La réfection des pavages   

  

1) Les grandes rues pavées

 Dans leurs descriptions des maisons, les notaires distinguent soigneusement " les grandes rues pavées " et les rues ordinaires, qui sont seulement recouvertes de pierres de blocage. En simplifiant un peu, on peut affirmer qu'au début du XVIIe siècle, les voies de grande circulation et les rues du centre-ville sont revêtues d'un pavé d'échantillon régulier, disposé en pente douce de chaque côté d'un ruisseau central. Les quais et les cales étaient recouverts de pierres posées sur champ, mais ils sont ravagés par le déluge de 1615.
 Dans les faubourgs, dans les chemins encore semi-ruraux, seules quelques grandes voies sont empierrées. N'oublions pas en effet que le pavage est à la charge de chaque riverain, qui doit payer l'opération au droit de sa maison jusqu'à l'égout central.
 Progressivement, la municipalité prend en charge les voies d'accès non construites. Les travaux sont permanents. Le quartier de la Chouetterie est pavé vers la fin du XVIIe siècle. Dans les années 1750, le port Saint-Nicolas et les rues entourant l'église sont pavés par l'entrepreneur Cailleau père.
  

2) Un plan d'écoulement des eaux

 A partir de 1766, quand s'achève le pont Cessart et que se dessine le tracé de la percée centrale, le premier agent voyer de la ville, l'architecte Laurent Hardouin, arrête un plan général d'écoulement des eaux réclamé par l'assemblée des notables ( A.D.M.L., C 115 ).
 Les ruisseaux dévalant depuis la colline du château étaient jusqu'alors détournés vers les douves du côté de l'Arche Dorée. Désormais, ils déboucheront sur la rue des Basses-Perrières, et de là, vers la rue de la Chouetterie et vers le Thouet. Dans l'actuelle rue Seigneur, où jadis une boire apportait les hautes eaux du Thouet vers les douves de l'enceinte, la pente est inversée : les arches du Mouton et l'Arche Dorée sont comblées et les eaux pluviales renvoyées vers la rivière.
 Dans la ville murée, la rue Saint-Jean et le carrefour du Puits-Neuf reçoivent les ruisseaux ; de là, trois égouts voûtés passant sous la muraille rejetteront les eaux dans la Loire.
 A l'Ouest de la percée centrale, les pentes descendent vers la Mare Maillet et ensuite vers un bras du Thouet.
  

3) La réfection générale des pavages ( 1768-1776)

A.D. Indre-et-Loire, C 720 (source principale de ce dossier)

 En 1767, Bluet, arpenteur-juré de la Sénéchaussée, dresse le plan d'ensemble de la réfection générale des pavages. Ces travaux s'avèrent coûteux, car ils nécessitent souvent un nouveau relèvement du niveau de la chaussée. Des particuliers écrivent des lettres signalant que l'entrée de leur cave va être bouchée.
 Jacques Quincé, entrepreneur des ouvrages du roi à Tours, enlève le marché le 2 mars 1768. Il commence ses travaux par la Croix Verte et le quartier des Ponts. Pendant l'hiver 1769-1770 et encore en octobre 1770, les crues recouvrent les îles, et une bonne partie de son ouvrage est à refaire. En outre, les manières brutales de Quincé entraînent de vives contestations.
   

4) De vives contestations

 Ainsi, il fait saisir la ferme des locations des chaises dans l'église de Nantilly, parce que la fabrique lui doit 172 livres pour le pavage du flanc nord de l'édifice ( à la place du cimetière haut - Chanoine Verdier, S.L.S.A.S., oct. 1913, p. 26-27 ).
 Bizard, maire de Saumur, appuyé par les échevins, demande que dans les quartiers pauvres de Nantilly et de Fenet, les chaussées soient recouvertes de pierre de blocage et non de pavé taillé, car l'adjucataire ne sera pas payé par les riverains, « puisque nombre des habitans de ces deux fauxbourgs sont à la charité ». Finalement, en 1773, les habitants de Fenet résilient le marché passé avec Quincé et passent une nouvelle adjudication avec Louis Blanc, maître menuisier à Saumur.

 Au total, la réception des travaux en 1775 et en 1776 ( pour Fenet ) atteste que le revêtement des rues de la ville a été remis à neuf, soit en beau pavé taillé pour les grandes voies, soit en pierres de blocage pour les rues adjacentes. Mais les seuls trottoirs existants se trouvent sur le pont Cessart.