Attitude des milieux catholiques   

   

L'enthousiasme de la ville d'Angers
 Devant le Conseil de Ville d'Angers, le 23 janvier 1685, le maire annonce la fermeture de l'Académie et la destruction prochaine du temple de Saumur. Il en espère de « très heureux effects pour la conversion des héréticques ». Il ira, en compagnie des échevins, « tesmoigner à Mr d'Angers la joie que cette compagnie ressent de cet arrêt, et le remerciront des soins qu'il a pris pour l'obtenir ».
   
La joie tempérée d'Henry Arnauld 

 Ainsi félicité, l'évêque d'Angers, qui avait déclenché les procédures judiciaires, a une première réaction triomphaliste. Selon Claude-Gabriel Pocquet de Livonnières, il voulait faire chanter un Te Deum, et il en avertit le secrétaire d'Etat Châteauneuf. Il s'attira pour réponse « qu'il ne fallait pas insulter ces gens là, et que, par ménagement pour eux, on avoit fait défense de mettre cette affaire dans la Gazette ».

 L'évêque espérait des abjurations massives et immédiates, à l'exemple de Bérard de Beaujardin, le plus ancien pasteur de Saumur. Au contraire, les calvinistes locaux ne se manifestent guère. A partir d'octobre et de l'Edit de Révocation, Arnauld redoute les conversions forcées et les communions sacrilèges. Il vient à Saumur rendre une visite personnelle à chaque famille de " nouveaux convertis " ; il se serait montré attentif, souhaitant des adhésions sincères. Il était bien temps d'y réfléchir... En tout cas, il recommande à son clergé de ne pas importuner les anciens protestants. Un an plus tard, il semble sans illusions, faisant part aux nouveaux convertis de sa hantise de les voir garder « dans le secret de leurs coeurs toutes les erreurs auxquelles ils avaient renoncé extérieurement ».

 Les Oratoriens des Ardilliers, qui catéchisent les néophytes, semblent partager les positions de l'évêque. Le clergé angevin est responsable des procédures qui ont abouti à la fermeture anticipée de l'Académie et du temple, mais la persécution de la fin du siècle est le fait des autorités politiques. Encore ne sont-elles pas unanimes.
   

La gêne des autorités militaires locales 
 Le gouverneur, Louis de Comminges, n'a pas d'états d'âme, mais il vit loin de Saumur. Son adjoint direct, Jacob de l'Estang de Ry, commandant de la ville et du château, lieutenant de roi, exécute les ordres de destruction, puis d'arrestations, mais, dans ses rapports, il emploie des formules qui ne dissimulent guère sa commisération : ces « pauvres malheureux sont dans une grande soumition » ; comme le temps est fort mauvais, il souhaite que les ministres et les enseignants disposent d'un délai avant de quitter la ville. Il est désormais ramené à des fonctions policières qui lui répugnent. Plus tard, il est rappelé à l'ordre, car il se montre trop libéral envers des prisonnières opiniâtres enfermées au château.
   
Les doléances du Conseil de Ville
 A l'initiative de Joseph Foullon, premier échevin et lieutenant criminel, le Conseil de Ville se réunit le 11 mai 1685 et adresse au roi une courte supplique ( A.M.S., BB 2, fol. 134-135 ). Le texte ne manifeste aucun enthousiasme  ; il commence par avancer que les habitants de Saumur sollicitaient depuis plusieurs années la destruction de l'Académie et du temple, affirmation qu'aucun document ne vient confirmer. Il ajoute aussitôt que « la plus part de ceux de ladite Religion P.R. ayant abandonné la ville aussy bien que tous les estrangers et escolliers », il en résulte « une perte considérable aux habitants ». La ville est « presque déserte et sans négoce ». La rédaction est simpliste, car elle donne à penser que l'ensemble des protestants - habitants, étudiants et négociants - sont tous partis sur quelques mois. Dans la réalité, les étudiants étrangers ne viennent plus depuis la guerre de Hollande, alors que les marchands s'éclipsent progressivement.
 En tout cas, le Conseil de Ville envoie une délégation auprès de l'intendant de Tours, afin de solliciter une réduction des impôts.
 Le clergé catholique se retrouve également appauvri ; c'est ce qu'affirme un moine lié à Saint-Florent dans une lettre du 23 septembre 1687 : « le casuel de Saumur est fort diminué aussi bien que le commerce, par la sortie des huguenos et des estrangers, qui y apportoient de l'argent et faisoient que le monde y vivoit aisément » ( A.D.M.L., H 2467 ).
   
 Scènes violentes de la "populace"
 Si les notables sont clairvoyants sur l'avenir de la cité, certains milieux populaires, échauffés par des prédications enflammées, manifestent une joie bruyante. La destruction du temple et du cimetière attenant entraînent des scènes violentes déjà évoquées. Des gardes du château sont envoyés, afin de surveiller les lieux.