De l'ustensile aux premières casernes  

   

 

 Grande voie de passage sur l'axe de la Loire et sur les routes du Sud-Ouest, Saumur est un lieu d'intense circulation pour les gens de guerre, qui doivent être hébergés par la municipalité ou par les habitants.
    

1) Les passages de troupes

Sources essentielles de ce dossier : A.D.M.L., C 110 et E 4391

 Heureusement, les régiments se déplacent souvent par échelons, espacés d'un ou deux jours. Les simples " routes ", composées de 15 à 20 soldats, ne posent guère de problèmes, car les hôtelleries suffisent à les accueillir ; la ville leur verse habituellement 7 sous par soldat et 11 sous par cheval.
 Quand un régiment se déplace par compagnies d'une cinquantaine d'hommes, un sergent-fourrier marque les logis, un étapier fournit les vivres, les écuries de la ville abritent les chevaux, une hôtellerie suffit pour les gradés, les simples soldats sont logés dans un même quartier chez des habitants volontaires, qui reçoivent une indemnité.
  

2) L'ustensile

 Les sommes nécessaires proviennent d'une taxe spéciale, l'ustensile, qui est régulièrement perçu à Saumur en supplément de la taille. Par exemple, pendant le mois d'octobre 1671 se succèdent six compagnies, qui sont installées dans des quartiers différents. Au total, pour cette année banale, les Saumurois fournissent 1 695 nuits d'hébergement.
   

3) Les quartiers d'hiver

 
 
 
 
 

 La charge devient pénible quand une unité nombreuse prend ses quartiers d'hiver dans la ville, pendant environ trois mois. En novembre 1685, les échevins doivent organiser l'installation du troisième bataillon du régiment d'Alsace, fort de 715 hommes. Parmi eux, le commandant et le major ont droit à une maison, les 55 officiers à un appartement, qui sera plus confortable pour les cinq officiers mariés.
 Une fois écartés les nombreux indigents et les exemptés, la plupart des bons bourgeois sont tenus d'accueillir une paire de soldats et de lui fournir « un lit garny, place au feu et à la chandelle, selon sa commodité ». Autrement dit, le foyer sera envahi par des troupiers, souvent grossiers et exigeants, parfois portés sur la rapine et ne parlant pas toujours le français. Les plus aisés préfèrent les reloger à leurs frais dans une hôtellerie, mais les prix flambent et il leur en coûte 15 sous par nuit de soldat. D'autres habitants désertent leur logis, cherchant refuge ailleurs ( le Conseil de Ville avait déjà signalé ces abandons en 1679 - A.M.S., BB 1, f° 62, v° ).

 En outre, en cette année de Révocation de l'Edit de Nantes, l'installation de ce bataillon prend la dimension d'une dragonnade, puisque 43 " nouveaux convertis ", classés sur une liste à part, se voient infliger 122 hommes ( Voir chapitre 14, paragraphe 4 ).
   

4) La chasse aux exemptions

 Les registres municipaux attestent que les habitants de la ville s'agitent beaucoup pour échapper à cette corvée. Pêle-mêle : les employés aux écritures des tribunaux, les officiers de la milice bourgeoise, l'écuyer de la ville, etc... Les maisons se raréfiant, le logement des troupes est étendu aux habitants de l'Ile Neuve et de la Croix Verte, qui adressent des suppliques à Choiseul.
   

5) Les premières casernes

 
 

 La solution se trouve dans l'aménagement de casernes, comme des édits royaux le prescrivent, sans être appliqués. En 1697, la ville prépare des quartiers d'hiver pour trois compagnies de dragons. Elle commence à réaménager ses écuries donnant sur la cour Couronne [ aujourd'hui, une rue ], écuries qui avaient jadis servi à l'Académie d'Equitation. Elle loue aussi quelques maisons vides dans le quartier.
 En même temps, elle fait appel à de puissants protecteurs. Le greffier note en marge de son registre, sans aucune gêne, mais sans grande précision : « un présent de 400 livres sera fait à une personne de qualité qui a détourné trois compagnies de dragons de venir à Saumur » ( A.M.S., BB 3, f° 57, 10 décembre 1697 ).

 Sans construire de nouveaux bâtiments, le Conseil de Ville poursuit ses aménagements dans les alentours de l'église Saint-Nicolas ( achat de maisons particulières en 1702 et 1751 ). En novembre 1723, quand le régiment Dauphin-Etranger, son état-major et deux de ses six compagnies, vient prendre à Saumur ses quartiers d'hiver, il dispose de deux zones d'hébergement, avec écuries et chambres louées aux alentours, d'une part le quartier de la Cour Couronne, d'autre part le début de la rue de Fenet, où il dispose d'écuries troglodytiques.
   

6) De nombreux régiments dans la vallée de la Loire

 Beaucoup d'unités séjournent à Saumur dans le troisième quart du XVIIIe siècle. En 1756-1757, une partie du régiment de Berry-Cavalerie s'installe pendant deux mois. En 1762, ce sont quatre compagnies du régiment de la Reine-Cavalerie qui viennent hiverner. Les officiers de l'Hôtel de Ville réaménagent les casernes du quartier Saint-Nicolas, mais les lits n'arrivent pas à temps, si bien qu'au début, les cavaliers logent encore chez l'habitant.

 Dans ce contexte, ce n'est pas dans l'enthousiasme que les Saumurois voient arriver en 1763-1764 deux nombreuses brigades de carabiniers. Le logement de 46 officiers dans les hôtelleries demeure à la charge de la ville, qui débourse 7 000 livres par an. Elle doit relever ses droits sur les entrées de marchandises, afin de faire face à cette dépense nouvelle.
 Si les carabiniers doivent résider à demeure, de nouvelles décisions s'imposent.