Les carabiniers, un régiment d'élite   

   

1) Bibliographie générale

- Capitaine Louis PICARD, Origines de l'Ecole de Cavalerie et de ses traditions équestres, 2 vol., S., Milon, [ fin 1889 ], bien illustré, mais aucun examen sérieux des sources ; aventureux ; noms déformés [ B.M.S., A 114 ].

- Colonel de Cossé-Brissac, « L'Ecole de Saumur », Revue historique de l'Armée, 1954, n° 3-4, p. 104-126.

- Général Durosoy, Saumur. Historique de l'Ecole d'Application de l'Arme Blindée et de la Cavalerie, 1965, rééd. 1978.

- Jean-Pierre Bois, « Le Régiment des Carabiniers de Monsieur à la fin de l'Ancien Régime », Revue Historique des Armées, 1980, n° 1, p. 29-60, l'étude essentielle.

- André Corvisier, Histoire militaire de la France, t. 2, s.d. Jean Delmas, 1992.

- Jean-Pierre Bois, « L'Ecole de Cavalerie de Saumur », Archives d'Anjou, 1998, p. 117-130.

- Sur le marquis de Poyanne, le blog bien illustré de J.-M. Dupouy, y compris accompagnement musical, documentation puisée aux meilleures sources :
http://marquisdepoyanne.blogspot.com/
   

2) Les carabiniers

 Les carabiniers se battent à cheval et à pied ; ils forment une cavalerie légère, qui effectue des reconnaissances ou protège les arrière-gardes. Longtemps intégrés dans les régiments de cavalerie, ils marchaient à leur tête. Ils forment ensuite un régiment particulier qui, en 1758, est donné au comte de Provence ( petit-fils de Louis XV, alors âgé de trois ans, le futur Louis XVIII ). En 1762-1763, le corps est réformé dans le cadre des mesures prises par Choiseul.
   

3) Le commandement

 Au nom du comte de Provence, le régiment est commandé par le marquis de Poyanne, mestre de camp, qui est en outre, à un rang plus élevé, lieutenant général des armées du Roi ( général en chef ) et inspecteur de l'arme. Le marquis est rarement présent à Saumur.
 En réalité, c'est le baron de Livron, major général, qui exerce le commandement local. La gestion financière est assurée par des aides-majors et des trésoriers, nommés directement par le ministère, afin de lutter contre la corruption. En temps de guerre, l'état-major est renforcé par deux aumôniers et deux chirurgiens. Pendant au moins un temps à Saumur, l'état-major a disposé d'un orchestre symphonique peuplé de musiciens allemands.
  

4) Les hommes

A.D.M.L., C 86, Historique du Corps, dressé en 1769

 Ce régiment est l'unité de cavalerie la plus nombreuse de France et sans doute d'Europe. Son effectif théorique est de 80 officiers et de 1 560 hommes de troupe, répartis en 5 brigades et en 30 compagnies ( il n'y a habituellement que 8 compagnies dans les régiments de cavalerie ). Chaque compagnie comprend un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant et 52 carabiniers, y compris un fourrier, deux maréchaux des logis, quatre brigadiers et un trompette.
 On ne peut se contenter de recopier cet organigramme, il faut vérifier si les effectifs sont réels. Au cours des inspections, il ne manque habituellement qu'une centaine d'hommes, absents, malades ou déserteurs.

 Les ordonnances prescrivent que chaque régiment de cavalerie devra fournir quatre hommes au corps des carabiniers. Cette pratique paraît peu suivie. Chaque unité recrute pour son propre compte. Les capitaines de carabiniers doivent même accompagner les sergents et fréquenter les fêtes populaires, afin de susciter des engagements.
 Ils ne recrutent plus pour leur seule compagnie, mais pour l'ensemble de la brigade. La taille est toujours prise en considération : 5 pieds, 5 pouces ( 1,76 m ) sont exigés pour les carabiniers, alors que 5 pieds, 2 pouces suffisent pour l'infanterie et 5 pieds, 4 pouces pour les cavaliers. En général, les hommes souscrivent un engagement de 8 ans, au cours duquel ils pourront prendre un semestre de congé. Les nouveaux engagés touchent une prime immédiate, qui est négociée et qui peut atteindre 150 livres ; le recruteur reçoit 24 livres. En cas de réengagement, un soldat peut devenir bas-officier, à condition de présenter un minimum d'instruction.
  

5) L'armement

 
Dr Lienhart et René Humbert, Les uniformes de l'Armée française de 1690 à 1894, t. 2, rééd. 1989.

 Ces soldats disposent d'un armement plus puissant que les autres cavaliers :
- une carabine rayée au canon long de 30 pouces, qui tire des balles ou des chevrotines ; elle peut être munie d'une baïonnette plate, longue de 10 à 12 pouces ;
- une paire de pistolets ;
- un sabre, qui selon les règlements est droit, mais qui est courbe sur les gravures ( que je choisis de ne pas reproduire ).
 

6) Les nouveaux uniformes

 
 
 
 
 

Uniforme des carabiniers  Par l'ordonnance du 21 décembre 1762, les carabiniers reçoivent un nouvel uniforme, plus proche de l'habit civil. Ils portent un justaucorps en drap bleu, orné de parements en galon d'argent. Pas de casque, mais un chapeau noir ; culotte et gilet blanc ; bottes.

La traditionnelle cuirasse plastron en fer bruni fait débat. Le marquis de Poyanne souhaitait que ses carabiniers en soient dispensés au cours des manoeuvres qui se déroulaient au camp de Compiègne, car « ladite armure causoit quelque fois des descentes et d'autres accidents préjudiciables à la santé des hommes et à leur conservation au service du Roy ». Il obtient l'accord de Choiseul, ministre de la Guerre, dans une note du 24 mars 1767 : « cette armure peut être utille à la guerre, mais être inacceptable pendant la paix. »

 A droite, le nouvel uniforme des carabiniers, d'après un mannequin de l'Ecole de cavalerie.


 Les factures des marchands drapiers nous sont parvenues : dans les années 1763-1767, le corps dépense plus de 81 000 livres pour son habillement ( A.D.M.L., C 91 ).
 

7) Les chevaux

 Dans la structure de 1762, les carabiniers se battent à cheval et à pied, si bien que, sur chaque escouade de 12 hommes, 9 seulement sont montés. Malgré cela, le régiment au complet comporte l'effectif considérable de 1 200 chevaux, en principe de race Holstein, noirs et hongres. Effectivement, des officiers vont effectuer des achats dans le Nord de l'Allemagne et au Jutland ; en outre, le baron de Livron dirige une mission de remonte en Béarn.
 A côté de ces chevaux de combat apparaissent quelques chevaux gris et entiers, destinés aux trompettes, au timbalier et au manège.
 Ce nombre élevé de montures, les besoins en écuries et en fourrages posent de lourds problèmes d'intendance. Ils interdisent au régiment de rester groupé pendant de longues périodes ( on en reparlera à propos des manoeuvres ). Des brigades sont obligatoirement dispersées dans les villes voisines de Saumur : Chinon, La Flèche, Château-du-Loir, Vendôme, Montoire. Parfois une moitié du régiment séjourne à Metz, ville mieux équipée en casernements.

 Toutefois, l'essentiel est installé à Saumur, soit un effectif théorique de 624 hommes, plus de 50 officiers et environ 500 chevaux. Ce sont là des nombres considérables, surtout pour une ville qui depuis plus d'un siècle vivait avec des troupes permanentes très faibles.