Armes de Saumur simplifiées et gravées sur bois par Degouy (1784)

 

Chapitre 15 :

 Ville ancienne et renouveau urbain

 
 Les années 1736-1787 sont pauvres en événements. Le récit chronologique est désormais interrompu au profit de cinq chapitres thématiques, qui dresseront un tableau de Saumur vers la fin de l'Ancien Régime, après des rappels synthétiques sur l'ensemble des XVIIe et XVIIIe siècles.
Des compléments peuvent être trouvés dans Marcel Appeau, Saumur à la veille de la Révolution, 1750-1789, 2 vol. dactylographiés, édition augmentée et corrigée en 2008, déposée aux A.M.S. et aux A.D.M.L.


  

 

 Le 3 mai 1756, début du chantier du Pont Cessart, correspond à une date-charnière au coeur de ce chapitre :
- auparavant, des travaux interminables et coûteux, marqués par des échecs retentissants en ce qui concerne les ponts, tentent d'améliorer l'urbanisme dans la ville ancienne ;
- après cette date, naît plus à l'ouest une ville nouvelle fonctionnelle, planifiée et élégante.
   

1) L'ancien contraste entre ville close et faubourgs 

 Au XVIIe siècle, les quatre faubourgs de la ville, c'est-à-dire Nantilly, les Bilanges, Fenet et les Ponts, diffèrent profondément de la ville close et en sont clairement séparés & (1). Sur le plan juridique d'abord : les textes officiels parlent des « habitants de Saumur et de ses faubourgs ».

 L'enceinte urbaine est comme sa fonction l'exige une barrière « (2). Elle est forte d'environ 24 tours, marquée par trois énormes portes surélevées et flanquées de tours ( portes de la Tonnelle, de la Bilange et du Bourg ) et par deux plus petites, qui sont en réalité des portails ( porte Neuve et porte de Fenet ) - Voir cette muraille sur le plan des travaux de Duplessis-Mornay.
 Le mur est précédé par des douves, larges d'une douzaine de mètres et constamment maintenues en eau par les pouvoirs publics : les ruisseaux dévalant depuis la colline du château sont détournés vers ces fossés ; lorsque le Thouet est en crue, un réseau de boires vient alimenter le tronçon situé près de l'Arche Dorée ; enfin, ces douves reçoivent l'ensemble des eaux de pluie et servent d'égout à la ville close. Si leur niveau est trop élevé, la bonde du Portail-Louis évacue le trop-plein vers la Mare Maillet, puis vers le Thouet. Cette bonde est réparée par Jean Miet en 1742-1744, car elle doit fonctionner dans les deux sens et arrêter le reflux des hautes eaux du Thouet ê (3). A ses deux extrémités, depuis la tour du Papegault jusqu'à la porte de Fenet et au-dessus de la porte du Bourg, le fossé remonte et se trouve à sec ; il est progressivement transformé en jeux de paume.
 En avant de ces douves, des boulevards en pente douce offrent un espace obligatoirement dégagé pour les tirs ; ils existent même du côté de la Loire, où ils séparent les douves des ports. Longtemps inconstructibles, ils sont néanmoins transformés en promenades et plantés de deux rangées d'ormeaux. Au total, l'enceinte constitue une rupture marquée dans le paysage urbain & (4).

 A l'intérieur de la ville close, les maisons sont étroites et en hauteur, qu'elles soient en bois autour de Saint-Pierre ou en tuffeau dans la Grande-Rue et dans les Basses-Rues. Dans cet espace resserré, aucun jardin digne de ce nom, à l'exception de celui des Cordeliers. Des puits, situés dans les carrefours, desservent les îlots voisins.
 Pour les véhicules, la circulation est très difficile ; aucune place digne de ce nom ( la place Saint-Pierre est alors minuscule ), seulement des carrefours élargis ; beaucoup de rues sont des impasses. A l'inverse, plusieurs venelles, fermées aujourd'hui, permettent aux piétons d'emprunter des raccourcis.
 Les habitants étouffent à l'intérieur de ce centre confiné, sans air et sans verdure. A la belle saison, les gens aisés partent s'installer dans leur " campagne " depuis les fenaisons jusqu'aux vendanges ´ (5). En début de soirée, selon les rites du paseo espagnol, les citadins déambulent sur les boulevards ombragés et font un détour obligé par l'île du Parc, qui s'avance dans le fleuve et qui est recouverte par une couche de sable épaisse de cinq pouces. Au XVIIIe siècle, un petit monde privilégié se réserve les allées du Grand-Jardin.

 A l'inverse, les faubourgs disposent de plus d'espace ; les maisons y sont en général plus basses et plus étalées, souvent prolongées par un jardin et pourvues d'un puits. Le faubourg Saint-Nicolas dispose même de vastes lieux publics ( la place de la Bilange et le Chardonnet ) et est desservi par trois axes de circulation, à peu près dans leur configuration actuelle ( la rue de la Petite-Bilange, la rue Saint-Nicolas et la rue Beaurepaire ). Le faubourg de Nantilly est à demi campagnard et aéré par les larges espaces de ses communautés religieuses et de ses cimetières.

RÉGLEMENTARISME ET INEFFICACITÉ

 

2) L'ouverture de la ville close

 

 

Dossier 1 : L'abandon de l'enceinte urbaine

 Passée la crise de la Fronde ( 1650 ), les fonctions défensives de la ville murée déclinent rapidement. Tous les ponts-levis sont remplacés par des ponts dormants dans le dernier tiers du siècle. A la même époque, les vantaux des portes ne sont plus fermés la nuit et ils dépérissent de vétusté.
 Nous avons dit plus haut que Louis XIV avait récompensé la ville de sa fidélité pendant la Fronde en lui donnant toutes les places vagues du domaine royal ê (6). On mesure mieux aujourd'hui qu'il s'agit d'un cadeau considérable. A partir de 1654, la ville arrente par parcelles de vastes espaces situés sur les boulevards ; des immeubles neufs poussent devant la Porte Neuve, devant la porte de la Bilange et depuis l'Hôtel de Ville jusqu'à la tour du Papegault ( d'abord de nouvelles boucheries entre l'Hôtel de Ville et la porte de la Tonnelle, puis de hautes maisons tout le long du quai ). Les plans attestent que ces zones sont déjà densément bâties vers 1700.
 Cependant, le déclassement officiel de l'enceinte urbaine n'est autorisé par le ministre Choiseul qu'en 1768. Cette décision entraîne la destruction progressive des portes, ainsi que des brèches dans la muraille et l'envahissement continuel des douves par les maisons.
    

3) Une hygiène exécrable

Dossier 2 : Un vaste marécage

 

 

Dossier 3 : Les prescriptions des lieutenants de police

 

Dossier 4 : L'état alarmant des cimetières

 Périodiquement envahie par les eaux de la Loire et du Thouet, la ville - la cité comme les faubourgs - est un vaste marécage ( dossier 2 ). Les puits sont contaminés, ce qui entraîne des dysenteries et des fièvres de fin d'été très meurtrières. Les humains ne sont pas seuls à polluer. La ville compte 500 chevaux et, au hasard des procédures, apparaissent des petits élevages de porcs et de volailles.

 Le responsable de l'ordre public, des approvisionnements, de la propreté et de la circulation est le lieutenant général de police, dont l'office est créé par un édit royal d'octobre 1699 et aussitôt pourvu à Saumur & (7). Ces lieutenants de police publient une masse surabondante d'ordonnances, qu'ils font afficher dans tous les carrefours et qui réglementent la vie quotidienne avec une minutie tatillonne. De lourdes amendes menacent les contrevenants. Mais le retour cyclique des mêmes prescriptions et des mêmes objurgations prouve que ces ordonnances impérieuses sont peu respectées ( Dossier 3 ).

 Deux points apparaissent comme particulièrement défectueux : les douves et les égouts de la ville, constamment obstrués et constamment malodorants ; les cimetières, de plus en plus réduits et mal situés, qui posent le principal problème d'urbanisme à la fin du XVIIIe siècle ( Dossier 4 ).
    

4) Une lente amélioration de la circulation urbaine

 

 

Dossier 5 : Les deux axes de l'ancienne traversée

 En dépit de la lenteur des travaux, la ville améliore son réseau de circulation au cours du XVIIe et de la première moitié du XVIIIe siècle. Les grandes artères sont pavées, quelques maisons en avancée, au point de gêner la circulation, sont abattues ; les derniers goulets d'étranglement sont élargis en juin 1738 pour donner le passage à l'énorme carrosse transportant vers Fontevraud Mesdames de France, les filles du roi Louis XV ê (8).

 La place Saint-Pierre, en particulier, centre névralgique de la vieille ville, est en partie dégagée. Le vieux Palais royal, menaçant de s'écrouler, est abandonné par les tribunaux en 1757 et finalement abattu en 1766 ( voir plan de la place Saint-Pierre ). La traversée Nord-Sud peut se faire par deux itinéraires, l'ancien qui passe par Nantilly et la Grande-Rue, et un nouveau qui emprunte la rue du Portail-Louis. Mesdames de France, après avoir franchi les ponts, sont passées par le carrefour des Bilanges, le Portail-Louis, l'Arche-Dorée, puis le pont Fouchard.

 Des hôtelleries en grand nombre jalonnent ces deux itinéraires. Cependant, dans les deux cas, les routes aboutissent au pont Foullon et à la Loire, dont le franchissement pose un problème permanent et parfois dramatique.
    

5) Le difficile franchissement du fleuve

 

Dossier 6 : Les ponts sur le bras principal ( animation de synthèse )

Dossier 7 : Les anciens ponts sur le bras principal

 Six ponts, quatre grands, deux petits et quelques ponceaux, permettent de franchir les bras de la Loire, fonction déterminante dans l'essor de la cité. Depuis le Moyen Age, les quatre ponts situés au Nord posent peu de problèmes, d'autant moins que les bras s'ensablent et que l'écoulement des eaux s'y fait moins impétueux.

 Au contraire, sur ce qui devient désormais le bras principal, la traversée est constamment difficile, faute de moyens scientifiques et techniques. Le grand pont de pierre perpendiculaire au fleuve, reliant l'île de la Saunerie à la grande rue d'Offard, est emporté par le " déluge " de 1615. Pendant 150 ans les entrepreneurs locaux se lancent dans de grands travaux pour le remplacer. Présentation détaillée de cette histoire compliquée aux dossiers 6 et 7.
 En résumé, un énorme pont de pierre construit en oblique s'écroule l'année de son achèvement en 1643.  Le Grand Pont de Bois, jeté sur les piles de l'ancien ouvrage médiéval, rend de bons services de 1647 à 1729. Déclaré irréparable à cette dernière date, il est remplacé par une passerelle légère installée sur le tracé de l'ancien pont oblique. Cette desserte est l'objet de travaux perpétuels. Elle est définitivement abandonnée en 1768, au moment où s'achève le grand chantier du Pont Cessart.

 

LES GRANDS TRAVAUX DE LA SECONDE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE

  

6) Le plan d'urbanisme de Jean-Baptiste de Voglie

 

 

 

 

 

 

Dossier 8 : Plan commenté du projet de ville nouvelle

 Deux ingénieurs ont travaillé à la mise au point d'un ambitieux projet : Jean-Baptiste de Voglie, ingénieur en chef de la Généralité de Tours depuis 1751 x (9) et Louis-Alexandre de Cessart, jeune sous-ingénieur nommé à Saumur la même année ( notes biographiques sur Cessart ).

 Un outil cartographique précis leur sert pour dresser leurs projets. Un grand plan de la ville à l'échelle d'une ligne par toise, soit au 1/864 ème, est commandé au géomètre-arpenteur Michel Prieur-Duperray & (10). Le travail est achevé vers 1751. Il n'en subsiste plus qu'une partie « (11). Heureusement, une copie établie en 1890-1891 en sauvegarde les données « (12). C'est sur ce vaste plan que les urbanistes ont esquissé leurs projets.

 Ils décident de créer une ville nouvelle, 180 mètres en aval de l'ancienne traversée, et structurée autour d'une longue percée rectiligne de 3 900 toises (7,6 km), s'étirant du coteau de Bournan jusqu'au départ de la nouvelle levée de Vivy ( aujourd'hui rond-point Lucien-Méhel ). Trois nouveaux ponts, totalisant 24 arches, franchiraient la Loire et un quatrième est prévu sur le Thouet. En outre, un ensemble grandiose de quais et de levées d'enceinte protégeraient l'agglomération contre les crues et favoriseraient la circulation « (13).

 De Voglie présente ce plan en janvier 1753 devant l'assemblée des Ponts et Chaussées ( Dossier 8 ). Le 25 février 1754, l'approbation de ce projet peut être considéré comme l'acte de naissance d'un nouveau Saumur. Le 4 avril 1756, le devis définitif est arrêté : les travaux seront intégralement payés par les fonds du roi. De Voglie est le véritable père du Saumur moderne, mais il n'est guère reconnu, sans doute à cause de son nom imprononçable ( il convient de dire : "de Veuille" ). La répartition des rôles est stricte ; à la généralité de Tours et à son ingénieur en chef reviennent le plan d'ensemble et les grandes décisions ; le sous-ingénieur Cessart dispose cependant d'une large marge de manoeuvre dans la réalisation : quand il rencontre des problèmes techniques, il s'adresse plutôt à l'Ecole des Ponts et Chaussées et à l'inspecteur général Perronet. [ On retrouvera la même configuration une quinzaine d'années plus tard dans la réalisation du quartier de cavalerie, les grands choix à la généralité, la réalisation au sous-ingénieur François-Michel Lecreulx ]
     

7) Le Pont Cessart

 

 

 

Dossier 9 : Les nouvelles techniques du Pont Cessart

 Le 3 mai 1756 commence le gigantesque chantier du " pont neuf ", qui regroupe jusqu'à 800 salariés sous la direction du sous-ingénieur Louis-Alexandre de Cessart. Ce délai de trois ans et trois mois entre l'avant-projet et le début des travaux peut être considéré comme exceptionnellement court.
 La construction débute par l'entrée nord du pont. Elle recourt d'abord à la méthode traditionnelle des batardeaux, qui entourent une zone asséchée, dans laquelle est fondée et construite la pile. Malgré des travaux menés jour et nuit, le débit des pompes s'avère insuffisant, si bien que la réalisation de la culée septentrionale et de la première pile est jugée imparfaite.
 Cessart, soutenu par de Voglie et par l'inspecteur général Jean-Rodolphe Perronet, a recours à des procédés hardis, considérés encore comme expérimentaux ( Dossier 9 ).
 Au terme de 12 années d'un chantier permanent, les arches du nouveau pont de pierre sont achevées par François-Michel Lecreulx en 1768, et l'ouvrage est enfin ouvert à la circulation en 1770.
    

8) Les premiers travaux de la ville nouvelle

 

Dossier 10 : Travaux autour du Pont Cessart

 

Dossier 11 : Le nouveau Pont Fouchard

 Alors que le pont s'achève, de Voglie - toujours lui - prépare les énormes devis des travaux d'aménagement de la ville en gestation ê (14).

 La place de la Bilange devient le coeur de la nouvelle cité, succédant ainsi à la place Saint-Pierre. Elle est dégagée, remodelée ( voir présentation de la place ). Ses abords du côté de l'Hôtel de Ville sont transformés. En même temps, à l'autre extrémité du pont neuf, naît la rue Royale ( plus tard, rue Nationale ).

 Il faudra cependant deux tiers de siècle pour réaliser la nouvelle traversée de la ville. Malgré tout, d'importants travaux sont menés à l'autre extrémité, car les vieux Ponts Fouchards sont ravagés par la terrible crue de 1770. Selon l'axe de la nouvelle percée et sur un Thouet recalibré, les ingénieurs Lecreulx et Aubert lancent un nouveau pont, achevé en 1778 et présentant une grande audace de conception ( Dossier 11 ).

 Malgré bien des déboires dûs aux crues et aux débâcles des glaces, les pouvoirs publics travaillent sans cesse à la construction de levées et de quais. De 1777 à 1778, l'entrepreneur Jean-Jacques Maupassant reconstruit à nouveau la levée du Chardonnet. Un projet grandiose de nouveau quai bordant toute la rive gauche est mis en adjudication dès 1778 ê (15). Dans le prolongement, François Migault dresse les plans de la route rectifiée reliant les Ardilliers à Dampierre ê (16).

 

LE RENOUVEAU URBAIN

    

9) Une petite capitale pimpante

 

 

 

Dossier 12 : La réfection des pavages

 

 

 

 

 

 

 

Dossier 13 : Constructions nouvelles et numérotation

 Au cours des années 1760-1787, la ville sort de 80 ans de marasme et témoigne d'un réel dynamisme. L'installation des carabiniers et d'une Ecole d'Equitation, traitée au chapitre suivant, relance ses fonctions militaires et fait naître un nouveau quartier, qui accentue encore le glissement de la ville vers l'Ouest.

 Une volonté de coordonner et même de planifier le développement de ces nouveaux espaces urbains se manifeste par des mesures significatives. Le lieutenant général de police donne une commission de voyer à l'architecte Laurent Hardouin ; malgré son titre modeste, ce dernier va jouer un rôle important ê (17). En même temps, la municipalité rappelle aux ingénieurs que la décision la plus urgente est la fixation du niveau de la voirie nouvelle, afin d'organiser l'écoulement des eaux « (18).

 Des rues anciennes sont rectifiées, les pavages refaits ( Dossier 12 ). En 1774-1775, la Grande-Rue, la rue de la Tonnelle et la rue du Puits-Neuf sont élargies et des maisons reconstruites en retrait. En 1788-1789, est prise la décision de prolonger la rue Basse-Saint-Pierre à travers le jardin des Cordeliers.
 Alors que la ville ne disposait jusqu'alors que d'une seule voie spacieuse ( la rue du Portail-Louis ), quelques larges artères apparaissent. La rue Courcouronne est achevée en 1751 ; non loin, le dernier tronçon de la rue Saint-Nicolas débouchant sur le Chardonnet est recalibré selon une largeur de 54 pieds, soit 17,50 m. Ce gabarit est officialisé en 1785 dans une audience de la Sénéchaussée et il servira en principe de modèle pour les artères nouvelles.

 Toujours dans ce quartier, le marché aux bestiaux, qui se tenait dans les ruines des anciennes halles médiévales, est transféré en 1782 sur le Chardonnet, du côté de la Loire ê (19). La tuerie générale ( les abattoirs ), qui empestait le quartier Saint-Nicolas et les nouveaux manèges de l'Ecole de Cavalerie, est enfin fermée et reconstruite dans l'île Millocheau, sur les bords de la Boire Quentin ê (20).

 Les maisons neuves se multiplient, construites dans un style homogène. Jean-François Miet restaure en 1784 le lanternon central en bois de l'église Saint-Pierre et il refait l'horloge, qui est municipale ê (21). Le numérotage général des demeures témoigne d'une volonté d'organisation rationnelle de l'espace urbain ( Dossier 13 ).
 Les voyageurs de passage louent en général la belle apparence de la ville et sa propreté ( après 1778 seulement ). Madame Cradock, jeune et aventureuse épouse d'un vieil anglais, y séjourne du 11 au 14 septembre 1785 & (22). Elle admire les nombreuses constructions récentes : le pont neuf et le pont Fouchard, l'Ecole militaire et le nouveau couvent de Saint-Florent. Elle mesure l'ampleur des travaux en cours : l'hôtel Blancler, la Comédie, une nouvelle boucherie.
 Elle conclut ; « A huit heures, nous quittions cette jolie ville de Saumur, plus propre que beaucoup d'autres que nous avions visitées. Aux coins des principales rues, sont affichées des ordonnances de police concernant l'entretien et la propreté des rues, et en même temps les peines encourues en y contrevenant. Des officiers de justice doivent veiller à l'observation des règlements. D'après le nombre des travaux commencés, la ville semble destinée à s'agrandir considérablement. »
   

10) L'évolution des intérieurs

 Les vagues de construction des secondes moitiés du XVIIe et du XVIIIe siècles permettent d'avancer que les habitants jouissent d'un peu plus d'espace. Malgré tout, le rôle des vingtièmes de 1786 et le recensement de 1790 témoignent de l'entassement des familles jusque dans les soupentes ê (23). Les 2 717 foyers de l'ensemble urbain regrouperaient 11 831 habitants, soit 4,35 personnes par feu.

 Les inventaires après décès permettent une première approche chiffrée de l'évolution du confort domestique. Dans le premier tiers du XVIIIe siècle, 61 % des foyers possèdent au moins un miroir ; chez un docteur en médecine se remarquent deux thermomètres et un baromètre & (24). Dans la seconde moitié du siècle, les lits à quenouilles, encadrés par quatre draps égaux, sont progressivement remplacés par des lits à l'ange, dont la tête est surmontée par des rideaux retroussés & (25). Les murs ne sont plus seulement blanchis à la chaux, mais souvent recouverts de bergame, une tapisserie grossière faite de laine et de chanvre & (26). Il serait tout de même exagéré de parler de confort domestique : aucune baignoire n'est enregistrée et l'éclairage se fait à la bougie, la lampe à huile restant inconnue.
    

11) Une ville bien desservie

 La Loire demeure le moyen de voyager le plus confortable et des coches d'eau desservent régulièrement la ville. Cependant, un réseau routier tracé rationnellement est en train d'être mis en place ; les premiers tronçons rectilignes apparaissent sur la nouvelle route de Doué. Des corvées et des ateliers de charité, systématiquement organisés vers 1788, assurent un meilleur entretien des grands chemins. La grande levée est l'objet de travaux permanents. Elle est constamment surélevée, mais n'est toujours pas pourvue de parapets, ce qui effraie grandement Madame Cradock. Saumur est ainsi bien relié à Tours, la capitale régionale, et, de là, à Paris et à Versailles.

 La poste aux chevaux suit la levée et dispose d'un relais à la Croix Verte. D'après l'Almanach royal de 1780, la diligence met six jours à rejoindre Paris et il en coûte par personne 16 sous pour chaque lieue de poste, soit une fortune. La messagerie aux lettres, assurée par des porteurs à cheval, est plus rapide. Son existence est attestée à Saumur depuis 1676 et elle est finalement installée devant la porte de Fenet. Le Conseil d'Etat fixe ainsi les tarifs postaux à compter du 1 er janvier 1704 : entre Paris et Saumur, 5 sols pour la lettre simple, 6 pour la lettre dans une enveloppe, 9 pour la lettre double.Marque postale de Saumur au XVIIIe siècle Les paquets sont affranchis au poids, à raison de 20 sols par once.
le "S" couronné Un cachet particulier à Saumur apparaît en 1711, représentant un "S" couronné. Le voici, à gauche, selon son tracé théorique, et à droite, sur une enveloppe ; malgré la médiocrité de leur empreinte, ces marques coûtent une fortune chez les marcophiles spécialisés. Ce tampon, probablement en bois, s'est progressivement usé et disparaît vers 1779 ê (27).
 L'acheminement d'un courrier vers Paris demande alors quatre jours. La vitesse s'améliore vers la fin du siècle : la nouvelle de la prise de la Bastille atteint Saumur le vendredi 17 juillet, soit un délai de trois jours.
 Le courrier secret de l'administration royale est porté par les chevaucheurs de la Grande Ecurie et il est encore plus rapide. L'ordre du massacre de la Saint-Barthélemy est parvenu en deux jours depuis le Louvre.
   

Dossier 14 : Plan de synthèse sur les travaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle (format zoom)

Dossier 15 : Même plan en format écran

 Ce n'est pas une ville en déclin qui aborde la Révolution, mais une ville en pleine expansion, qui est frappée dans son développement par une crise brutale ou plutôt par une crise de croissance juvénile.
 Guillaume Brune, encore jeune homme et plus tard maréchal de France, la visite en 1788 et la juge prospère, mais son hôtelier dénigre l'esprit de " gloriole " de ses habitants, qui vivent au-dessus de leurs moyens & (28). De fait, la ville a calculé un peu trop juste son droit de tarif et elle s'endette lourdement. Les problèmes financiers passent alors au premier plan.