L'état alarmant des cimetières   

  

1) Une multitude de petits cimetières

 Au XVIIe siècle, la ville offre une profusion de petits cimetières très dispersés. Voir :

 A lui seul, l'enclos de l'Hôtel-Dieu en renferme trois. Chaque communauté religieuse a son cimetière particulier et l'on enterre dans toutes les églises et les chapelles.
 La familiarité des gens de cette époque avec la mort s'accommode plutôt bien de cette promiscuité avec les tombes. Les cimetières sont des lieux de vie comme les autres. Dans sa visite pastorale à Saumur en 1654, Henry Arnauld constate qu'ils sont utilisés pour faire sécher le linge, battre le blé, mettre des animaux au pacage ou jouer à la paume ( A.D.M.L., G 2234 ).
   

2) Les fermetures

 En 1685, sont fermés et saccagés les trois cimetières protestants. L'évêque d'Angers, Michel Le Peletier, constate en 1693 que les cimetières de la ville ne sont toujours pas enclos. Celui des Récollets est particulièrement mal tenu : il est traversé par une voie publique ; des scènes de « libertinage nocturne » se déroulent sur les tombes ; des animaux y paissent en liberté. Un vicaire général le fait partiellement fermer en 1783 ; les corps sont transférés dans le cimetière bas de Nantilly, mais un petit espace est réservé pour les pères Récollets à l'entrée de l'actuel jardin des Plantes ( plan de l'enclos des Récollets ). Un autre petit cimetière particulier est supprimé lors de la fermeture du couvent de la Fidélité.
   

3) La régression des enterrements dans les églises

 Au XVIIe siècle encore, toutes les familles importantes disposent d'un caveau dans les églises et dans les chapelles. C'est l'église Saint-Pierre qui est le principal cimetière de la paroisse ; des familles y monopolisent de petits enclos, accrochant même les portraits de leurs ancêtres sur les autels, pratique qui provoque l'ire de l'évêque Henry Arnauld ( A.D.M.L., G 2 506 ).

 Dès le début du siècle suivant, le clergé parvient à faire régresser la pratique des inhumations dans les églises ; quelques rares familles parviennent encore à y enterrer leurs morts, sur autorisation spéciale et en payant des redevances élevées ( François LEBRUN, Les hommes et la mort... p. 354 ).
   

4) Une situation alarmante

 
 
 
 
 
 

 Les cimetières paroissiaux restants s'avèrent notoirement insuffisants, surtout vers la fin du XVIIIe siècle, à une époque de reprise démographique.
 Le minuscule cimetière de Saint-Pierre ( situé au pied du bastion et déjà signalé en 1643, alors qu'on le disait plus tardif ) ne couvre que le huitième des besoins de la paroisse. Le cimetière de Saint-Nicolas est souvent envahi par les eaux ( il se situe au niveau de l'ancien parking Chanzy ) ; « ce lieu infect répugne autant à la vue qu'à l'odorat ». Le cimetière bas de Nantilly est quant à lui inondable aux deux-tiers et le cimetière haut, tout autour de l'église, est progressivement remplacé par des rues.

 Cette situation désastreuse n'est pas particulière à Saumur, ce qui explique l'ordonnance royale du 10 mars 1776, qui interdit les inhumations dans les églises, à l'exception des curés et des seigneurs hauts justiciers, et qui recommande « autant que les circonstances le permettent... d'éloigner les cimetières des lieux habités et de les porter en dehors des enceintes ».
 La mise en application a été lente, à Saumur en particulier, alors que la ville opère de grands travaux d'urbanisme dans la seconde partie du XVIIIe siècle. La première mesure est la rédaction, huit ans plus tard, d'un procès-verbal qui révèle la gravité de la situation : le médecin Barjolle et le chirurgien Tessier y calculent que la ville ne dispose que de 844 toises carrées propres à être fossoyées ; comme le nombre des décès s'élève de 410 à 412 par an, il faut donc « chaque année à peu près employer la moitié des cimetières et, de deux en deux ans, être obligé de retirer des fosses des cadavres demi-pourris et dans la force de leur putréfaction » ( A.M.S., DD 21, n° 2, procès-verbal du 21 juillet 1784 ). [ Ces perspectives alarmistes sont malgré tout un peu exagérées : les nombre moyen des décès est un peu plus faible et une tombe ne couvre qu'une demi-toise carrée... ]
  

5) Un projet irréaliste

 Les autorités municipales se mettent en quête d'un nouvel emplacement, cette fois haut perché, par crainte des inondations. Elles croient trouver le lieu adéquat sur la hauteur du château, entre la demi-lune orientale et le clos de vigne des Ursulines ( en gros, à l'emplacement actuel du parking des cars ). Ce terrain de bonne taille ( 20 boisselées ) présente le défaut majeur d'être en forte pente et soumis à des ruissellements ; il est loin de faire l'unanimité, si bien que rien n'est fait avant 1794.
 La situation devient alors dramatique, en raison d'une forte mortalité sur l'ensemble de la population et d'une véritable hécatombe dans les hôpitaux militaires et dans la tour Grenetière. Les autorités locales ouvrent à la hâte un nouveau cimetière aux Sablons, sur le territoire actuel de Bagneux ( voir Bilan de la Terreur ). Choix tout à fait malencontreux, dont il subsiste l'enclos familial de la famille Bodin ( voir Cimetière ).