1) Une période d'instabilité : 1621-1626
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Duplessis-Mornay est officiellement suspendu dans sa
charge de gouverneur de Saumur le 15 mai 1621. Il s'ensuit une
période confuse : la ville est fortement gardée,
mais les nouveaux gouverneurs valsent vite, des complots rocambolesques
se trameraient dans la cité & (1). Au terme de ces années
de transition, la garnison est affaiblie et les fortifications
de la Croix Verte sont totalement rasées.
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2) Saumur sous la tutelle de Richelieu et du maréchal
de Maillé-Brézé
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Orest Ranum & (2), Joseph Bergin & (3) et Pierre Goubert
& (4) ont démontré
qu'à l'âge baroque un principal ministre, pour se
maintenir au pouvoir, était amené à s'entourer
d'une foule d'exécutants et d'obligés, qui dépendaient
de lui seul et qu'il devait promouvoir et récompenser ;
il se devait d'amasser, par tous les moyens, une immense fortune
et constituait lui aussi un état dans l'Etat. Ce partage
du pays entre grands clans rivaux - inadmissible aujourd'hui
où sont posées les règles d'une administration
républicaine - était inévitable à
cette époque où la paulette, en permettant la transmission
héréditaire des offices, sclérosait les
rouages administratifs. Un ministre ne pouvoir impulser une action
que s'il disposait de son propre réseau d'agents.
Richelieu dominait toute la France de l'Ouest et « il
n'est pas exagéré de dire que tous les gouvernements
importants des provinces maritimes de France, depuis la Basse
Normandie jusqu'aux abords de la Gironde, étaient entre
ses mains » ( Bergin ). Il fait élever
sa terre de Richelieu au rang de duché-pairie et considère
que Saumur en est une dépendance directe. La chapelle
familiale qu'il fait élever aux Ardilliers en est un premier
témoignage. Cependant, sur le château et le gouvernement,
sa domination passe par un intermédiaire, son beau-frère,
le maréchal Urbain de Maillé-Brézé,
qui devient gouverneur de Saumur en 1626, puis gouverneur de
l'Anjou en 1636. x Urbain
de Maillé-Brézé mérite mieux
que les quelques lignes méprisantes qui lui consacrent
les dictionnaires biographiques. Au prix de longs efforts, je
lui consacre une étude étoffée, non pas
dans un souci de réhabilitation, mais parce qu'il a joué
un rôle important dans l'histoire de Saumur et parce que
sa personnalité est hautement pittoresque.
En outre, le cardinal a des intérêts financiers
directs dans la ville. Son frère cadet, Henri du Plessis,
qui gère les biens du clan, achète pour 20 000
livres le quart du greffe civil et criminel de la sénéchaussée
de Saumur.
Plus révélateur encore et totalement méconnu
est le rôle que Richelieu accorde à la place de
Saumur : un article du dernier testament qu'il dicte en
mai 1642 précise qu'il a entreposé dans le château
de Saumur la somme de 300 000 livres en numéraire.
Il lègue cette fortune à son neveu, l'amiral Armand-Jean
de Maillé-Brézé pour « être
employée en acquisitions de terres nobles » ê (5).
Dans la réalité, c'est le père de ce dernier,
le maréchal, qui s'emparera du magot afin de payer ses
dettes. Saumur, avec Le Havre, Brouage et Richelieu, fait donc
partie des places fortes personnelles, où le cardinal
a réparti une part de son fabuleux trésor de guerre
pour faire face à des revers imprévus.
Alors qu'il avait pour règle de renforcer les places
frontalières et côtières et de démanteler
les places intérieures, Richelieu pratique une politique
contraire à Saumur, donnant des ordres personnels pour
parfaire les fortifications du château.
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3) La reprise des travaux du château
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A partir de sources
bien maigres, il apparaît que le maréchal de Brézé
a dirigé d'importants travaux au château ;
au logis, où son épouse passe ses derniers jours ;
à la chapelle, qu'il rétablit ; au magasin
à poudre, qu'il aménage ; aux bastions du côté
de Fenet et de Nantilly, où il fait bâtir la tenaille
encadrant la porte des Champs.
Autrement dit, Maillé-Brézé, au service
du cardinal, achève les travaux entrepris par Duplessis-Mornay,
cela, non pour des raisons de haute politique, mais parce que
Saumur appartient au clan Richelieu.
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4) La période de la Fronde à Saumur ( 1649-1652 )
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Les remous de la Fronde secouent Saumur pendant trois
ans, mais la ville ne subit qu'une semaine de combats qui se
terminent par un accord négocié.
Ces événements aboutissent à l'installation
d'une nouvelle dynastie de gouverneurs choisis, comme Maillé-Brézé,
parmi les capitaines des gardes du corps de la reine mère :
les trois x Comminges
qui se succèdent à la tête du Saumurois ont
une réputation ( non usurpée ) de grande brutalité.
Heureusement, ils vivent à la cour et les gouverneurs
perdent progressivement leurs pouvoirs dans la seconde moitié
du siècle.
Deux ans plus tard, les vicissitudes des opérations
militaires aboutissent à l'entrée de la Cour dans
Saumur le 5 février 1652. Le jeune Louis XIV, accompagné
par sa mère, son principal ministre et par une forte armée,
vient de Poitiers, il passe sous le " Portail Louis "
et s'installe dans la Maison du Roi, où il séjourne
cinq semaines. Les souverains y préparent la reprise d'Angers,
qui s'est révolté sous la direction de son gouverneur,
Henri de Rohan-Chabot « (6). Ils sont rejoints
par Turenne, qui vient de se rallier et qui reçoit le
commandement de la moitié de l'armée & (7). L'évêque
Henry Arnauld se réfugie à Saumur ; il y prêche
la soumission aux rois et, toujours fulminant, il menace de frapper
d'interdit la ville d'Angers, si la révolte s'y prolonge
( Mandement donné aux Ardilliers le 20 février
1652 ) .
La Cour dispose tout de même de quelques loisirs.
Anne d'Autriche rend visite à Anne Gautron, la prieure
du couvent de la Fidélité ; Mazarin s'entretient
à trois reprises avec Moyse Amyraut, l'interrogeant sur
l'Edit de Nantes...
Angers capitule le 29 février ; les prisonniers sont
tranférés à Saumur. La Cour quitte la ville
la semaine suivante.
Pendant ces crises répétitives, les Saumurois
ont manifesté une fidélité sans faille envers
le pouvoir royal. Ils vont en être récompensés.
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5) La fidélité récompensée
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Alors que la ville d'Angers subit une dure répression
et perd le droit de choisir ses officiers municipaux & (8), Saumur bénéficie
d'une série de faveurs du pouvoir royal.
Le 19 juillet 1650, un arrêt du Conseil lui
accorde trois foires annuelles, confirme ses anciens octrois
et lui accorde une remise sur ses arriérés de taille ê (9).
Le 24 novembre de la même année, une douzaine
de députés mettent en place la structure municipale
qui va fonctionner avec de faibles variations pendant un siècle
et demi : une assemblée générale des
habitants choisit pour trois ans un Conseil de Ville, qui se
réunit tous les quinze jours et qui comprend notamment
deux échevins, un procureur syndic et douze conseillers ê (10).
Le fonctionnement de ces structures est analysé pour le
XVIIIe siècle dans le dossier : La municipalité, de la tutelle du sénéchal
à la tutelle du subdélégué. Soulignons
tout de suite que, malgré les apparences électives,
la marge de manoeuvre de ce pouvoir municipal demeure limitée.
Cependant, la cité récupère l'usage
de son hôtel de ville, qui était occupé militairement
depuis 1589 et dont elle demandait la restitution.
Le Conseil de Ville sollicite également la libre
disposition des « lieux et places vacques »
situés au-dedans et au-dehors de la ville close. Le 15
février 1652, alors que le roi séjourne à
Saumur, un arrêt du Conseil accorde aux habitants de Saumur
« les places vagues » dispersées
autour des domaines royaux, en considération des services
rendus à sa Majesté ê
(11). Ce texte imprécis s'est révélé
au siècle suivant d'un apport considérable, car
il donne en réalité à la ville les douves
et les boulevards qui les précèdent. Quand les
fortifications sont progressivement déclassées
et les portes abattues, la ville, propriétaire des terrains
abandonnés peut les allotir et permettre l'édification
de grands alignements d'immeubles, en particulier sur le front
de Loire.
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6) Les premières brimades à l'encontre des
Protestants
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Les protestants, qui se sont montrés d'une fidélité
inconditionnelle pendant la Fronde et qui exaltent volontiers
les prérogatives monarchiques, sont eux aussi remerciés :
en mai 1652, Mazarin confirme l'Edit de Nantes ; cette garantie
est importante pour Saumur, mais elle est remise en question
sous le règne personnel de Louis XIV.
En 1669, Jacques Pelletier, orfèvre, se voit interdire
de siéger au Conseil de Ville, parce qu'il est membre
de la R.P.R. Cependant l'Assemblée générale
des Habitants n'est manifestement pas unanime sur ces mesures
de répression. Charles Drugeon, sieur des Portes, lui
aussi protestant, est premier échevin de 1671 à
1674, mais sa présence soulève des contestations
au cours d'assemblées houleuses ê (12).
Cependant, chaque année, le pouvoir royal impose une brimade
nouvelle qui vient grignoter le statut des réformés
( on y reviendra au chapitre suivant ).
Une menace plus directe pèse sur eux : le syndic
du clergé d'Anjou engage une double procédure judiciaire
contre eux. Il accuse l'Académie d'empiéter sur
la cour de la Maison de Ville ( une rectification de quelques
mètres aurait suffi ). Or, le 24 mars 1670, Voisin
de la Noiraye, l'intendant de Tours, va bien au-delà et
donne avis « que défenses doivent être
faites ausdits de la R.P.R. de continuer à faire aucunes
fonctions dans ledit Collège ou Académie ».
La menace se précise, mais le procès se prolonge
durant quinze ans ê (13).
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