Armes de Saumur simplifiées et gravées sur bois par Degouy (1784)

  

Chapitre 16 :

 Le renouveau de la fonction militaire
     

  

  
LES FONCTIONS MILITAIRES TRADITIONNELLES

  

1) Le déclin des fortifications

 

 

 

 

 

Dossier 1 :  Le commandement local

 La fonction militaire, capitale dans l'histoire de la ville du Xe au XVIIe siècle, s'estompe après les combats de la Fronde en 1650, mais il faut un siècle pour l'officialiser : l'abandon de l'enceinte urbaine est accepté en 1768 et quatre portes de la ville sont abattues dans les années 1772-1780.

 A l'inverse, le château garde son rang de forteresse, ses ponts-levis sont relevés tous les soirs. Mais, situé trop loin des côtes, il présente désormais un faible intérêt stratégique, car la Loire n'est plus une frontière. Chaque année, les ingénieurs du roi en dressent un plan et signalent les travaux nécessaires « (1). En vain. La tour nord-est est traversée par une fissure qui s'élargit chaque année ; elle est évacuée, mais aucune réparation n'est entreprise. Comme elle menace de s'effondrer sur les maisons de Fenet, elle est finalement écrêtée sous la période du Directoire.

 Malgré ce délabrement, Saumur sauve les apparences et demeure le siège d'un gouvernement militaire, dirigé par un commandement assez étoffé ( dossier 1 ).
   

2) Le château devenu prison d'Etat

 

Dossier 2 : Les types de détenus à Saumur

 Dans la réalité quotidienne, les militaires du château sont devenus des gardiens de prison. Des détenus de toutes sortes, qui ont pour point commun de ne pas avoir été condamnés par un tribunal institutionnel, leur sont confiés & (2). Les embastillés pour fait de religion sont les plus nombreux au XVIIe siècle « (3). Ensuite, les prisonniers de guerre fournissent les flux les plus massifs, au point que le château ne peut suffire à les héberger tous. C'est pourquoi le dossier d'approfondissement ci-contre élargit l'étude à tous les prisonniers de Saumur ê (4).
   

3) De maigres troupes permanentes

  Dossier 3 : Les compagnies locales

 Les troupes de métier résidant en permanence à Saumur ont de faibles effectifs, qui vont en baissant au cours de la première moitié du XVIIIe siècle : les garnisons du château comme les cavaliers de Maréchaussée ne regroupent guère qu'une soixantaine d'hommes, bien souvent des anciens soldats et des invalides.
   

4) Les diverses milices

 

  Dossier 4 : Les milices bourgeoises

 Nous abandonnons maintenant les soldats de métier pour passer à des habitants exerçant une autre profession, tout en accomplissant des fonctions armées de maintien de l'ordre ou de sécurité. Ces miliciens sont finalement très divers.

Les milices bourgeoises ( dossier 4 ) se font remarquer par leurs beaux uniformes et leur goût pour la parade, derrière lesquels se cachent pour certains des fonctions nettement plus prenantes.

 Avec les milices royales et provinciales - sur lesquelles la documentation est rare - nous nous acheminons vers la conscription universelle. Lors des grandes guerres de la fin du règne de Louis XIV, chaque village et les corps de métier des villes doivent fournir un milicien, qui, en temps de paix, n'est soumis qu'à quelques journées d'entraînement, mais, en temps de guerre, garde les forteresses et, si les combats deviennent trop meurtriers, peut être employé à combler les vides des régiments.
 Une ordonnance de 1726 fixe la milice pour l'ensemble du royaume à 60 000 hommes. Le tirage au sort étant dramatique et impopulaire, les corps de métier parviennent en général à louer les services d'un volontaire. Cependant, un tirage apparaît en 1742 dans la paroisse Saint-Pierre ê (5).
 En 1765, la milice locale est renforcée : le bataillon du gouvernement de Saumur compte désormais 710 hommes répartis sur 8 compagnies, une de grenadiers royaux, une de grenadiers provinciaux et six de fusiliers. Des nobles locaux, souvent anciens officiers, obtiennent des grades dans cette milice rarement réunie, tel Guérin de Villevert ou les Gallichon de Courchamps.

 Des exigences beaucoup plus strictes frappent les mariniers. Pendant la Guerre d'Amérique, la France a construit de magnifiques navires, mais a constamment manqué de matelots. La presse dans les ports, l'inscription maritime pour les marins pêcheurs, l'envoi de soldats pour servir les canons n'ont pas suffi ; une ordonnance du 12 juin 1780 étend le système des classes aux mariniers de la Loire et de la Garonne ( mais pas sur la Seine ! ). Les marins et pêcheurs de Saumur, célibataires ou veufs sans enfant, de 18 à 40 ans, sont recensés, à l'exception des maîtres de bateaux. Un total de 151 d'entre eux est recruté entre 1780 et 1789 & (6). Ces levées ont sûrement été impopulaires.
  

5) Les troupes de passage

  Dossier 5 : De l'ustensile aux premières casernes

 Dans les registres locaux, les doléances sur le logement des gens de guerre sont plus fréquentes que les plaintes sur la gabelle ou sur la taille. Pendant le siècle qui s'étend de 1671 à 1770, l'hébergement des troupes cause d'énormes soucis à la municipalité. Il engendre un impôt spécial, l'ustensile, et il fait naître de premières casernes situées auprès de l'église Saint-Nicolas.

 

L'INSTALLATION DES CARABINIERS

     

6) L'implantation des carabiniers du comte de Provence ( 1763 )

Dossier 6 : Un régiment d'élite

 Dans un contexte peu favorable à un fort regroupement de troupes, les Saumurois voient arriver du Mans, en avril 1763, l'état-major et la première brigade des Carabiniers du Comte de Provence. Cette installation à demeure est renforcée l'année suivante par la venue de la deuxième brigade, précédemment à Angers. Les autres brigades du régiment sont installées dans les villes voisines, mais c'est Saumur qui devient le principal point d'ancrage de cette unité d'élite, à la fois prestigieuse et nombreuse ( dossier 6 ), appartenant au petit-fils du roi ê (7).
 Ces décisions sont prises dans le cadre d'une réorganisation générale de l'armée française, à la suite des déboires de la Guerre de Sept-Ans. Choiseul, ministre de 1761 à 1770, successivement de la Guerre, de la Marine, puis des Affaires étrangères, et faisant pendant un temps fonction de Premier Ministre, est l'artisan de ces réformes importantes, en particulier pour Saumur & (8).
 L'historien ne doit pas cependant se contenter de recopier des ordonnances, il doit en vérifier l'application concrète. Certaines n'ont pas été appliquées à cause du poids des traditions ou des difficultés financières. Beaucoup d'autres ont été annulées par les successeurs du ministre.
 

7) La fixation du régiment et d'une Ecole à Saumur ( 1764 )

Dossier 7 : Pourquoi le choix de Saumur ?

 Choiseul avait décidé de créer cinq écoles d'Equitation dispersées à travers le royaume. Pour la région, son choix se porte sur La Flèche. Il vient inspecter cette ville en 1764 et change d'avis : le collège, abandonné par les jésuites en 1762, sera transformé en Ecole militaire préparatoire.
 Quant à l'Ecole d'Equitation, elle sera installée à Saumur. Choiseul se range à l'avis du marquis de Poyanne, inspecteur des Carabiniers, et il ordonne aussitôt la construction de nouveaux bâtiments, qui seront payés par la caisse militaire & (9).

 Le 25 septembre 1766, Choiseul vient à Saumur, à la fois pour inspecter le régiment des Carabiniers et pour vérifier les travaux en cours. L'accueil est princier : il passe sous un arc de triomphe monté dans l'île du Parc, devant le débarcadère de son bateau. Les rues mal pavées sont recouvertes de sable et il en coûte 590 livres pour les illuminations nocturnes ê (10).
 Le régiment est réuni au grand complet par la venue des brigades des villes voisines. Saumur accueille 810 hommes et 780 chevaux supplémentaires. On s'arrange pour les hommes, mais les écuries sont pleines et les chevaux doivent passer leur séjour au piquet sur le Chardonnet. Le ministre se déclare satisfait par les exercices qui lui sont présentés. Saumur a réussi son examen de passage...
 En 1771, des mesures d'économie sont prises après la disgrâce de Choiseul ; les écoles d'Equitation sont supprimées, à la seule exception de celle de Saumur. C'est donc dans ces années 1764-1771 qu'on peut dater la première naissance de l'Ecole de cavalerie.
  

8) Les nouveaux bâtiments

Dossier 8 : Les premières constructions ( dossier illustré )

 Sitôt la décision prise, la construction des nouveaux bâtiments est préparée par les ingénieurs de la généralité de Tours : Jean-Baptiste de Voglie et François-Laurent Lamandé, assistés sur place par François-Michel Lecreulx.
 Les écuries constituent un besoin urgent, en raison de la grave pénurie locale : les écuries particulières de la ville sont réquisitionnées contre une indemnité de 2 sous par nuit ; des hangars ont été construits ; les bâtiments de l'île du Parc sont réquisitionnés et, pour en faciliter l'accès, le pont Foullon est restauré. Apparaissent successivement le manège, les grandes et les petites écuries, puis la caserne réalisée par l'entreprise Cailleau, au total, un bel ensemble de constructions nouvelles sur le Chardonnet.
  

9) Les pérégrinations des Carabiniers de Monsieur

 

Dossier 9 : Le fonctionnement du régiment

 

 

 

 

 

 

 

Dossier 10 : L'intégration dans la ville

  En 1774, Louis XVI devenant roi, son frère puiné, le comte de Provence, prend le titre de " Monsieur " ( frère du roi ). Il garde son régiment, qui s'appelle désormais " les Carabiniers de Monsieur ", mais qui surtout change souvent de résidence.
  Après avoir été présents à Saumur depuis 1763, les carabiniers prennent souvent la route de l'Est, alors que leurs nouveaux locaux viennent d'être achevés. Les contre-ordres sont continuels et l'écart est grand entre les prescriptions des ordonnances et le fonctionnement réel du régiment ( dossier 9 ).
 En 1772, toutes les brigades sont parties, soit pour Metz, où s'installe l'état-major général, soit pour Lunéville. La première brigade met 28 jours à faire la route.
 Cinq escadrons reviennent à Saumur et dans les villes proches dans les années 1775-1781. La caserne est restaurée, les chambres sont meublées et décorées. Mais en 1783, c'est le régiment d'Orléans-Cavalerie qui est installé dans les bâtiments.
 Dans une lettre écrite de Metz le 12 avril 1784 et rédigée dans une langue élégante, le comte de Chabrillant annonce à Blondé de Bagneux, maire et Signature du comte de Chabrillant, archives de Blondé de Bagneux, A.M.S., 36 Z 9subdélégué, le retour des carabiniers pour l'année prochaine. Selon ses dires, « l'union qu'il y a eu entre le Corps et MM. les officiers municipaux et les citoyens est le motif le plus puissant pour moi » ( A.M.S., 36 Z 9 ). Il espère cependant « qu'on va s'occuper de plus en plus à perfectionner l'établissement et à y établir la salubrité pour la conservation des hommes, chose précieuse pour l'humanité et pour les intérêts du Roi ». C'est le capitaine-trésorier Pillerault qui s'occupe de surveiller les travaux d'asséchement des locaux et du Chardonnet.
 A partir de l'année suivante, l'ensemble du régiment est revenu s'installer à Saumur, la caserne ne peut héberger tout le monde, si bien qu'en avril 1786, deux escadrons sont logés dans des maisons louées par le casernement et que de nouvelles écuries privées sont entreprises ê (11). C'est à cette époque que les Carabiniers de Monsieur semblent se fixer à Saumur et qu'ils s'intègrent vraiment dans la vie de la ville. Mais pour une courte période.
  

11) L'éclatement en deux régiments

 A la suite d'une nouvelle réorganisation militaire du 17 mars 1788, le corps des Carabiniers de Monsieur est divisé en deux régiments, qui sont envoyés dans l'Est. Le 7 avril, le marquis de Chabrillant, colonel en exercice, dépose dans l'église Saint-Pierre les deux anciens étendards, qui sont accrochés à l'entrée du choeur ê (12).
  

12) L'installation du Royal-Roussillon

  Depuis 1776, les régiments sont numérotés, bien que leur ancien nom survive malgré tout. Le Royal-Roussillon est le 11 ème régiment de cavalerie. Trois de ses escadrons sont installés à Saumur, ce qui représente des effectifs légèrement réduits.
 Au recensement de 1790, il déclare 553 soldats. Il ne fera parler de lui que lors des premiers troubles révolutionnaires.
  

 

  Saumur a donc retrouvé une fonction militaire importante dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Cependant, en raison de la mobilité des troupes et des contre-ordres continuels, les Carabiniers n'ont pas séjourné en permanence, mais pendant une durée d'environ 17 années. Le titre d'Ecole d'Equitation a finalement disparu.
 C'est surtout la construction d'un bel ensemble de bâtiments adaptés et la présence de vastes terrains qui expliquent le retour d'une Ecole de cavalerie au début du siècle suivant.