Le commandement local   

   

   

1) Le gouverneur

 
 
 
 
 

  La famille de Comminges avait occupé la charge de gouverneur de 1650 à 1712 et elle intervenait de façon épisodique et brutale dans les affaires saumuroises. Par la suite, cette fonction perd de son importance, se réduisant surtout à une confortable pension. Les titulaires sont rarement présents à Saumur, certains semblent n'y être jamais venus. Nous rappelons leur liste pour mémoire.

 Le titre passe dans la famille d'Aubigné ( ou d'Aubigny ). Louis-François, neveu de l'archevêque de Rouen et « cousin prétendu de Madame de Maintenon », selon les dires de Saint-Simon, mène au loin une belle carrière militaire et accède au poste de directeur général de l'Infanterie. Son fils, Louis-Henri, se contente du grade de maréchal de camp ( aujourd'hui général de brigade ).

 En 1776, une ordonnance royale stipule que le Saumurois sera commandé par un gouverneur général de 2ème classe, recevant une pension de 30 000 livres par an ( A.M.S., AA1, n° 23 ). Il perçoit en outre de la ville 500 livres pour son logement et 12 minots de sel de la ferme des gabelles. Le premier titulaire est un ambassadeur, le comte Charles-François de Broglie, frère cadet du maréchal. En 1781, lui succède un militaire de haut rang, le comte d'Egmont-Pignatelli, lieutenant général des armées du Roi ( c'est-à-dire général d'armée ).

 A côté du gouverneur apparaissent deux personnages aux fonctions mal définies : un lieutenant général pour l'Anjou et le Saumurois, charge qui appartient à la famille de Scépeaux, marquis de Beaupréau, en réalité, une simple doublure du gouverneur, dans le but d'affaiblir cette fonction ; un grand sénéchal d'épée de la province d'Anjou et Pays saumurois, le comte Barrin de La Galissonnière, se trouve, en 1789, être le dignitaire le plus élevé de la province et, à ce titre, il préside les assemblées communes aux trois ordres, à Angers comme à Saumur.
    

2) Le commandant, lieutenant de Roi

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 A la fin du XVIIe siècle, le gouverneur est assisté sur place par deux commandants, l'un responsable du plat pays, l'autre de la ville et du château. Cette fonction est réunifiée sous le titre habituel de " commandant de la ville, château et Pays saumurois ". Logé dans l'aile sud du château, en principe toujours présent, ce commandant porte aussi le titre de " lieutenant de Roi ", car il tient lieu de roi dans une place de guerre, responsable de la sécurité publique, commandant en chef de toutes les troupes, de la maréchaussée et des milices,Armes de la famille Aubert du Petit-Thouars. Source : http ://genheral.com/ ayant la préséance dans les cérémonies à caractère militaire, par exemple, les Te Deum.

 La charge, devenue héréditaire, est passée dans la famille Aubert de Saint-Georges, une lignée d'ancienne noblesse, qui arbore un haubert sur son blason.

 En 1636, elle a acquis le château et la terre du Petit-Thouars [ à Saint-Germain sur Vienne ]. Le château présenté ci-dessous a été rebâti au XIXe siècle.

Château du Petit-Thouars à Saint-Germain sur Vienne

 La famille a des titres de gloire, mais des revenus limités. Sa terre ne vaudrait que 75 000 livres. Dans une supplique de 1762, Georges IV explique que sa famille est prolifique : son père était l'aîné de 14 enfants, lui-même l'aîné de 7 et le père de 4 enfants vivants ( A.D.M.L., C 109, texte cavalièrement réécrit par Uzureau, A.H., t. 30, p. 206-211 ). C'est pourquoi il sollicite l'admission de sa fille aînée dans la maison d'éducation de Saint-Cyr. Sa charge de commandant ne rapporte que 900 livres d'appointements, réduites à 615, plus environ 1 500 livres d'émoluments. En comparaison des 30 000 livres d'un gouverneur qui ne fait rien, la différence est choquante, mais elle caractérise l'Ancien Régime, où les lieutenants accomplissent la tâche des titulaires pour des revenus limités. Situation qui peut expliquer le bon accueil que la famille du Petit-Thouars réserve aux débuts de la Révolution.

 Georges III Aubert de Saint-Georges du Petit-Thouars commence petitement sa carrière saumuroise en 1726 avec le rang de major du château. Il en est le commandant en 1748, avec le titre de lieutenant de Roi. En 1754, à 77 ans, il se démet en faveur de son fils aîné, mais tout en conservant sa pensionGeorges IV du Petit-Thouars ( Musées de Saumur ) jusqu'à sa mort, survenue en 1762.

 Georges IV a fait dans sa jeunesse quelques campagnes comme aide de camp du maréchal de Broglie. Il vient de contracter un beau mariage avec Marie-Anne-Jeanne Desmé du Buisson, fille d'un planteur de Saint-Domingue, qui lui apporte une pension annuelle de 10 000 livres, une pension qui sent bien fort la sueur des esclaves noirs...
 Dans la pratique, du Petit-Thouars commande une petite troupe d'éclopés et est avant tout gardien de prison, mais il traite ses captifs avec une parfaite courtoisie ( portrait aux musées du château ). Ses correspondances sont rédigées dans une langue élégante.
     

3) Le major et les capitaines

 Le major est l'adjoint et le suppléant du commandant. Les titulaires, souvent des militaires âgés, se succèdent à une cadence rapide.
 Au-dessous viennent les capitaines, qui portent parfois le titre d'aide-major. Au XVIIe siècle, il y en a au moins deux, l'un commande les gardes du gouverneur, l'autre la petite garnison de la bastille, située sur le pont de la Croix Verte. Cette tour est abattue vers le milieu du XVIIe siècle ; la charge a pu lui survivre pendant quelques années ; son dernier titulaire est François Rinier de la Roche, attesté en 1663.

 Au siècle suivant, le capitaine du château est le chef d'une compagnie détachée de l'Hôtel des Invalides, forte habituellement d'une soixantaine d'hommes. Voir Les compagnies locales.
     

4) Le commissaire, garde de l'artillerie de la ville et du château

 Le château possède en tout et pour tout trois canons anciens offerts par Richelieu. Leur garde doit être de tout repos. Cet office particulier a été créé pour des raisons avant tout financières ; des familles l'achètent pour échapper à certains impôts et pour accéder progressivement à la noblesse. les Fougeau de Moralec en sont titulaires au début du siècle.
 Michel Fougeau de Moralec ( 1661-1740 ), commissaire ordinaire d'artillerie à Saumur et lieutenant des bas-officiers du château, Saumurois totalement inconnu, a su occuper ses abondants loisirs en écrivant une oeuvre d'une ampleur considérable :
 « 1- Fougeau de Moralec. - Recueil de secrets, remèdes, observations physiques, machines nouvelles. - [1690-1710]. - 871 pages ; 30 x 18 cm.
Manuscrit de 871 pages, cet ouvrage a été écrit, vraisemblablement entre 1690 et 1710, par Fougeau de Moralec .... On y trouve, à côté d'une foule de recettes et de procédés concernant la santé, l'alimentation, la physique, la chimie, la vie domestique, l'agriculture ou la zoologie, des descriptions de machines et d'instruments reprises de publications scientifiques (Académie royale des sciences, Journal des savants, Journal d'Angleterre) et de savants connus (Newton, Leibniz, La Hire, Réaumur…), et même de machines inventées par l'auteur, en particulier des machines hydrauliques et des machines à feu, le tout illustré de dessins noir et blanc et couleur ».
 J'emprunte cette notice à l'ancien site de la bibliothèque de l'ENSAM ( Cluny ), maintenant résumé dans le nouveau site de l'Ecomusée du Creusot.
   

5) Le commissaire des guerres

 La charge locale de commissaire des guerres est un peu plus absorbante, puisque cet officier de finances doit contrôler la présence des hommes inscrits au rôle de leur compagnie ; il surveille également l'installation des troupes de passage et il contrôle les dépenses de la garnison du château.

 La fonction n'est pas alourdie par l'installation des carabiniers, qui disposent de leurs propres trésoriers, mais, à cette époque, Choiseul abolit la possession héréditaire de la charge. Un corps national de 150 commissaires des guerres, nommés par le gouvernement, assure désormais un contrôle plus strict. Toutefois, à Saumur, c'est en permanence la famille Le Noir de Pas de Loup qui occupe le poste.