Les milices bourgeoises   

 

 

 Les longues descriptions des uniformes rutilants de la milice bourgeoise, ses drapeaux blancs et bleus font songer aux grandes compositions de Frans Hals et de Rembrandt ou à La Kermesse héroïque, le savoureux film de Jacques Feyder.
   

1) Une fonction de parade

Dossier d'après A.M.S., EE 2

 Il est vrai que deux compagnies de bourgeois aisés, capables de payer de leurs deniers de magnifiques uniformes, ont surtout une fonction de parade.

 La compagnie des chevaliers de l'Arquebuse ou du Papegault a été autorisée par Henri IV en 1593 : elle réunit des amateurs de tir, qui organisent des concours se déroulant au pied de la tour du Papegault, surmontée par un perroquet servant de cible.Gravure par Emile Michel Traditionnellement, le vainqueur du concours était dispensé d'impôts pour l'année.
 Au cours d'un tir sur cible organisé en 1772, les chevaliers de Saumur écrasent les tireurs d'Angers. Charles Boulissière, leur chef, fait immortaliser ce succès dans un tableau commémoratif, qui est reproduit à droite ( Bulletin historique de l'Anjou, 1861-1862, p. 264-265 ).
 Maniaques de la gâchette, les chevaliers de l'Arquebuse tirent à balles réelles au cours des cérémonies religieuses qui se tiennent dans l'église Saint-Pierre. Ils font un boucan d'enfer et dégradent les pierres de la voûte [ qui commencent déjà à tomber ].

 Une autre compagnie de cavalerie bourgeoise est reconnue en 1744 par le comte d'Argenson, secrétaire d'Etat à la guerre. Elle réunit « 40 cavaliers qui seront pris parmy les bourgeois notables, négocians et gros marchands de cette ville », commandés par un capitaine, un lieutenant et un cornette ( A.M.S., BB 7, f ° 66 ). Les autres compagnies protestent contre cette dissidence de notables, qui cherchent à se pavaner à cheval et à échapper aux contraintes quotidiennes de la milice.
  

2) Des tâches ingrates

 Les autres Saumurois de la classe moyenne, propriétaires et imposables, sont tenus de participer aux exercices de la milice bourgeoise, même jusqu'à un âge avancé. En contrepartie, ils ne sont pas soumis au tirage de la milice royale.
 Cette garde est structurée en quatre compagnies à pied, organisées par quartiers : Fenet-Nantilly, les Ponts, les Bilanges et la Ville. Les miliciens continuent d'assurer à tour de rôle un service de guet, qui est moins prenant qu'au temps de la Guerre de Cent Ans, mais qui est encore pratiqué la nuit. Ils ferment les portes de la ville à la tombée du jour, tant que ces portes ont conservé leurs gonds. Ils font des rondes de nuit pour assurer la sécurité et veiller au couvre-feu, car ils sont en même temps pompiers. En 1779, est instituée une patrouille mixte réunissant deux carabiniers et deux miliciens, afin de veiller sur la conduite nocturne des militaires et des civils armés.
 Quand les prisonniers de guerre, trop nombreux, sont logés dans l'île du Parc, c'est encore la milice bourgeoise qui doit les surveiller et vérifier leur présence.
 Ces miliciens ont donc des astreintes bien réelles et, en cas d'absence, ils sont frappés d'amendes.
  

3) Une promotion sociale

 Les grades, plutôt pléthoriques, sont très recherchés dans ces milices bourgeoises, ils constituent un bon tremplin pour la promotion dans le cursus honorum local. Les charges d'officiers, très convoitées, sont bien vite achetées : la fonction de capitaine de quartier coûte à Saumur 700 livres en 1694.
 Si personne ne l'acquiert, le Conseil de Ville procède à une nomination. Mais ce cas est rare, les charges d'officiers deviennent même héréditaires en 1704.
   

 Cet exemple de la milice bourgeoise et des autres milices montre bien à quel point ce qu'on appelle sommairement " le Tiers Etat " est hiérarchisé et cloisonné.