci de réhabilitation, mais parce qu'il a joué un rôle important dans l'histoire de Saumur et parce que sa personnalité est hautement pittoresque.

 En outre, le cardinal a des intérêts financiers directs dans la ville. Son frère cadet, Henri du Plessis, qui gère les biens du clan, achète pour 20 000 livres le quart du greffe civil et criminel de la sénéchaussée de Saumur.
 Plus révélateur encore et totalement méconnu est le rôle que Richelieu accorde à la place de Saumur : un article du dernier testament qu'il dicte en mai 1642 précise qu'il a entreposé dans le château de Saumur la somme de 300 000 livres en numéraire. Il lègue cette fortune à son neveu, l'amiral Armand-Jean de Maillé-Brézé pour « être employée en acquisitions de terres nobles » ê (5). Dans la réalité, c'est le père de ce dernier, le maréchal, qui s'emparera du magot afin de payer ses dettes. Saumur, avec Le Havre, Brouage et Richelieu, fait donc partie des places fortes personnelles, où le cardinal a réparti une part de son fabuleux trésor de guerre pour faire face à des revers imprévus.
 Alors qu'il avait pour règle de renforcer les places frontalières et côtières et de démanteler les places intérieures, Richelieu pratique une politique contraire à Saumur, donnant des ordres personnels pour parfaire les fortifications du château.
   

3) La reprise des travaux du château

Dossier 2 : Le château sous Maillé-Brézé

 A partir de sources bien maigres, il apparaît que le maréchal de Brézé a dirigé d'importants travaux au château ; au logis, où son épouse, malade mentale, passe ses derniers jours ; à la chapelle, qu'il rétablit ; au magasin à poudre, qu'il aménage ; aux bastions du côté de Fenet et de Nantilly, où il fait bâtir la tenaille encadrant la porte des Champs ( dossier 2 ).
 Autrement dit, Maillé-Brézé, au service du cardinal, achève les travaux entrepris par Duplessis-Mornay, cela, non pour des raisons de haute politique, mais parce que Saumur appartient au clan Richelieu.
   

4) La période de la Fronde à Saumur ( 1649-1652 )

Dossier 3 : Les combats de la Fronde

 Les remous de la Fronde secouent Saumur pendant trois ans, mais la ville ne subit qu'une semaine de combats qui se terminent par un accord négocié ( dossier 3 ).

 Ces événements aboutissent à l'installation d'une nouvelle dynastie de gouverneurs choisis, comme Maillé-Brézé, parmi les capitaines des gardes du corps de la reine mère : les trois Comminges qui se succèdent à la tête du Saumurois ont une réputation ( non usurpée ) de grande brutalité. Heureusement, ils vivent à la cour et les gouverneurs perdent progressivement leurs pouvoirs dans la seconde moitié du siècle.

 Les vicissitudes des opérations militaires aboutissent à l'installation de la Cour dans Saumur le 5 février 1652. Le jeune Louis XIV, accompagné par sa mère, son principal ministre, Mazarin, et par une forte armée, vient de Poitiers, il passe sous le " Portail Louis " et s'installe dans la Maison du Roi, où il séjourne cinq semaines. Les souverains y préparent la reprise d'Angers, qui s'est révolté sous la direction de son gouverneur, Henri de Rohan-Chabot « (6). Ils sont rejoints par Turenne, qui vient de se rallier et qui reçoit le commandement de la moitié de l'armée & (7). L'évêque Henry Arnauld se réfugie à Saumur ; il y prêche la soumission aux rois et, toujours fulminant, il menace de frapper d'interdit la ville d'Angers, si la révolte s'y prolonge ( Mandement donné aux Ardilliers le 20 février 1652 ) .
 La Cour dispose tout de même de quelques loisirs. Anne d'Autriche rend visite à Anne Gautron, la prieure du couvent de la Fidélité ; Mazarin s'entretient à trois reprises avec Moyse Amyraut, l'interrogeant sur l'Edit de Nantes...
 Angers capitule le 29 février ; les prisonniers sont transférés à Saumur. La Cour quitte la ville la semaine suivante.
 Durant ces crises répétitives et interminables, les Saumurois ont manifesté une fidélité sans faille envers le pouvoir royal. Ils vont en être récompensés.
  

5) La fidélité récompensée

 Alors que la ville d'Angers subit une dure répression et perd le droit de choisir ses officiers municipaux & (8), Saumur bénéficie d'une série de faveurs du souverain.
  Le 19 juillet 1650, un arrêt du Conseil lui accorde trois foires annuelles, confirme ses anciens octrois et lui accorde une remise sur ses arriérés de taille ê (9).
 Le 24 novembre de la même année, une douzaine de députés mettent en place la structure municipale qui va fonctionner avec de faibles variations pendant un siècle et demi : une Assemblée générale des Habitants choisit pour trois ans un Conseil de Ville, qui se réunit tous les quinze jours et qui comprend notamment deux échevins, un procureur syndic et douze conseillers ê (10). Le fonctionnement de ces structures est analysé pour le XVIIIe siècle dans le dossier : La municipalité, de la tutelle du sénéchal à la tutelle du subdélégué. Soulignons tout de suite que, malgré les apparences électives, la marge de manoeuvre de ce pouvoir municipal demeure limitée.
 En outre, la cité récupère l'usage de son hôtel de ville, qui était occupé militairement depuis 1589 et dont elle demandait la restitution.
 Le Conseil de Ville sollicite également la libre disposition des « lieux et places vacques » situés au-dedans et au-dehors de la ville close. Le 15 février 1652, alors que le roi séjourne à Saumur, un arrêt du Conseil accorde aux habitants de Saumur « les places vagues » dispersées autour des domaines royaux, en considération des services rendus à sa Majesté ê (11). Ce texte imprécis s'est révélé au siècle suivant d'un apport considérable, car il donne en réalité à la ville les douves et les boulevards qui les précèdent. Quand les fortifications sont progressivement déclassées et les portes abattues, la ville, propriétaire des terrains abandonnés peut les allotir et permettre l'édification de grands alignements d'immeubles, en particulier sur le front de Loire.
  

6) Les premières brimades à l'encontre des Protestants

 Les protestants, qui se sont montrés d'une fidélité inconditionnelle pendant la Fronde et qui exaltent volontiers les prérogatives monarchiques, sont eux aussi remerciés : en mai 1652, Mazarin confirme l'Edit de Nantes ; cette garantie est importante pour Saumur, mais elle est remise en question sous le règne personnel de Louis XIV.
 En 1669, Jacques Pelletier, orfèvre, se voit interdire de siéger au Conseil de Ville, parce qu'il est membre de la R.P.R. Cependant l'Assemblée générale des Habitants n'est manifestement pas unanime sur ces mesures de répression. Charles Drugeon, sieur des Portes, lui aussi protestant, est premier échevin de 1671 à 1674, bien que sa présence soulève des contestations au cours d'assemblées houleuses ê (12). La répression est encouragée en haut lieu ; chaque année, le pouvoir royal impose une brimade nouvelle qui vient grignoter le statut des réformés ( on y reviendra au chapitre suivant ).
 Une menace plus directe pèse sur eux : le syndic du clergé d'Anjou engage une double procédure judiciaire contre les institutions réformées. Il accuse l'Académie d'empiéter sur la cour de la Maison de Ville ( une rectification de quelques mètres aurait suffi ). Or, le 24 mars 1670, Voisin de la Noiraye, l'intendant de Tours, va bien au-delà et donne avis « que défenses doivent être faites ausdits de la R.P.R. de continuer à faire aucunes fonctions dans ledit Collège ou Académie ». La menace se précise, mais le procès se prolonge durant quinze ans ê (13).