L'abandon de l'enceinte urbaine   

  

1) La destruction de l'enceinte du faubourg des Bilanges

 Réduite à deux portes en pierres de taille et à des terrassements en forme de redan, l'enceinte commencée par Duplessis-Mornay en 1592 n'a jamais été achevée, mais elle occupe beaucoup d'espace et cupe la cité en deux.
 Après la destitution du gouverneur, le sénéchal Jean II Bonneau de la Maisonneuve entreprend de faire niveler les buttes de terre et mène en même temps une spéculation personnelle. Il aménage ce vaste espace en une belle promenade, le " Grand Jardin ", qui s'étire depuis l'actuelle place Dupetit-Thouars jusqu'à la Sous-Préfecture. Ces terrains, réunis par expropriation auraient dû demeurer dans le domaine public. Je crois que l'allée d'accès l'est restée, mais en 1654, le Grand Jardin proprement dit est la propriété d'une fille de Bonneau de la Maisonneuve, épouse de Jean Gabard.

  Le Portail Louis, qui étranglait l'entrée sud de la rue qui porte ce nom, reste longtemps debout, alors qu'il ne semble pas particulièrement décoratif. Sa démolition, décidée en décembre 1741, n'est finalement réalisée qu'en 1769 ( A.M.S., BB 7, n° 15-16 ).
   

2) Le déclassement officiel du Mur de Ville

 
 
 
 
 
 
 

 L'Assemblée générale des Habitants demande en 1758 la destruction totale de l'ensemble des portes et des murailles de la vieille enceinte urbaine, dans le but évident d'améliorer la circulation et d'aérer l'ancienne cité. Les portes sont si étroites et si basses que les charrettes de foin ne peuvent y passer...
 En même temps, le maire promet des compensations à l'Etat Major du Château, c'est-à-dire au commandant du Petit-Thouars et au major Guyon, qui perçoivent chacun 400 livres sur les portes de la ville. La municipalité et les autorités militaires tombent d'accord pour ne pas fermer les portes la nuit, car, disent-ils, l'enceinte est déjà ouverte en trois endroits et, de toutes façons, les ferrures sont hors d'usage ( A.D.M.L., C 109, 1758-1759 ).
 Cependant, une pareille décision doit obtenir l'aval du ministère de la Guerre. Une première réponse du général Louis de Crémilles, le 22 avril 1759, autorise en principe la destruction, mais ordonne des enquêtes complémentaires. Finalement, en 1768, Choiseul, ministre de la Guerre, donne une satisfaction partielle aux habitants, mais il décide de maintenir la porte du Bourg, dont l'étage supérieur est utilisé comme prison militaire, et la porte de « Fenette », qui sert de contrefort au bastion du château ( A.M.S., DD 14, n° 113-114, lettres de Choiseul du 29 avril et du 31 mai 1768 ). Mais seules les maçonneries demeurent, ces portes perdant leurs vantaux peu après.

 Les fossés, partiellement asséchés, sont transformés en " ballottes ", des jeux de paume en plein air souvent accaparés par des particuliers. Les échevins leur rappellent à plusieurs reprises que ces terrains sont municipaux, en particulier ceux qui s'étirent du Portail Louis à la Porte du Bourg ( A.D.M.L., E 4 390, 1782 ).
   

3) Les destructions du XVIIIe siècle

 
 
 
 
 
 
Regrattiers : « ceux qui vendent du sel au peuple à la petite mesure et qui achètent ce droit des fermiers des Gabelles. La ferme des regrats est d'un revenu considérable » ( Furetière ).

 En 1772-1773, les portes de la Tonnelle et de la Bilange sont abattues et remplacées aussitôt par des maisons. La Porte Neuve, murée par Duplessis-Mornay, avait été rouverte en 1663. Elle est démolie en 1780 sur la demande pressante des habitants des alentours ( A.MS., DD 19, n° 43 ). La même année, disparaît la porte de Fenet, en dépit des ordres ministériels.
 Des brèches sont ouvertes dans la vieille muraille. Les habitants de la cour Saint-Jean ( aujourd'hui rue Corneille ) s'aménagent un passage, afin de rejoindre les quais. De l'autre côté de la Mairie, le cul-de-sac de l'Hôtel de Ville, actuellement rue Bonnemère, est débouché en 1768 ( A.M.S., BB 10, f° 3 ). Des pans entiers sont détruits autour de la Porte Neuve.

 Cependant, la vieille enceinte survit pour l'essentiel jusqu'à nos jours. Les Fermiers Généraux, dans un mémoire du 12 juin 1759, se déclarent résolument favorables au maintien de la muraille, en rappelant les pertes déjà causées par l'ouverture nocturne des portes : « ce défaut de clôture causera un préjudice considérable à la ferme en ce qu'il donne la facilité d'introduire à toute heure de la nuit du faux-sel et des parures ou morceaux de morue ; il paroit même que ce faux-saunage, qui devient excessif, a déjà occasionné la chute presqu'entière du débit que faisoient les regratiers de la ville et des faubourgs » ( A.M.S., DD 14 n° 107 ). Saumur a donc, à l'instar de Paris, son enceinte des Fermiers-Généraux.
 En outre, bien des maisons sont désormais adossées à ce mur d'une solidité éprouvée. C'est là une autre cause de sa survie partielle.
   

4) Les destructions postérieures

 La porte du Bourg jouit d'un long sursis, elle est même restaurée. Elle est finalement sacrifiée en 1812, alors que la tour du Bourg, toute proche, est écrêtée en 1827.

  Les impératifs de la circulation ont eu raison de toutes ces portes, qui ne manquaient pas d'allure et présenteraient aujourd'hui un réel intérêt touristique...