Les compagnies locales   

  

 

1) Les gardes du gouverneur

 A l'époque où le maréchal de Maillé-Brézé était gouverneur de Saumur, une garde de cent hommes résidait au château. Nous en avons donné la composition, l'armement et les soldes en 1643. Cette petite armée patrouillait à travers le gouvernement de Saumur, où elle était redoutée pour ses méthodes expéditives. En tout cas, elle jouait un rôle plus actif que la maréchaussée.
 Menacée de disparition après la mort du Maréchal, cette garde est maintenue grâce à une imposition spéciale de 6 000 livres levée à partir de 1663 dans les élections de Saumur, Montreuil et Richelieu ( Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. 2 (1), 1863, p. 242-243 ). Grâce à cette somme, un capitaine peut lever et entretenir une petite milice locale. En 1672, c'est un certain la Grange qui porte le titre d'exempt ( d'adjudant ) des gardes du corps du roi à Saumur.
 Cependant, les effectifs vont en se raréfiant : en 1706, les " gardes du gouverneur " sont au nombre de 14, y compris deux officiers ( A.M.S., AA 1, n° 5 ). Leur nombre remonte sous Louis-Henri d'Aubigné en 1738, avec 7 officiers, 2 bas officiers et 22 gardes ( A.M.S., AA 1, n° 13 ), encore que le nombre pléthorique des officiers fasse penser à une troupe de parade.
 Cette petite troupe disparaît des archives pendant 30 ans. Elle réapparaît en 1765, où sont délivrées des commissions de capitaine, lieutenant et enseigne des gardes du gouverneur ( A.M.S., BB 9, f° 108-110 ). Mais on ne voit plus trace de troupe. J'en conclus qu'il s'agit là d'une vente de fonctions avant tout honorifiques.
 Le maintien de l'ordre public est désormais assuré, dans Saumur par les deux gardes de la ville, les deux commissaires de police et par les milices bourgeoises, et pour les quelque 80 paroisses rurales du gouvernement par la seule maréchaussée.
   

2) La maréchaussée jusqu'en 1720

 La maréchaussée, c'est-à-dire la gendarmerie, a son siège au lieu dit " la Grise ", entre les actuelles  rue Volney et rue de la Grise. Un lieutenant des maréchaux de France y commande une petite troupe " d'archers ", qu'il a lui-même levés et qui n'atteignent pas la cinquantaine d'hommes.

 Cette maréchaussée exerce aussi des fonctions judiciaires sur les petits délinquants, sur les mendiants et les errants. Le prévôt des maréchaux juge d'une façon expéditive ces gens sans aveu qui ne peuvent payer d'amende. Les peines afflictives, comme la marque au fer rouge, le fouet et la pendaison, sont réputées comme courantes. Mais cette juridiction n'est pas paperassière, et je n'ai trouvé aucune archive concernant Saumur.
   

3) La maréchaussée après 1720

 La maréchaussée est réorganisée en 1720. Le lieutenant et le prévôt siègent désormais à Chinon ; Saumur et son gouvernement n'ont plus droit qu'à une brigade de 10 hommes, commandée par un exempt, un adjudant. En 1721, Pierre Gaillard juge cette organisation à la fois onéreuse et inefficace.
 La situation s'aggrave pendant tout le siècle. Un sentiment d'insécurité s'installe dans les campagnes, même si la délinquance paraît plutôt faible. En 1778, Ponneau, procureur du roi à la Sénéchaussée de Saumur, écrit à Omer Joly de Fleury, président du Parlement de Paris, que l'exempt de Saumur ne dispose plus que de trois cavaliers de maréchaussée : l'un est occupé deux jours par semaine à porter la correspondance, les deux autres passent leur temps à chasser les déserteurs ( B.N.F., Joly de Fleury, n° 530 ). Il n'y a plus guère de patrouilles dans l'étendue du gouvernement ; les gens sans aveu en profitent pour piller les récoltes et les cultivateurs se sentent abandonnés. Le procureur estime que huit cavaliers seraient nécessaires. Il n'obtient rien, car l'ensemble de la maréchaussée de la Touraine, de l'Anjou et du Maine ne regroupe que 200 hommes, dont cinq lieutenants.
   

4) Les garnisons du château

A. CORVISIER, Les contrôles de troupes de l'Ancien Régime, t. 3, P., S.H.A.T., 1970.

 Au XVIIIe siècle, la garde du château est assurée par des compagnies détachées de l'Hôtel des Invalides, qui remplacent les gardes du gouverneur. Huit de ces vétérans assurent la surveillance particulière des prisonniers.
Ces soldats estropiés sont âgés et le registre paroissial de Varrains ( qui comprend le boile du château ) atteste de la fréquence des décès. Ainsi, le 21 novembre 1708, est enterré Joseph Barbas, dit " Frappe d'abord ", mort aux environs de 50 ans et escorté au cimetière de Nantilly par la compagnie en armes.
 Ces unités de vétérans ne regroupent qu'une soixantaine d'hommes. Cependant, par ordonnance du 31 juillet 1746, la compagnie de bas officiers invalides, dite de " Jacquette ", est portée à cent hommes, sans doute en raison du grand nombre des prisonniers ( B.N.F., F 4751 (60)). Son capitaine, qui se fait appeler " Claude des Jaquets ", déjà cité en 1730, est enterré à Saumur en septembre 1746.
 Le système est réformé en 1764, mais il demeure à Saumur une cinquantaine d'hommes de la 32 ème, puis de la 53 ème compagnie d'invalides, dont certains sont mariés. Au recensement de 1790, « la garnison est de 48 à 50 hommes, 6 ou 7 demeurent en ville ».