Chronique des malheurs du temps ( 1688-1720 )   

   

1688

 Début de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg.
   

1689, 1er janvier

 

 

1689 - 1704

 Crue exceptionnelle des cours d'eau. L'inondation et les fièvres qui s'ensuivent provoquent un fort " clocher de mortalité " à Saint-Lambert des Levées (voir Démographie de Saint-Lambert ).

  Deux grandes îles, situées en aval des ponts et à la hauteur de l'abbaye de Saint-Florent, sont érodées par des courants violents et migrent vers l'aval. Malgré la pose de pieux protecteurs du côté amont, l'île à l'Abbé perd le dixième de sa superficie entre 1689 et 1696 ; les atterrissements sablonneux qui s'accumulent en queue d'île appartiennent au domaine royal. Constats de géomètres, plans, procès, les anciens propriétaires de ces îles, en particulier l'abbaye de Saint-Florent, perdent le plus gros de leurs terrains, qui reviennent à la couronne ( A.D.M.L., H 2131 et 2132 ).
 En 1694, les collecteurs du roi placent dans cette catégorie le quartier des Ponts, qu'ils taxent à 22 000 livres et la prairie d'Offard, frappée de 2 400 livres de redevance. Les habitants du quartier parviennent à prouver l'ancienneté de l'occupation du faubourg, qui ne constitue pas un alluvionnement récent. Ils prétendent même qu'il s'agissait d'une longue presqu'île séparant la Loire de la Vienne. En tout cas, ils sont déchargés de leurs taxes par un arrêt du conseil du 23 juillet 1697 ( texte cité dans Bodin, p. 458-461 ).
   

1692 - 1694

 

 

 

 

 

 

1693-1701

 Après un hiver doux, il pleut pendant tout le printemps, puis l'été est froid ; aux moissons de 1692, les céréales sont cariées. La récolte de 1693 est encore mauvaise et le vin imbuvable.
 Lettre de Guillaume Bachelerie, recteur-curé de Saumur, le 6 octobre 1693 : « je me trouve chargé de trois grosses paroisses de plus de mil familles réduites à la dernière misère, qui ne m'envoient chercher dans leurs maladies que pour avoir du pain pour leurs enfants » ( A.D.M.L., H 2467 ). En décembre, la municipalité de Saumur institue un système d'aumônes obligatoires.
 En 1694, se produit une émeute de la faim : le juge-prévôt et le procureur du roi ordonnent à des gabares de passage de vendre leur blé à prix coûtant, à raison d'un demi-boisseau par bouche à nourrir ( Jean Nicolas, La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale, 1661-1789, Seuil, 2002, p. 279 ).
 Dans les trois paroisses anciennes de Saumur, 675 décès de juillet 1693 à juillet 1694, soit le double de la moyenne habituelle.

 Apparition de bêtes féroces aux portes de Saumur, sur les paroisses de Restigné, Benais, la Chapelle Blanche [ sur-Loire ], Bourgueil et Varennes. Elles « ont mangé plus de deux cents personnes ; elles étaient presque de la façon d'un loup, sinon qu'elles avaient la gueule plus grande ; elles ne faisaient rien aux bêtes, tant domestiques que sauvages ; lorsqu'elles voyaient des personnes, elles les flattaient à la manière d'un chien, puis lui sautaient à la gorge ; on croyait que c'étaient des loups-cerviers [ des lynx ] ; on n'en était pas sûr ; on en a tué deux » ( Registre paroissial de Varennes, 1693 et 1701 ).
  

1696 - 1704

 

 

1699

 A l'occasion des crues, une partie du Thouet reprend un ancien cours de la rivière et se jette aux Huraudières ( suivant en gros le tracé de l'actuelle déviation ). Le Breil devient une île, il faut jeter une passerelle sur le chemin Charnier, qui conduit au bac vers Saint-Florent ; la navigation est difficile sur le Thouet divisé en deux bras. Des turcies élevées à chaque extrémité préparent l'assèchement progressif de ce bras, appelé la " Boire aux Chevaux ".

 Au cours d'une émeute de la faim, les manifestants, impossibles à calmer, proclament qu'ils n'ont « qu'une mort à mourir » ( Jean Nicolas, La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale, 1661-1789, rééd. 2008, p. 423 ).
    

1700, vendredi 26 février 

 Un violent ouragan emporte le toit de l'hôtel de Ville et de nombreux autres édifices.
    

1702 

 La communauté des sergers drapiers doit payer deux soldats pour le service du roi ( A.M.S., HH 69 ).
  

1703, 13 juillet

 Eboulement du coteau aux Fondis ; 9 maisons détruites, dont celle de Jeanne Delanoue. Une petite fille qu'elle a recueillie est tuée.
( date établie d'après le registre A.M.S., BB 3 ).
  

1707, 12 octobre 

 Crue exceptionnelle de la Loire. La grande levée cède à la Chapelle Blanche ( aujourd'hui la Chapelle-sur-Loire ). Le Val d'Anjou est inondé.
  

1708, juillet

 

 

 

1708, octobre à 1709, mars

1709, 16 et 17 juin

La récolte précédente a été mauvaise. La période de la "soudure" est tendue. A la fin de juillet, une foule furieuse pille un entrepôt de grains, dont le contenu doit être expédié vers les Antilles. Six femmes sont arrêtées. La nommée Bottereau, accusée d'avoir excité le mouvement, est condamnée à être fustigée, marquée d'une fleur de lys au fer rouge et, enfin, bannie à perpétuité. Un mendiant boîteux, qui avait défoncé les quartauts avec ses béquilles et partagé la farine, est mis au carcan, fustigé et banni pour 9 ans.
 (Charles TILLY, La France conteste, de 1600 à nos jours, Fayard, 1986, p. 159 )

 Le " Grand Hyver ". Il neige dès le 27 octobre 1708. Gelées exceptionnelles en janvier, février et mars ; la plupart des arbres fruitiers et des vignes meurent par suite du froid. Le blé et l'orge de printemps gèlent sous la terre.
 Le prix des céréales quadruple à Saumur ; émeutes frumentaires ; une nouvelle aumône des pauvres est instituée.

 Forte crue tardive. Les foins sont noyés.

1710 - 1711

1711

 Pluies torrentielles, nouvelles crues et nouvelle inondation de la Vallée.

 Levée de nombreux miliciens, qui sont envoyés au combat, et non plus préposés à la garde des places fortes.
   

1712 - 1714

 Mauvaise récolte en 1712, pluies diluviennes en juillet-août 1713. Famine qui se prolonge jusqu'en 1714.

 En 1714, le curé de Saint-Martin de la Place signale des attaques de loups. L'évêque d'Angers, Michel Poncet de la Rivière, promet un louis d'or pour chaque tête de loup qu'on lui apporterait pendant un mois.
   

1716 

 En janvier-février, la débâcle des glaces ravage les grands ponts de bois ; deux arches sont emportées. La levée du Chardonnet est rompue et le quartier Saint-Nicolas est inondé. Un moulin-bateau est emporté ( et encore un autre l'année suivante ).
  

 1720

 Faillite de la banque de Law ; quelques spéculateurs locaux sont ruinés, particulièrement les congrégations de religieuses, qui avaient été encouragées à convertir leurs rentes en billets de banque, notamment la Fidélité, la Visitation et les ursulines.