Le château sous Maillé-Brézé ( 1626-1650 )

 A partir deu 2 mai 1626, le nouveau gouverneur Urbain de Maillé-Brézé reçoit de son beau-frère Richelieu des ordres et des financements lui permettant de lancer de nouveaux travaux au château. Les papiers du maréchal ont en partie disparu, les fragments survivants sont dispersés et pas toujours explicites, mais, complétés par des comparaisons de plans, ils permettent une reconstitution des travaux dans leur globalité.

1) Les logis

 Les logements, déjà occupés par l'abondante maisonnée de Duplessis-Mornay et offrant 26 chambres habitables, sont sûrement entretenus, puisque Nicole du Plessis, l'épouse du maréchal, y est installée. Rien ne nous est parvenu sur de nouveaux travaux éventuels.

2) La chapelle

 L'ancienne église du château avait été fermée au culte dès 1574 et le libre accès dans la basse cour totalement interdit à partir de 1585. Ce lieu de culte n'est pas transformé en temple par Duplessis-Mornay, comme certains le prévoyaient, mais en entrepôt. Elle est reconnaissable sur le dessin ci-dessous provenant d'une vue cavalière retrouvée à Guéret ; la figuration des bastions du " château neuf " y est parfaite. Pourquoi pas celle de l'ancienne église avec son clocher dominant le porche ? Il est sûr que le maréchal de Brézé a rétabli la chapelle du château. L'examen des vestiges permet de constater que le mur septentrional, du côté de la ville, est très ancien, présentant des traces d'incendie et de rapiéçages multiples, alors que la façade donnant sur la cour est une réalisation du XVIIe siècle.

Plan des archives de Guéret   Mur septentrional de l'ancienne chapelle du château  Mur méridional de l'ancienne chapelle

 L'ancienne église

 Mur nord

 Mur méridional de l'ancienne chapelle

 

La chapelle du château sur le plan de Normand de 1812La chapelle de Maillé-Brézé reconvertie en salle d'expositions La chapelle a donc été rétablie dans une partie de l'ancienne église abbatiale de Saint-Florent du Château, mais dans sa partie centrale seulement. D'après le plan de gauche, dressé par l'ingénieur Normand en 1812, elle comportait trois nefs et quatre travées. L'épaisseur régulière des murs ne semble pas correspondre à un réaménagement de bâtiments anciens, mais cette impression est contredite par la fantaisie des ouvertures. Devenue une geôle où les marins anglais prisonniers accrochaient leurs hamacs, puis un restaurant, l'ancienne chapelle est transformée en salle d'expositions en 2006.

 Les registres paroissiaux de Varrains, dont elle constituait une dépendance, restent muets sur la date de sa consécration. Un seul fait est attesté : sa mise au culte est antérieure à 1643, année où le nouveau curé André Drouet se déclare « rector ecclesiae paroechialis divi Florentii de castello Salmuriensi et divi Docellini de Varains » ( A.D.M.L., 249 G 1 ).

3) Le renforcement des fortifications

 Les travaux réalisés sous Duplessis-Mornay s'arrêtaient au bastion nord ( qui s'est écroulé ) et de l'autre côté à l'éperon S.O. qui domine l'avenue du Docteur-Peton. Ce " château neuf " assurait le contrôle de la traversée de la ville et des ponts. Les flancs orientaux et méridionaux de la citadelle restaient mal défendus, protégés seulement par le vieux mur du Boile, par des fossés élargis, par une demi-lune précédant la porte des Champs et par des terrassements restés inachevés.

 Nous avons évoqué ailleurs l'attachement de Richelieu et du maréchal de Brézé à la forteresse de Saumur et leur volonté de la renforcer. De fait, des bastions reprenant les modèles de Duplessis-Mornay, mais sans orillons, ont été ajoutés en avant du mur du Boile et à la base des flancs dégarnis du château. Les voici reportés sur la partie orientale du plan dressé par Poictevin en 1692 et orienté vers l'est.

Plan par Poictevin, 1692

 - Quelques documents écrits, trop peu explicites, permettent d'évoquer les principales étapes de ce chantier. Aux A.D.M.L., en E 4 385, se trouvent un long inventaire de travaux dressé le 23 mai 1634 par Jean Leblanc, trésorier général de France établi à Tours, ainsi que des extraits de lettres recopiées en 1851 par l'abbé Briffault. Dans le chartrier de Milly ( A.D.M.L., 44 J ) apparaissent quelques bordereaux de paiements adressés au maréchal de Maillé-Brézé. Des lettres reçues par ce dernier détaillent les difficultés des remboursements ( A.D.M.L., 198 J 132 ).
 En dernier lieu, Jacques Rouziou me communique aimablement un contrat du 23 août 1626 ( Arch. dép. de Loire-Atlantique, 4 E2/457 ) passé à Nantes entre Antoine Ruzé d'Effiat, un homme proche de Richelieu, alors surintendant des Finances, et René Siette, contrôleur général des fortifications, géographe ordinaire du roi, auteur d'un plan de Tours, qui avait un frère était receveur des tailles dans l'élection de Montreuil-Bellay : au château, du côté des champs, il sera élevé une fortification de 9 pieds par le bas ( 2,92 m ), de 3 pieds par le haut ( 0,97 m ), sur 8 toises de hauteur ( 15,60 m ). Au dessus, sera ajouté un parapet de 6 pieds de haut ( 1,95 m ) et de l'épaisseur de la pierre de taille. L'espace entre la vieille muraille et la neuve sera rempli de terre jusqu'à la hauteur de 8 toises. A l'évidence, ce contrat organise la construction de la nouvelle tenaille, doublant l'enceinte médiévale et encadrant la porte des Champs, telle qu'on la voit en orangé sur le plan ci-dessus. Mais les deux bastions qui encadrent cette tenaille ne sont pas clairement évoqués et pourraient appartenir à un plan postérieur.
 Cette partie de la citadelle étant peu défendue, les travaux sont présentés comme urgents : ils commenceront le 10 septembre 1626 et seront achevés pour Noël 1627. Dans l'immédiat, René Siette reçoit 12 000 livres tournois, ce qui ne peut être qu'un acompte. Ces travaux ont-ils été terminés à la date prévue ? Certainement pas. En 1634 encore, l'ensemble de la défense sur le flanc sud est présenté comme inachevé.

- Les travaux ont été ordonnés, payés et surveillés de près par le cardinal de Richelieu, qui donne des instructions personnelles pour renforcer la défense de la citadelle. Jacques Bontemps, receveur des consignations à la sénéchaussée de Saumur et intendant du maréchal, établit la note suivante en 1634 : « Ce qui a esté adjousté au plan de ladicte fortification par l'advis de monseigneur le Cardinal, à faire du costé de Fenet en la longueur de 26 thoises de fondation, de trois thoises d'espoisseur, sur 9 thoises de haulteur, revient à 600 thoises cubes ou environ, qui valent 23 £ la thoise... 13 800 £. ». D'après les dimensions indiquées, il s'agit de la terrasse ajoutée en avant de l'aile N.E. du château. Cette terrasse est représentée comme achevée sur la gravure de Mérian ( à gauche ) s'inspirant d'un dessin de Lincler des années 1635-1640. En 1646, Schellinks ( à droite ) en donne une figuration légèrement différente. Des créneaux ont-ils ajoutés sur ces bastions ?

 Panorama de la ville de Saumur, gravure par Mérian  W. Schellinks, représentation de Fenet

- De ce côté-là au moins, les travaux n'ont pas traîné. René Siette disparaît des comptes ; il a en effet été emprisonné pour dettes ; c'est Bontemps qui apparaît à plusieurs reprises comme organisateur des travaux dans les années 1630.

Bastion nord-est du château, carte postale éditée par F. Voelcker- Le bastion aux vastes proportions qui surplombe la Montée du Petit-Genève apparaît déjà sur la gravure de Mérian. D'après les comptabilités, il était en cours d'achèvement en 1634. Cette réalisation soignée a fière allure sur la photo ci-contre prise par Voelcker avant 1900, mais des traces de plusieurs restaurations antérieures apparaissent. Plus récemment, d'importants travaux sont exécutés en 1911, en 1933, puis en 1963-1964 ( A.M.S., R 18 ).

- La tenaille encadrant le pont-levis de la porte des Champs a donc été commencée en 1626, mais a été réalisée par étapes et à l'économie ; sa ligne droite de 80 mètres, même si elle répond aux préconisations d'Antoine de Ville, est peu dissuasive. Il n'est pas besoin d'être expert en fortification bastionnée pour voir qu'un redan supplémentaire, s'avançant près de la demi-lune, aurait constitué un flanquement efficace.

L. Doomer, La forteresse de Saumur, 1646- Sur le flanc sud, le « bastion du costé de Nantillé » est constamment présenté comme inachevé. En 1634, il faut lui ajouter 13 assises de pierre pour atteindre la hauteur de l'ancienne muraille. En 1641, 22 000 livres sont assignées aux " réparations " du château, mais le quart de cette somme est aussitôt retranché. Il est sûr que ce bastion n'a jamais été achevé ; des pierres en attente le prouvent. En 1646, Lambert Doomer représente l'éperon sud-ouest du bastion, du côté de l'avenue Peton : c'est le vieux mur du Boile qui apparaît et qui est en piteux état, étant en outre flanqué sur sa gauche par une étrange échauguette en bois.
 Cet ensemble inachevé et fragile a été maintes fois restauré, et en tout dernier lieu en 1968 ( sur des reliquats de crédits concernant les dommages de guerre ! - A.M.S. R 18 ).

- Des paiements pour travaux s'échelonnent jusqu'à 1646 ; leur totalisation aboutit à un montant de 61 828 £, mais il n'est pas sûr que tous les bordereaux aient été conservés, car pour ses propres réalisations, Duplessis-Mornay avait dépensé une somme double.

4) Un magasin à poudre

 Dans une tour du mur du Boile, située vers le milieu du bastion inachevé, a été aménagé un magasin à poudre, situé à l'écart des zones habitées. Je suppose que cet aménagement remonte à la première moitié du XVIIe siècle, car, passé 1650, les fonctions militaires du château déclinent.
 Cette poudrière haut perchée est pulvérisée par une explosion en 1797.

5) Une forteresse désormais capable de soutenir un siège

 Quand le maréchal de Brézé s'engage en faveur de la Fronde en 1650, le lieutenant de Roi, Nicolas de Gaureaux, sieur du Mont, s'enferme dans la citadelle avec une centaine de soldats et quelques amis. Même si des travaux sont inachevés, la place ne présente plus guère de points faibles et elle résiste durant une semaine à des assaillants vingt fois plus nombreux. Il est vrai que, de part et d'autre, l'artillerie n'est guère fournie et que la volonté d'en découdre est limitée. Le château, alors à l'apogée de ses capacités défensives, doit avoir peu souffert des combats.

    Tel est le maximum de renseignements qu'il est possible de tirer d'une documentation très lacunaire.

 

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