Armes de Saumur simplifiées et gravées sur bois par Degouy (1784)

 

Chapitre 14 : 

 Crises et déclin ( 1685-1736 )

   

1) L'interdiction de la R.P.R. à Saumur

 

Dossier 1 : Les motifs de l'interdiction

Dossier 2 : La destination des biens

Médaille commémorant la Révocation de l'Edit de Nantes

Médaille de 1685, célébrant l'extinction de l'hérésie

 Au terme d'une procédure en cours depuis le 24 mars 1670, deux arrêts du Conseil d'Etat, tenu en présence du roi, interdisent tout exercice public de la religion réformée à Saumur : le 8 janvier 1685, l'Académie est fermée, les ministres, professeurs et régents se voient interdire tout enseignement, « soit publiquement ou en allant dans des maisons particulières », à peine de 3 000 livres d'amende ; le 15 janvier suivant, Louis XIV promulgue la décision ci-dessus et ajoute que le temple sera rasé jusqu'à ses fondations ê (1). Cette destruction est opérée sitôt après la réception des décrets, probablement au début de février ( dossiers 1 et 2 ).

 Petit rappel de chronologie : l'Edit de Fontainebleau, révoquant l'Edit de Nantes, n'est pris qu'au mois d'octobre 1685, le 17, plutôt que le 18. L'église réformée de Saumur est donc interdite neuf mois auparavant, cela au nom de considérations juridiques locales et au terme d'une lourde procédure qui a duré 15 ans. Les apparences de la justice du roi sont donc sauves. Il donne même un paravent de générosité à sa décision : les biens du consistoire et de l'Académie ne sont pas saisis par le pouvoir, ils sont donnés à l'Hôtel-Dieu, après de minutieux inventaires.

 Dans la réalité, Louis XIV démantèle une à une les places fortes protestantes avant de prononcer une interdiction générale. Auparavant, il a fermé les académies de Montauban et de Sedan.

 Pour les protestants saumurois s'ouvre une courte période assez paradoxale. Le temple est détruit, les enseignants chassés, mais leur religion n'est pas formellement proscrite. Jusqu'en avril, ils peuvent se rendre au prêche de Sorges, et ensuite, au temple de Baugé, le dernier ouvert en Anjou & (2).

2) Gêne dans quelques milieux catholiques

Dossier 3 : Attitude des milieux catholiques

 Les campagnes de propagande royale, la mission du Père Honoré de Cannes ont réchauffé le militantisme catholique. Cependant, parler d'une explosion générale de joie serait très exagéré. Certains milieux dirigeants saumurois ne dissimulent guère une réelle gêne devant cette mesure frappant des gens qu'ils côtoient journellement et devant ses conséquences prévisibles & (3).
   

3) La surveillance policière

 

Dossier 4 : Un climat totalitaire

 L'intendant de Tours, Louis de Béchameil, marquis de Nointel, se doit de faire du zèle. Il dispose de deux relais sur place : le sénéchal, Henri 1er Mocet du Buisson, qui semble un personnage plutôt effacé, et Joseph Foullon, lieutenant général criminel et premier échevin de 1683 à 1686, revendiquant en même temps le titre de maire perpétuel. Plusieurs rapports révèlent la minutie de la surveillance policière ( dossier 4 ) ; les faits et gestes de chacun, et surtout l'attitude religieuse des anciens réformés, sont scrutés avec soin & (4). Pour les années 1685-1686, les documents révèlent une soumission apparente des protestants saumurois, accompagnée d'une résistance passive aux cérémonies catholiques : « Il est vray que les néophites se dispensent autant qu'ils peuvent d'assister au St-Sacriffice de la Messe, mais lors qu'ils sont présents, ils n'y font point d'actions indiscrettes, ni qui marquent du mépris » ê (5).
   

4) Une forme de dragonnade

 Dans certaines provinces, les intendants installent des soldats à demeure dans les maisons protestantes, en les encourageant à un comportement odieux. La généralité de Tours est censée n'avoir pas recouru aux dragonnades ; l'intendant en brandit tout au moins la menace.
 L'imposant régiment d'Alsace vient prendre ses quartiers d'hiver en Anjou ; à partir du 24 novembre 1685, son troisième bataillon, fort de huit compagnies et de 715 hommes, s'installe à Saumur. Les officiers logent dans les auberges, mais des familles catholiques non exemptées hébergent en général un soldat. Toutefois, une liste particulière a été dressée : 43 familles de " nouveaux convertis ", plutôt aisées, se voient affecter un total de 122 soldats et sergents, soit une moyenne de trois par maison ê (6). Un pareil surnombre imposé pour tout l'hiver constitue pour le moins une brimade et un avertissement, même si aucun écho ne nous est parvenu sur l'attitude de ces militaires.
    

5) Quelques cas de répression violente

 Au bout d'une dizaine d'années de surveillance policière et de répression par l'impôt, la communauté protestante de Saumur est disloquée. Les pasteurs et les enseignants ont été expulsés ; les croyants les plus militants se sont enfuis ; les notables restés sur place sont ruinés, s'ils ne font pas d'abjuration solennelle. Seulement quelques " opiniâtres ", d'origine modeste et surtout des femmes, refusent d'assister aux cérémonies catholiques. Quelques cas de répression spectaculaire tentent de briser ces dernières résistances publiques.

 Trois galériens protestants originaires de l'Anjou sont répertoriés, mais aucun n'habitait Saumur. Un Saumurois a, cependant, été condamné aux galères : Jérémie Camin, blanchisseur dans le faubourg des Ponts, qui avait déjà résisté au prieur d'Offard en refusant de tirer la quintaine des nouveaux mariés, avait été enfermé au château en 1685 pour avoir hébergé pendant deux mois un pasteur clandestin ( sans doute son beau-frère ). Il s'était soumis en apparence. Mais, alors qu'il est tombé gravement malade, il refuse les derniers sacrements de l'Eglise romaine. Il survit cependant. Son cas est prévu par une décision du Conseil d'avril 1686 : le 22 mai 1687, le juge-prévôt de Saumur le condamne comme relaps à faire amende honorable, à perdre tous ses biens et à « servir pendant sa vie le Roy dans ses gallères » ê (7). Camin n'a pas atteint le bagne ( en effet, il ne figure sur aucune liste de galériens ) ; je suppose qu'il est mort en prison ou sur la route.

 A cette époque, le château perd ses fonctions de forteresse pour devenir une vaste prison aux détenus hétérogènes. Un convoi de 33 prisonniers maures venus d'Angers y est enfermé vers 1680. Des protestants les rejoignent, détenus selon le bon plaisir du roi et de son intendant, qui ne prennent pas la peine d'établir toujours une lettre de cachet en bonne et due forme. Au total, 37 protestants opiniâtres sont internés pour fait de religion entre 1687 et 1728 & (8). Ils sont mélangés avec d'autres détenus dont le comportement déviant a déplu au pouvoir, notamment des prêtres jansénistes ´ (9). Ancien réformé, l'homme de lettres Daniel de Larroque est surtout enfermé pour son insolence politique x (10). La demoiselle de Chalendos, « mauvaise catholique », devient folle et en 1702, elle est transférée chez un chirurgien de Saumur.
 Jacob de l'Estang de Ry, le commandant du château, ne manifeste aucun enthousiasme pour ces fonctions de geôlier. Le secrétaire de la Maison du Roi lui intime l'ordre d'être plus strict, d'isoler les prisonniers, en sorte qu'ils ne puissent ni converser ni manger ensemble, et de veiller à ce qu'ils ne disposent que de livres autorisés par les autorités ecclésiastiques. Un aumônier du Roi au château apparaît vers cette époque ê (11). En 1722, selon Pierre Gaillard, il est même épaulé par huit chapelains. Parmi les Saumuroises qu'ils sont chargés d'endoctriner apparaissent notamment Madame de la Chouannière, une fille de François Bernard de Haumont, épouse d'un lieutenant sur les vaisseaux du roi, ainsi que Marie Pineau, la veuve de Jérémie Camin, qu'un rapport de police présente comme une prosélyte exaltée et qui résiste jusqu'en 1705, année où le pouvoir décide de l'expulser du royaume. Elle disparaît alors.
   

6) Les fidélités souterraines

 Passé 1705, toute résistance publique cesse. Les " nouveaux convertis " acceptent désormais les pratiques catholiques. Dans quelques cas, ce n'est qu'une attitude de façade. Ainsi, la marchande Susanne Aveline, veuve de Pierre Crozé, ne se résout à une abjuration solennelle qu'en 1730 ; le dernier membre de l'ancienne église réformée de Saumur est Pierre Boinet, un marchand poêlier qui avait célébré un mariage catholique dans l'église Saint-Pierre en 1705 ; à son décès, en 1771, à l'âge de 91 ans, il se déclare fidèle à la Réforme. Sa fille obtient l'autorisation de l'enterrer dans une de ses caves ê (12).
   

7) Expulsions et départs tolérés

 Retour en 1685... L'année est marquée, non par des fuites, mais par des expulsions ou des départs tolérés.
 Bien que l'arrêt de janvier 1685 ne le précise pas explicitement, les ministres et les enseignants de l'Académie sont contraints de quitter Saumur : toute forme d'enseignement dans la ville, même privée, même involontaire, leur coûterait 3 000 livres d'amende. Dans leur grande majorité, ils prennent le chemin de la Hollande, où ils retrouvent un emploi. Deux ministres, dix enseignants en activité et trois anciens régents quittent ainsi la ville avec leur famille. Un juif converti nommé Alpron enseignait l'hébreu à l'Académie ; je perds alors sa trace.
 Les imprimeurs et libraires protestants, considérés comme des auxiliaires de l'Académie, sont indésirables et autorisés à partir. Henri Desbordes, avec son frère orfèvre, s'est installé à Amsterdam dès 1682. Une partie des familles Ribotteau, Péan et Vaillant part s'installer à Londres.
 Le statut des familles hollandaises est imprécis. Les autorités cherchent d'abord à les retenir, même de force, car elles jouent un rôle économique considérable. Finalement, elles peuvent rejoindre leur pays, à condition d'abandonner leurs biens, qui leur seront restitués s'ils se déclarent bons catholiques. Ces familles se divisent, car des filles sont parfois mariées avec des Saumurois de souche. Mais les noms de Doosthorn van Sonnevelt, van Rossinn, Tinnbach, van Velthuysen disparaissent de Saumur. Le seul nom à consonance néerlandaise qui survit à Saumur est celui d'André van Voorn, mais cette famille est depuis longtemps catholique.

 En raison de fréquentes imprécisions sur le nombre d'enfants de chaque famille, il est impossible d'avancer un bilan chiffré incontestable, mais cette première vague de départs peut être estimée à une centaine de personnes.
     

8) Les fuites vers le " refuge "

 

 

 

 

 

 

 

  Dossier 5 : Les départs de Saumur

 A l'inverse des cadres sociaux, les simples sujets se voient interdire de quitter le royaume. Le jus emigrandi, qui semblait un droit naturel est bafoué par Louis XIV, ce qui scandalise les états réformés et explique leur assistance active. Cependant, la surveillance étroite mise en place en 1685 limite les fuites pour cette année là.
 Pour apprécier le phénomène dans son ampleur exacte, il faut cadrer sur les années 1680-1700. Dès 1681, plusieurs saumurois partent pour cause de religion. Par la suite, beaucoup de familles, en particulier les notables, habitués à être bien traités, choisissent de rester sur place, espérant continuer un culte familial discret, sans temple et sans pasteur. Louis XIV avait promis une relative tolérance dans l'article 12 de l'Edit de Fontainebleau, qui autorisait les anciens tenants de la R.P.R. à ne pratiquer aucune religion publique, « en attendant qu'il plaise à Dieu de les éclairer comme les autres ».
 En réalité, le roi exige aussitôt des actes d'adhésion publique, ce qui provoque une forte vague de départs en 1686-1689 ( 36 % des cas relevés par Françoise Chevalier & (13) ).
 Après 1690, les émigrations restent nombreuses ; les partants avaient fait leur soumission à la religion catholique. Aussi, à leur arrivée au refuge, par exemple à Jersey, ils font un nouvel acte d'abjuration, mais de la confession romaine cette fois.
 Dans le dossier 5 ci-contre, je me suis efforcé de dresser les principaux lieux d'accueil et d'évaluer le nombre des départs, en pourcentage et en nombres absolus. En résumé, je conclus qu'environ 38 % de la communauté protestante de Saumur a trouvé refuge à l'étranger, soit 250 personnes. D'autres quittent la ville pour s'installer à Angers et surtout dans le Poitou. Finalement, c'est tout près de la moitié des réformés qui part de la ville. Cette proportion est exceptionnellement élevée. Jacques Maillard, L'Ancien Régime et la Révolution en Anjou, Picard, 2011, p. 97, estime à 10 % au maximum le pourcentage des départs pour les églises d'Angers et de Baugé. A Saumur, les nombres sont nettement plus forts, et la ville est durement touchée.
   

9) Des années de misère

 

Voir le dossier sur les armoiries de la ville

 

 

 

Dossier 6 : Chronique des malheurs du temps

 Durant les dernières décennies du règne de Louis XIV et sous la Régence, les catastrophes s'accumulent. Les combats longs et meurtriers du " roi de guerre " entraînent une aggravation des charges de la milice et un alourdissement de la pression fiscale.
 Les nouveaux impôts prennent parfois un aspect inattendu. Un édit de 1696 ordonne l'enregistrement ( payant ) des armoiries. L'opération connaît un plein succès. Des communautés pauvres se voient même obligées de blasonner. A cette occasion, la ville fait enregistrer ses armes le 24 juillet 1699.
 Le " grand hyver " de 1708-1709 détruit de nombreux arbres fruitiers et des vignes. Par ses gelées exceptionnelles, il a durablement frappé les esprits. Cependant, il est loin de constituer la pire des catastrophes climatiques de l'époque ; c'est la pluviosité continuelle, les étés pourris et les crues qui ont causé les plus gros dégâts. Le déversement des eaux de la Loire se modifie, les bras septentrionaux sont moins alimentés et s'ensablent ; au sud, ce qui devient " le bras principal " reçoit des flots impétueux, qui emportent les ponts de bois et qui déplacent les îles.
 Inondations, écroulement du coteau, épidémies ( dossier 6 ), il y a peu d'années sans catastrophe & (14).

 La ville, appauvrie, affaiblie par le départ de nombreux protestants, se dépeuple, au point que sa population tombe d'un total d'environ 9 500 habitants vers 1689 à un total inférieur à 6 500 vers 1720. A cette époque, en 1697, Miromesnil rédige son célèbre mémoire, il y affirme que Saumur « a été plus peuplée de la moitié qu'elle n'est maintenant ». Ce problème sera traité dans l'étude générale de la démographie. Disons tout de suite qu'il ne semble guère forcer la note : 6 500 / 2 = 3 250. Or, 6 500 + 3 250 = 9 750, ce qui représente une estimation à peu près recevable pour la population des années 1680.
  

10) La masse des indigents

 

 

 

 

 

 

  Dossier 7 : Pauvres secourus à Saumur en 1739

 Dans ces années terribles, surtout lorsque le prix des grains flambe, la masse des indigents atteint des pourcentages élevés, d'autant plus impressionnants que les mendiants étrangers à la ville sont impitoyablement refoulés. Autre constat inquiétant : le nombre des miséreux demeure élevé tout au long de la première moitié du XVIIIe siècle.
 Deux rôles des pauvres assistés nous sont parvenus, dressés, l'un en 1739, l'autre en 1741 ê (15). Ils aboutissent à des résultats comparables : 1 590 indigents pour le premier, 1 302 sur le second reçoivent une assistance publique. Cependant, ces statistiques sont certainement minorées : elles ne prennent en compte que les jeunes enfants dans chaque feu, si bien que les foyers assistés ne comptent en moyenne que 3,01 personnes en 1739 et 2,4 personnes deux ans plus tard. Enfin, à la suite d'Anne-Gaëlle Fromage & (16), il faut ajouter les 300 indigents qui sont alors recueillis dans les caves de la Providence. Au total, dans ces périodes difficiles, c'est environ 21 % de la population urbaine qui est dans le dénuement et 28 % des foyers ( ce nombre plus élevé s'explique par le faible nombre de personnes composant les foyers nécessiteux ). Encore ces crises sont-elles loin d'atteindre la gravité de celles des années tournantes du siècle.
 La cartographie établie dans le dossier 7, d'après Archives Municipales de Saumur, BB 6, fol. 141, appelle quelques commentaires. Que les quartiers des Ponts et de Fenet regroupent le plus grand nombre d'indigents ne constitue pas une découverte ; que la partie de la paroisse de Nantilly située intra muros et le quartier Saint-Pierre soient aisés ne surprend nullement. Je suis plus étonné par les 300 indigents du faubourg Saint-Nicolas et les 140 du quartier du Boile du Château, qui était encore peu peuplé.
   

11) L'organisation de l'assistance

 L'assistance aux miséreux est en théorie à la charge de l'Eglise, qui suffit à cette tâche dans les bonnes années. Le clergé paroissial, l'Hôtel-Dieu et les ordres religieux ont leurs pauvres attitrés, mais, répétons-le, leurs moyens financiers sont réservés aux seuls Saumurois.
 L'abbaye de Saint-Florent, au contraire, vit dans l'aisance ; principal seigneur de la ville, elle a passé une convention avec l'Hôtel-Dieu qui répartit chaque année ses aumônes, d'une ampleur considérable : 45 charges de blé et de méteil chaque hiver ( 11 474 litres ), 70 boisseaux de fèves et 1 013 pièces de viande, équivalant à 10 boeufs, qui sont distribuées le jour de la Toussaint ê (17). Ce dernier nombre est révélateur : il semble correspondre à une valeur-plancher de mille familles pauvres à Saumur ( il est également cité par un curé de Saumur ). Cependant, les moines ont beaucoup d'autres charges : les " pauvres passants ", les pèlerins, les défavorisés et les malades du village de Saint-Florent et des paroisses voisines. En cas de pénurie, l'abbaye renâcle à faire un geste supplémentaire.
 Seigneur d'une partie de la ville, l'abbesse de Fontevraud ne distribue aucune aumône structurelle ; en 1709 pourtant, elle consent à remettre un huitième de la somme que la ville lui doit pour le minage, à la condition expresse que cette faveur soit affichée, « afin que chacun, et particulièrement les pauvres, puissent estre informés du zèle et de la charité de Sa Grandeur » ê (18).

 Finalement, dans les périodes de crises, quand la masse des indigents se multiplie par deux, la municipalité supplée aux déficiences de l'Eglise et organise des secours de grande ampleur. Chaque famille aisée doit prendre en charge quelques foyers démunis de son quartier ; des listes sont dressées ; les propriétaires non résidents sont frappés d'une taxe supplémentaire du trentième de leurs revenus. Ce système d'aumônes obligatoires est mis en place au moins à cinq reprises entre 1693 et 1758.

 Dans la pratique, tout le système d'assistance et de distributions est mis en oeuvre par des dames de charité, organisées par paroisses et par quartiers et qui semblent constituer un réseau efficace.
   

12) L'action de Jeanne Delanoue

 

 

 

 

 

 

Dossier 8 : Originalité de l'action de Jeanne Delanoue

 Dans ce contexte dramatique, Jeanne Delanoue n'est au départ qu'une dame de charité se dévouant au service des pauvres du quartier de Fenet, où elle tient une mercerie et où elle tire un revenu complémentaire de l'hébergement des pèlerins. Sa famille est modeste : son père paie 5 livres, 5 sous de taille en 1666, ce qui est au-dessous de la moyenne du quartier ( A.D.M.L., 1 J 865 ). Cependant, en 1698, elle abandonne son commerce pour se consacrer entièrement aux malheureux.
 Elle développe son action au-delà de son quartier ; dans le bourg de Saint-Florent, elle secourt une famille chargée de six enfants grelottant dans une écurie. Elle n'est longtemps assistée que par sa nièce, puis trois compagnes les rejoignent. Ensemble, elles s'associent le 26 juillet 1704 dans une communauté religieuse, les Soeurs de Sainte-Anne de la Providence.
 Leur action se développe à partir de 1716, quand elles s'installent dans l'ancienne hôtellerie des Trois-Anges et qu'elles accueillent jusqu'à trois cents miséreux, enfants, impotentes, prostituées, vieillards et parfois, après hésitations, des jeunes femmes enceintes. Seuls les malades continuent à être hébergés à l'Hôtel-Dieu.

 Il n'est pas question de raconter en détail la vie de Jeanne Delanoue, qui a fait l'objet de nombreuses études, assez répétitives & (19). La source la plus solide et la plus impressionnante par son témoignage concret est constituée par le Cahier de sa compagne et continuatrice, Marie Laigle & (20). Le dossier 8 a seulement l'ambition d'approfondir quelques aspects négligés jusqu'ici.
    

13) Profondeur de la crise janséniste

 

Dossier 9 : La crise janséniste

 Le jansénisme ne nous passionne plus guère aujourd'hui ; mais, sans entrer dans les subtilités doctrinales, l'historien doit rappeler l'ampleur, la durée et la violence de cette crise dans le Saumurois.

 Les thèses de Jansénius, qui couvaient dans les communautés religieuses depuis trois quarts de siècle, sont condamnées en 1713. La crise publique commence alors par le refus de se soumettre d'un bon nombre " d'appelants ", en particulier chez les oratoriens. La répression brutale, les arrestations témoignent d'une longue crise qui empoisonne l'atmosphère religieuse pendant la première moitié du XVIIIe siècle.

 Décidément, à tous égards, la ville va mal pendant le demi-siècle qui suit 1685.