Les complots des années 1621-1626   

   

1) La renonciation de Duplessis-Mornay

 Louis XIII, aux prises avec la révolte ouverte de La Rochelle et de plusieurs places protestantes du Sud-Ouest doit tenir solidement Saumur, qui constitue la base de départ de ses opérations punitives. Nous avons analysé plus haut les raisons logiques qui l'amènent à destituer Duplessis-Mornay. Quant à ce dernier, après avoir espéré retrouver son gouvernement au bout de trois mois, ou tout du moins le transmettre à son gendre, l'intrigant Villarnoul, il finit par renoncer contre une indemnité plus qu'honorable.
    

2) Une puissante garnison

 Prenant la direction de Saint-Jean d'Angély, Louis XIII laisse à Saumur une petite armée : deux compagnies sont mises en garnison au château, cinq compagnies sont postées à la Croix Verte et cinquante Suisses gardent la ville.
 A la tête de l'ensemble, le roi a nommé comme gouverneur François de Bonne de Créquy d'Agout, comte de Sault. Ce choix présente pour le roi deux avantages : le nouveau gouverneur est le petit-fils du maréchal de Lesdiguières, qui commande en chef l'armée royale ; en outre, l'un et l'autre sont protestants, du moins en apparence, puisqu'ils se préparent à abjurer. Saumur conserve néanmoins l'aspect juridique d'une place de sûreté.
 

3) Un complot protestant ?

 
 
Récit véritable de la trahison et vandition de la Ville de Saumeur, par inteligence de ceux du Chasteau. Avec le prompt départ du Roy de la ville de Blois pour y mettre ordre... A Paris, chez Pierre Colombel, 1622.
B.N.F., Lb 36/1916

 Le parti protestant a-t-il cherché à reprendre la ville par surprise en bénéficiant de quelques complicités dans la garnison ? Le duc de Soubise, chef d'une petite armée huguenote installée aux environs de La Rochelle, souhaitait reprendre l'offensive.
 Une lettre envoyée de Blois le 6 avril 1622 et imprimée par des partisans du roi raconte des événements plutôt rocambolesques : des éléments de l'armée huguenote se seraient infiltrés dans Saumur, en entrant deux par deux, au point d'atteindre le nombre de 140 soldats ; les habitants de la ville, s'apercevant de ce flux anormal et soupçonnant quelques complicités avec la garnison, prennent les armes et s'emparent des forts du château ; ils arrêtent le gouverneur et une centaine de rebelles.
 Le récit de ces événements n'apparaît nulle part ailleurs et rien n'en garantit l'entière véracité. Il est stupéfiant de voir la garde bourgeoise accomplir un pareil exploit... Les adversaires de Duplessis-Mornay accusent ce dernier de fomenter ces complots depuis sa retraite de La Forêt-sur-Sèvre. Un point demeure certain : Louis XIII a cru au danger. Le 5 avril 1622, il est parti de Blois en toute hâte et est revenu à Saumur. Il y destitue le comte de Sault et mène une offensive frontale contre Soubise, qu'il écrase dans le marais de Riez.

 Quelques soldats de l'ancienne garnison protestante sont restés dans la ville, où ils se sont désormais fixés. Ils sont surveillés ; une liste de septembre 1622 cite 27 noms, dont celui de Buhy, un neveu de Duplessis ( Médiathèque de Nantes, coll. Dugast-Matifeux, n° 86 ).
   

4) La destruction de l'enceinte de la Croix Verte

La résolution du Conseil du Roy pour la démolition et razement des fortifications de Saumur. Donnée audit Saumur le 5. jour d'avril 1622... A Paris, chez Pierre Ramier, 1622.
B.N.F., Lb 36/1918

 Ce même 5 avril, Louis XIII a tenu un conseil dans la Maison du Roi. Il a fait de Martin du Bellay, marquis de Thouarcé, son lieutenant général pour l'ensemble de l'Anjou, et « ayant été représentée la surcharge que souffroit la ville de Saumur pour une si puissante garnison », et constatant que les rebelles « ont incessamment l'oeil ouvert pour trouver l'invention de la recouvrir », le Conseil décide que « toutes les nouvelles fortifications faites en icelle, singulièrement celles que le sieur du Plessis-Mornay avoit fait faire au faubourg de la Croix Verte, seroient entièrement démolis et rasez ».
 Martin du Bellay se met aussitôt à la tâche, et il ne subsiste plus la moindre trace de l'importante et efficace enceinte contrôlant l'entrée nord de la ville. Parmi les organisateurs de cette destruction figure un certain René Siette, écuyer, contrôleur général des fortifications, qui plus tard reçoit de la reine-mère un brevet de gentilhomme servant pour son courage et sa fidélité au siège de La Rochelle et « aux fortisfications du chasteau de Saumur et démolissement d'iceluy » ( A.D.M.L., E 3962, 4 septembre 1651 ).

 Il n'y a décidément aucune continuité dans la politique royale au sujet des remparts de Saumur. Le souverain fait démolir une enceinte dont il avait ordonné la construction en 1614-1615, et il affirme que c'est afin d'alléger les charges des habitants. En sens contraire, nous verrons bientôt ce même pouvoir édifier de nouveaux bastions autour du château.

Quant à l'artillerie entreposée dans l'enceinte de Saumur, elle prend elle aussi la direction de Saint-Jean d'Angély. Le 22 mai 1621, les habitants de Montreuil-Bellay voient passer 12 pièces de canon venant de Saumur, gardées par cent suisses et par des officiers de l'artillerie, et tirées chacune par 21 chevaux ( Livre de raison d'Anthoine Falligan ).
   

5) Les intrigues de la reine mère

 A la suite d'une de ses réconciliations avec son fils, Marie de Médicis a repris possession de son duché d'Anjou, auquel le gouvernement de Saumur est à nouveau réuni. Selon son habitude, elle passe son temps à monter des intrigues complexes. En juillet 1626, Gaston d'Orléans, son fils préféré, vient à Saumur pour rencontrer les chefs d'une conspiration ourdie contre Richelieu ; le chef en est le marquis de Chalais, lui-même aiguillonné par la duchesse de Chevreuse. Le cardinal est aussitôt informé, car il a un homme de confiance dans la place : Mathieu de la Lande, prévôt des maréchaux de Saumur, qui reçoit les confidences du cocher de Chalais. Ce qui vaudra au marquis d'être décapité à Nantes ( Mémoires du Cardinal de Richelieu, Société de l'Histoire de France, t. 6, p. 115 et 191 ).

 La reine mère, à la cervelle légère, ne sait vraiment pas s'entourer. En sa qualité de duchesse d'Anjou, elle a le pouvoir de nommer le nouveau gouverneur de Saumur et du Pays saumurois. Elle songe un temps au marquis de Souvré, le lieutenant général des Galères, mais elle finit par choisir le 2 mai 1626 le commandant de ses gardes du corps, le marquis Urbain de Maillé-Brézé. Or, celui-ci est le beau-frère du cardinal de Richelieu ; d'une fidélité éprouvée à l'égard de ce dernier, il la surveille tout autant qu'il la protège. Cette date marque un tournant, car aussitôt de grands travaux sont lancés pour renforcer la citadelle, comme nous le verrons au dossier suivant.