Pourquoi le choix de Saumur ?  

  

  

  « Il faut dix ans pour former un cavalier parfaitement », écrivait Maurice de Saxe. Or la France du XVIIIe siècle, si elle cultivait l'équitation académique, a longtemps négligé de donner un enseignement uniforme à ses régiments de cavalerie. La création d'une école à Saumur correspond aux premières tentatives dans cette direction ( Jean-Pierre Bois, « Saumur, aux origines de la cavalerie en Anjou »,  Archives d'Anjou, n° 12, 2008, p. 121-130.
  

1) Une brillante tradition équestre ?

 Louis Picard, qui exagérait la renommée de Gautier de Saint-Wal, avançait que la qualité de l'ancienne Académie d'Equitation aurait pu expliquer le choix de Saumur.
 Si le souci de prolonger un enseignement de haute Ecole avait compté, c'est Angers qui aurait été retenu, car il y fonctionnait encore une Académie très réputée et très fréquentée, dirigée par la famille Avril de Pignerolle. Or, les carabiniers, après un court séjour, abandonnent cette ville.
  

2) L'accueil des autorités saumuroises ?

 Tant que les brigades ne sont qu'en séjour temporaire et qu'elles alourdissent les charges de la ville, la municipalité et les notables ne manifestent aucun enthousiasme. Au détour d'une délibération, le Conseil de Ville se plaint de voir sa belle promenade du Chardonnet transformée en champ de manoeuvres.
 J.-Fr. Bodin, arrivé à Saumur peu après, ajoute avec malice que les autorités ecclésiastiques et les bons bourgeois redoutaient les ravages que les fringants militaires allaient causer dans les coeurs féminins...
   

3) L'implantation de troupes dans la Vallée de la Loire

 Au milieu du XVIIIe siècle, un bon nombre de régiments quittent les frontières de l'Est et sont implantés dans les villes du Val de Loire. Le choix de Saumur s'inscrit dans ce plan d'ensemble. Ainsi, à l'été 1758, le régiment de Berry-Cavalerie y réside. Le 8 août, son chef, le comte de Valbelle, fait bénir ses étendards dans l'église Saint-Pierre, chanter un Te Deum et tirer un feu d'artifice sur le Chardonnet ( Registre paroissial de Saint-Pierre, GG 28, f° 26 ).
  

4) L'hésitation entre La Flèche et Saumur

 En 1762, les jésuites, expulsés d'une partie du royaume, abandonnent leur vaste collège de La Flèche. Dans un premier temps et sur la demande des autorités municipales, Choiseul décide d'y implanter une de ses nouvelles Ecoles d'Equitation, mais, venu sur place en 1764, il se ravise et y ouvre une Ecole militaire préparatoire pour 250 enfants, admis à partir de 8 ans et pouvant ensuite entrer à l'Ecole militaire de Paris [ c'est évidemment l'ancêtre du Prytanée ].
 Il reporte alors son choix sur Saumur, qui a la faveur du marquis de Poyanne, inspecteur du corps des carabiniers et commandant de toutes les troupes en quartier dans la généralité de Tours. Ce dernier a fait valoir que la situation de Saumur était bien plus avantageuse.
   

5) Un lieu particulièrement adapté

 
 
 
 

 Il pouvait apporter des éléments concrets à l'appui de son opinion. Recentrer deux brigades de cavalerie sur Saumur, c'est y loger plus de 600 soldats et trouver des écuries et des fourrages pour plus de 500 chevaux. Une enquête remontant à 1742 avait révélé que la ville comptait déjà 500 chevaux ( il faudrait les serrer un peu, mais il y avait beaucoup d'écuries - A.M.S., CC 12 ).

 Le vaste ensemble des Chardonnets et du Breil, libre de constructions depuis le pont Fouchard jusqu'à Bouche-Thouet, offre un espace unique, situé en outre aux portes d'une ville peuplée et bien desservie. Les premières décisions locales des carabiniers révèlent bien l'importance de ces considérations matérielles. Ils obtiennent d'abattre eux-mêmes leur viande à la tuerie de la ville, sans passer par l'intermédiaire des bouchers.
 Ils négocient l'achat de fourrages auprès de l'abbaye de Saint-Florent. Le 28 avril 1768, ils prennent à bail pour quatre ans la première herbe fournie par la prée du Breil et par vingt jeux de pré situés à Presles de l'autre côté du Thouet, le tout pour 4 800 livres ( A.D.M.L., H 2 137 ).

 Ne pas oublier enfin que, depuis Duplessis-Mornay, Saumur est le siège d'un gouvernement et donc une capitale militaire. Il était logique d'y implanter l'état-major d'un régiment.