Les combats de la Fronde à Saumur   

  

1) Les débuts de la Fronde

 

 Janvier 1649. Paris est en pleine révolte, une révolte menée par les parlementaires et soutenue par quelques grands seigneurs. A Saumur, le sénéchal et le corps de ville, appuyés par les habitants des deux confessions, condamnent sans nuance ces mouvements. Ils mobilisent aussitôt la milice bourgeoise.
 Le jeune hollandais Joan Huydecooper séjourne alors dans la ville : il raconte les événements à son père, en s'efforçant de rédiger en français, un français qui est encore approximatif. Le 20 janvier 1649, il écrit :

 « Nos habitants sont en armes, aient fait la garde aujourd'hui pour la première fois, aient peur, voient que toute la noblesse à l'entour d'icy ce lève, tellement qu'on dresse les canons pertout, ne parlant que d'une guerre civile ».
Paul DIBON, Le Voyage en France des étudiants néerlandais au XVIIe siècle, [1963], p. 27.

 Les risques de combats locaux sont encore limités. Le maréchal de Maillé-Brézé, bien qu'affaibli depuis la mort de Richelieu, tient la région d'une main de fer ; il s'est montré violemment hostile à la Fronde parlementaire et réprime durement la révolte d'Angers.
 Les partisans des deux camps s'arment et s'épient, mais l'Etat central s'est écroulé. Notre étudiant hollandais constate, le 24 avril 1649, que la population en profite pour ne plus payer la gabelle. Des barques sont allées s'approvisionner directement à Nantes ; le sel est revendu en ville pour 30 sous le boisseau, alors que le grenier en exigeait précédemment 10 livres.
   

2) Maillé-Brézé à la tête de la révolte

G.-M. du HOUSSOY, « La reddition du château de Saumur et la Fronde », S.L.S.A.S., janv. 1948, p. 24-30.

 Quand le prince de Condé est arrêté le 18 janvier 1650, Maillé-Brézé, son beau-père, se lance dans la révolte et mobilise ses subordonnés. Il décède cependant peu après, le 13 février.Douves sèches du château de Brézé, installation de casernements
 Son fidèle adjoint, Nicolas de Gaureaux, sieur du Mont, capitaine des gardes du gouverneur, lieutenant de Roi, commandant de la Ville et du Château, prolonge la rébellion. Il s'est enfermé dans la citadelle avec la garnison ; il y est rejoint par quelques nobles de la région, solidaires d'une révolte contre la centralisation monarchique.
 Par mesure de sécurité complémentaire, du Mont a installé au fond des profondes douves sèches du château de Brézé ( à droite ) un détachement qui dispose d'une boulangerie et de stocks.

   

3) L'offensive de Comminges

La famille signe " Comenge ", qui constituerait une orthographe plus correcte.
La réduction du chasteau de Saumur au service du Roy ; avec les articles de sa capitulation [ récit officiel ], Paris, 26 avril 1650, Bibliothèque de l'Université Catholique de l'Ouest, n° 600 812

 Mazarin prononce aussitôt la déchéance des rebelles et nomme un nouveau gouverneur de Saumur. Il choisit encore un capitaine des gardes du corps de la reine-mère, François de Comminges, comte de Guitaut. La nomination est du 3 mars 1650 et elle est double, car Comminges, âgé de 71 ans, y a associé son neveu et héritier, Gaston, qui doit se charger de conquérir son gouvernement. Mazarin met à sa disposition le régiment d'Harcourt ( 500 fantassins ), le régiment de Picardie ( 900 fantassins ) et une partie de sa cavalerie personnelle. En outre, les habitants de Loudun envoient 250 hommes.

 Dans un premier temps, Gaston de Comminges est accouru, ventre à terre, avec quarante hommes seulement. Ce sont les Saumurois qui lui fournissent ses premières troupes. La milice bourgeoise tient toujours les anciens remparts et, dans un premier temps, elle bloque par des barricades les voies qui donnent accès au château. Le quartier général est installé dans l'hôtel de Ville.
   

4) Une semaine de siège

A. DEBIDOUR, La Fronde angevine, tableau de la vie municipale au XVIIe siècle, 1877.
 
 
 
 
 
 
Récit de Jean Hérault de Gourville, dans Michaud et Poujoulat, 3 / 5, 1838, p. 495.
Compléments dans Collection des Mémoires de Petitot et Monmerqué, par Madame de Motteville (t. 39, p. 27) et par le marquis de Montglat (t. 50, p. 224)

 Assaillants et défenseurs échangent des coups de canon entre l'hôtel de Ville et les bastions du château. Les tirs n'étant pas toujours bien ajustés ou manquant de puissance, des boulets tombent sur le collège catholique et sur le couvent de la Hôtel de Ville, traces de projectiles remontant aux combats de la FrondeFidélité, situés sur la trajectoire entre les deux camps.
 La façade orientale de l'hôtel de Ville donnant sur la rue Bonnemère a longtemps conservé des stigmates de cet échange de coups de feu ( des traces de plomb permettent de dater ces projectiles ). Une récente restauration les a fait disparaître.

  Après une semaine de combats à distance et d'escarmouches, les assaillants comptent une dizaine de morts et les assiégés une trentaine, ce qui représente déjà un fort pourcentage de leur effectif. Cependant, les renforts arrivent en masse dans le camp des royaux.
 Les combats menacent alors de prendre une tout autre dimension, car un chef ligueur, le duc de La Rochefoucauld, sous prétexte d'escorter la dépouille mortelle de son père, parcourt la région avec deux mille hommes et il annonce qu'il va marcher sur Saumur, afin de dégager Du Mont. Aussitôt, Gaston de Comminges, redoutant d'être pris entre deux feux, se dispose à lancer ses forces à l'assaut de la citadelle.
 Deux nouvelles l'arrêtent alors : la troupe rebelle enfermée dans le château de Brézé vient de se rendre ; La Rochefoucauld a finalement fait demi-tour. En face, comprenant que l'assaut serait victorieux et qu'il serait pendu, du Mont accepte de négocier une reddition honorable.
   

5) Une reddition achetée

 Comminges lui propose une somme de 10 000 livres pour compenser la perte de sa charge, ainsi qu'une sortie glorieuse : « le dit sieur du Mont, officiers, amis et garnison, sortiront du dit château avec armes, tambour battant, mèche allumée, bagages et chevaux... [ ils ] ne pourront être arrêtés ni poursuivis en justice » ( Barthélemy Roger, dans R.A., 1852 (1), p. 513 ). François de Cerizay, prévôt des Maréchaux à Saumur, dirige la négociation, et la capitulation est signée le 18 avril ( Lettre de Comminges à Mazarin le 20 avril 1650, arch. du Ministère des Affaires Etrangères, n° 1482, fol. 7, citée par Cl. Giraud-Labalte, Saumur fortifié, p. 28 ).
 La petite garnison se retire à Milly, dans le château de feu le maréchal de Maillé-Brézé, où elle est licenciée. Du Mont reste sur les terres qu'il a acquises dans le Saumurois.
 Le combat rituel est terminé.
 Le sénéchal de Saumur dresse l'inventaire de l'armement resté au château ; il y trouve deux canons d'un calibre de 36 livres, dont l'un est "crevé", 26 petites pièces et 6 fauconneaux.
   

6) Angers la frondeuse, Saumur la fidèle

 Les notables d'Angers, jaloux de leur autonomie locale, écrasés par les taxes nouvelles et excédés par le stationnement de troupes insolentes, se sont ralliés à toutes les Frondes successives. La ville est durement châtiée, les troupes s'y révèlent « plus féroces que des Turcs », les franchises communales sont supprimées.
 Comment expliquer l'attitude diamétralement opposée de Saumur ? Le maréchal de Maillé-Brézé avait protégé sa ville favorite contre l'âpreté du fisc et le sénéchal Julien Avril, fidèle au camp royal, est un personnage très influent. En outre, le petit nombre de magistrats - de rang subalterne et rarement nobles - n'y forme pas encore un groupe étoffé et privilégié qui puisse se sentir solidaire du Parlement de Paris. Mis à part Maillé-Brézé et Condé, la haute noblesse est absente de la région. Enfin, les autorités religieuses, l'évêque d'Angers, les Oratoriens, les théologiens protestants, ont toutes condamné sans réserve la révolte...
 Nos Saumurois sont-ils tellement inconditionnels ? Dès mars 1651, ils se mettent à contester, lorsque Comminges rétablit la gabelle...( Charles TILLY, La France conteste, de 1600 à nos jours, Fayard, 1986, p. 139-140 ).