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1) L'Augustinus ( 1640 )
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S'appuyant sur les écrits de saint Augustin,
l'évêque hollandais Jansénius affirmait que
la grâce divine était accordée à certains
êtres seulement et refusée à d'autres ;
cette position se rapprochant de la prédestination des
Réformés engendre de vifs débats à
l'intérieur de l'Eglise catholique. Curieusement, cette
doctrine est relayée par les oratoriens, précisément
chargés de lutter contre le calvinisme à Saumur.
La crise couvait depuis longtemps.
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2) Un premier incident en 1638
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Le 7 mai 1638, Pierre de Sazilly, sieur de Villeneuve,
commandant du château, tout marri et porteur d'une lettre
de cachet, vient arrêter le Père Claude Seguenot,
qui vient d'être nommé supérieur des Ardilliers,
alors que s'y tient une assemblée générale
de la congrégation.
Est-ce là le premier acte de la répression
anti-janséniste à Saumur ? Les écrits
et les relations des oratoriens sont surveillés ;
Seguenot est soupçonné d'être influencé
par Port-Royal et par l'abbé de Saint-Cyran, qui est lui
aussi arrêté quelques jours plus tard.
Toutefois, le Père Batterel, également de
sympathies jansénistes, y voit d'abord une vengeance personnelle
du cardinal de Richelieun ( Louis BATTEREL, Mémoires
domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire,
impression en 1902-1911, t. 2, p. 158-192 ). Dans son
commentaire de saint Augustin intitulé " De
la Sainte Virginité ", Claude Seguenot avait
écrit que pour la validité du sacrement de la Pénitence
la contrition était nécessaire, c'est-à-dire
le regret et la ferme volonté de s'amender. Or dans son
catéchisme du diocèse de Luçon, Richelieu,
suivant en cela les canons du Concile de Trente, avait écrit
que la simple attrition, c'est-à-dire, le regret du péché,
suffisait. Seguenot se montrait donc plus exigeant que la doctrine
officielle de l'Eglise. A cette époque où les débats
sur la contrition et l'attrition battaient son plein, cette formule
n'est pas une innocente inattention. Richelieu, qui se mêle
de tout, n'agit pas par simple vanité d'auteur, mais veut
briser cette volonté de raidissement doctrinal.
Conduit en carrosse au château, Claude Seguenot reçoit
de fréquentes visites et est bien traité, trop
bien, puisqu'il est transféré à la Bastille,
où il est tout de même claquemuré pendant
cinq ans.
Des historiens discutent toujours sur la réalité
de l'absolutisme. Tout au long du XVIIe siècle, je vois
à l'oeuvre dans Saumur son arbitraire en matière
de religion et de liberté individuelle...
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3) Le rigorisme des oratoriens
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Les oratoriens de Saumur se retrouvent en majorité
sur les positions de l'abbaye de Port-Royal et de la famille
Arnauld ; Henry Arnauld en 1668 réunit même aux
Ardilliers un synode où 51 curés de son diocèse
signent un texte d'inspiration janséniste.
Localement encore, Abel Servien, ancien secrétaire
d'Etat, se déclare proche de ces thèses. Il fait
ajouter aux Ardilliers sa chapelle funéraire et, pour
la décorer, il commande un tableau à Philippe
de Champaigne, lui aussi très proche des solitaires
de Port-Royal.
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4) Les deux visages du catholicisme post-tridentin
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Il n'est pas question de rejeter totalement le
contraste entre un calvinisme austère, aux cérémonies
sans faste, au moralisme intransigeant et un catholicisme porté
sur les constructions baroques, sur les ornements chargés
et pratiquant une aimable indulgence à l'égard
des plaisirs de la vie et des péchés qui l'accompagnent.
En même temps, un autre catholicisme est fortement
présent à Saumur et va bien au-delà de la
sévérité huguenote. Dans les couvents, en
général pauvres, des religieux portent des cilices
et s'infligent la discipline. Les étudiants en théologie
des Ardilliers sont sobrement vêtus et mènent une
vie monacale, alors que les élèves de l'Académie
protestante font souvent la foire et que même les proposants
sont frisottés et muguettent les filles. La pensée
d'Amyraut est probablement plus optimiste que celle de certains
théologiens des Ardilliers.
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5) La condamnation et les appelants
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En 1713, le pape Clément XI, par la Constitution
Unigenitus, condamne la doctrine janséniste reprise
dans les " Réflexions morales "
de l'oratorien Pasquier Quesnel. Se rangeant dans le camp des
" appelants ", ses confrères de Saumur
refusent de se soumettre et demandent la convocation d'un concile
universel qui trancherait en dernier ressort. Le nouvel évêque
d'Angers, Poncet de la Rivière, brise aussitôt leur
contestation : les oratoriens perdent le droit de prêcher
et de confesser hors de leur maison ; l'école de
théologie des Ardilliers est fermée ; la cure
de Saumur leur est retirée après la mort du titulaire
en fonction. Le pèlerinage des Ardilliers souffre évidemment
de cette répression et n'est plus guère fréquenté.
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6) Un fort courant janséniste dans le clergé
local
Madeline NICOLAS, La vie spirituelle à l'abbaye
Saint-Florent de Saumur de 1685 à 1790, mém.
de maîtrise, Angers, 2002.
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Dans l'abbaye de Saint-Florent, le jansénisme
est implanté depuis longtemps. Dom Thierry de Viaixnes,
un proche de Quesnel, y a été transféré
en 1710, après sept années d'enfermement à
Vincennes. Menant une vie exemplaire, animant une académie,
il influence les moines de Saint-Florent, au point qu'il est
réexpédié à Vincennes en 1713.
Il n'est pas surprenant de voir douze religieux se
déclarer "appelants" en 1718. Un seul s'abstient,
mais il se déclare neutre. Le procureur, dom Jean Barré,
se déclare publiquement janséniste ; la bibliothèque
du monastère possède les ouvrages de Pasquier Quesnel,
ainsi que Les Nouvelles ecclésiastiques, un périodique
clandestin qui assure la liaison entre les divers groupes désormais
persécutés ( B.M.S., M 177/5 et PER 229,
Collection partielle des Nouvelles ecclésiastiques
et du Supplément aux nouvelles ecclésiastiques ).
Plusieurs chapelains de Saint-Pierre se déclarent
sympathisants. Tout le couvent de la Fidélité est
acquis depuis l'époque de la Mère Madeleine Gautron,
qui envoyait ses religieuses en formation à Port-Royal
( Louis DELAUNAY, Un Port-Royal saumurois, les religieuses
bénédictines de la Fidélité,
Angers, 1914 ). Même si dans ce domaine la statistique
est malaisée, au début de la crise, c'est tout
près de la moitié du clergé et des religieux
de Saumur qui adhère à la doctrine condamnée.
Dans le quartier de Fenet, une médaille est frappée
à la gloire du Père Quesnel.
Dans les environs, quelques moniales de Fontevraud
sont acquises : leurs livres sont brûlés, et
elles s'évadent, quand elles apprennent leur arrestation
prochaine ( Patricia LUSSEAU, dans Fontevraud :
Histoire - archéologie, n° 2, 1993, p. 33-41
).
Parmi les curés jansénistes des environs,
on note ceux de Cunault, Brézé et Neuillé ;
ils ouvrent des petites écoles, afin de répandre
la bonne doctrine. A Vernoil, le prieur-curé, Pierre Passet,
et son secrétaire, Mabileau, fondent une communauté,
qui mène une vie fort austère et qui encadre solidement
la population du village ( J.-C. SUEUR, « Le
Jansénisme dans le Saumurois », S.L.S.A.S.,
1991, p. 3-19 ).
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7) Miracles jansénistes
Guy CARRÉ de MONTGERON, La vérité
des Miracles opérés par l'intercession de M. de
Pâris et autres appelans, 3 vol., Cologne, 1745-1747
- Bibl. Mazarine, A 19 341.
Miracle opéré sur Marie-Anne Couronneau...,
avec 48 pièces justificatives, [ 1737 ], Bibliothèque
de l'Université Catholique de l'Ouest, n° 601 404
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En 1731-1732, au cimetière Saint-Médard,
se produisent des miracles sur la tombe du diacre Pâris.
La saumuroise Marie-Anne Couronneau, « frappée
d'une paralysie sur tout le côté gauche »,
est l'une des principales bénéficiaires de ces
guérisons exceptionnelles. Dans l'ouvrage de Carré
de Montgeron, deux curieuses gravures en regard la montrent,
l'une, dans son état précédent, se traînant
sur des béquilles, l'autre, après le miracle, grimpant
allègrement un escalier.
Dans ses récits, Marie-Anne Couronneau affirme être
née à Saumur en 1663 dans une famille de riches
marchands, « malheureusement infectée du venin
de l'hérésie » protestante. Elle refuse
de s'enfuir vers l'Angleterre avec sa famille. « Elle préféra
la condition de servante dans un pays catholique à celle
de riche bourgeoise dans le sein de l'hérésie ».
Ces dires sont totalement faux ; comme tous les membres
de toutes les sectes, Marie-Anne Couronneau récite la
biographie que lui ont dictée ses chefs. Son père,
Nicolas Couronneau, est un bon catholique, qui se marie à
Saint-Nicolas en 1652 ; il n'y a pas trace du moindre Couronneau
dans la population protestante de la ville...
Revenons à Saumur même, où quelques
jansénistes locaux tirent gloire de quelques miracles.
En mars 1732, Madame Challot, habitant dans le quartier des Ponts,
a les genoux noués ; elle applique un peu de terre
provenant de la tombe du diacre Pâris et guérit
au cours de deux messes qu'elle entend dans la chapelle des Capucins
( Archives des Saumurois, n° 103 ). Le dimanche
suivant, elle peut aller à pied rendre grâces dans
la chapelle des Ardilliers. Elle est accompagnée par sa
famille et par une soixantaine de personnes. Cette évaluation
- sans doute généreuse - donnée par
le Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques
nous indique le nombre des laïques de la communauté
des jansénistes de Saumur. L'imprégnation janséniste
a donc été très forte chez les clercs et
plutôt faible chez les simples fidèles.
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8) La répression
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En présence de ces manifestations convulsives,
le pouvoir politique réagit avec une grande brutalité ;
le cardinal Fleury expédie 4 000 lettres de cachet.
A Saumur, quatre religieuses du couvent de la Fidélité
sont appréhendées en 1732 et dispersées
dans d'autres monastères ( François LEBRUN,
L'Histoire vue de l'Anjou, t. 1, p. 178-180 ) ;
cette persécution ne fait que renforcer les convictions
des autres religieuses, si bien que l'établissement est
totalement fermé par l'évêque d'Angers en
octobre 1749 et ses maisons de la rue Saint-Nicolas vendues.
Le curé de Saumur est alors Robert-Louis de Bréhan
de Plélo, un ancien lieutenant de dragons, qui combat
la dissidence avec des moyens expéditifs. En 1738, il
refuse les derniers sacrements à Marthe Lemaire, janséniste
militante, et il la fait enterrer sans cérémonie
religieuse dans le carré du cimetière de Saint-Pierre
réservé aux enfants non-baptisés et aux
noyés. Un cortège de de 4 à 500 personnes,
sans doute rameuté par le curé, suit le corps en
insultant la " Quénéliste "
et en menaçant de le jeter dans la Loire ( B.N.F,
ms., Joly de Fleury, 180, fol. 139 à 163 ).
Notre curé de choc récidive l'année
suivante. Ses successeurs sont tout aussi combatifs. En janvier
1747, des jésuites sont appelés à Saumur
pour prêcher une mission. « Ils ont trouvé
dans cette ville nombre de calvinistes, de jansénistes
et de dévotes », selon les dires du Supplément
aux Nouvelles ecclésiastiques du 25 janvier 1747.
Les incidents publics disparaissent dans la seconde
moitié du siècle. Cependant, un oratorien, Jean-Bernard
Goiverot de Blandé, décède aux Ardilliers
en 1783, en affirmant dans son testament qu'il est fidèle
aux thèses de Jansénius ( A. H., t.
18, p. 311-313 ).
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9) Héritages
Catherine MAIRE, De la cause de Dieu à la cause
de la Nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle,
Gallimard, 1998.
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Le jansénisme est-il un « calvinisme
rebouilli » ? Cette thèse est logique
dans sa thématique religieuse, mais la vérification
sur le terrain saumurois ne la confirme pas : parmi les
jansénistes locaux n'apparaît aucun nom d'une ancienne
famille protestante, mais plutôt de fougueux artisans de
la Contre-Réforme.
Que la violence et la mesquinerie des querelles qui déchirent
le milieu clérical de la ville aient fait régresser
l'esprit religieux dans Saumur est probable, mais n'est pas quantifiable.
D'autres conséquences sont plus évidentes.
Dans la seconde moitié du siècle, le courant janséniste
se politise : il critique l'absolutisme royal en matière
de religion et il invoque les lois fondamentales du royaume.
Il se colore de gallicanisme ( autonomie de l'Eglise de France
par rapport à Rome ) et de richérisme ( favorable
à une démocratie ecclésiastique reposant
sur la masse des curés ). Tous ces éléments
marquent le clergé saumurois, et en particulier les oratoriens.
Ils peuvent expliquer l'accueil favorable qu'ils réservent
aux premières étapes de la Révolution, où
gallicanisme et richérisme sont très présents.
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