Les mercuriales   

  

1) Des statistiques obligatoires

 
Exemples de taxations de 1740 à 1753, A.M.S., HH 1

 Le greffe de la Sénéchaussée est tenu d'enregistrer les prix du boisseau de froment, de seigle et d'avoine, qui sont pratiqués sur le marché de Saumur. A partir de ces relevés, le lieutenant général de police fixe les prix des trois qualités de pain, que tous les boulangers doivent respecter :

le pain blanc ou pain de froment
le pain brun ou pain de méteil ( froment et seigle )
le pain noir ou pain de seigle.

 Parfois apparaît le pain mollet, une sorte de brioche tirée de la fine fleur de froment et beaucoup plus chère que les autres.

 Les relevés des prix sont effectués chaque semaine sur le marché du samedi. Aucune série complète de ces statistiques hebdomadaires ne subsiste pour Saumur. Plusieurs fragments de moyennes mensuelles nous sont parvenus : ils permettent de vérifier l'ampleur des flambées saisonnières des prix, en particulier, lors de la soudure, la période délicate de jonction entre deux récoltes, qui se situe de mai à juillet.
   

2) Les tableaux annuels

  Plus souvent, nous obtenons des moyennes annuelles dressées à la Saint-Michel ( le 29 septembre ). Elles servaient à traduire en valeur monétaire les redevances fixées en boisseaux de froment, seigle et avoine.
 L'excellent érudit local Louis Raimbault a ainsi recopié un manuscrit appartenant à Monsieur Persac et donnant les fluctuations de 1630 à 1785 ( A.D.M.L., n° 1 914, mercuriales de Saumur .
 Des fragments complémentaires proviennent du greffe de Saumur ; ils portent sur les années 1699 à 1707 ; 1708 à 1719 ; 1758 à 1761 et 1767 à 1790 ( A.D.M.L., II B 22 ).
 Il faut avouer que ces statistiques sont loin d'être concordantes ; certaines ne sont pas des moyennes annuelles, mais des relevés opérés le jour de la Saint-Martin. D'autres moyennes ne correspondent pas aux années civiles, mais au cycle des récoltes, s'étendant d'octobre à septembre suivant, ce qui ne manque pas d'une certaine logique.
   

3) L'établissement de courbes

Victor DAUPHIN, Recherches pour servir à l'histoire des prix des céréales et du vin en Anjou sous l'Ancien Régime, XIe siècle-1789, Paris, 1934.
Documentation de V. Dauphin, A.D.M.L., 3 J 13.
Henri HAUSER, Recherches et documents sur l'histoire des prix en France de 1500 à 1800, 1936, p. 195-247.
C.-E. LABROUSSE, « Les prix du blé en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », Revue d'Histoire économique et sociale, 1931, n°2.
C.-E. LABROUSSE, Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle, P., 2 vol. 1933.

 Un autre chercheur angevin, Victor Dauphin, s'est efforcé de donner une structure cohérente à cette documentation et d'aboutir à des courbes de prix.

 Ces travaux de Victor Dauphin ont été utilisés par Henri Hauser et repris avec des critiques par Ernest Labrousse. Cependant la documentation primitive est peu sûre. Par exemple, je ne crois pas que le boisseau, surtout le boisseau d'avoine, soit demeuré de taille constante au cours des périodes envisagées ( voir le dossier consacré à la capacité du boisseau et les explications sur la mesure à comble et à ras ). Or toutes les indications sont données en boisseau et même, le boisseau de Saint-Florent a survécu longtemps.

 En outre, afin d'aboutir à des valeurs comparables, Victor Dauphin a traduit les prix en francs-or, d'après la table de conversion de Natalis de Wailly. Les prix deviennent alors bien abstraits. Malgré l'ampleur des recherches, les courbes de V. Dauphin sont peu utilisables pour le Saumurois

 Les travaux encore plus méticuleux de Jean Meuvret et de Micheline Baulant ou de Pierre Goubert sur le Beauvaisis révèlent les difficultés quasi insurmontables de ces recherches.
   

4) Quelques clochers spectaculaires

  L'intérêt principal de ces travaux sur les prix, ce n'est pas d'établir des tendances, bien difficiles à garantir, mais de mettre en évidence les périodes de flambées exceptionnelles et les crises qui les accompagnent.
Ces clochers spectaculaires des prix apparaissent dans toutes les mercuriales. Voici les plus importants :

1692-1693
1697-1700
1709-1713
1719
1758-1759
1768-1772
1781-1782
1785

1788-1789

  La plupart de ces dates correspondent à des crises nationales et sont liées à des catastrophes climatiques. Seules, les trois périodes soulignées constituent des accidents locaux, assez malaisés à expliquer.
 Au cours de la dernière crise, tous les records de prix sont battus en valeur absolue. Pour l'année 1788, le boisseau de froment coûte 51 sous, 3 deniers ; le boisseau de seigle, 33 sous ; le boisseau d'avoine, 18 sous. Pour cette période, des statistiques mensuelles sont disponibles : c'est à la soudure de mai-juin 1789 que les nombres les plus élevés sont atteints avec 54 sous pour le boisseau de froment.
 La crise de 1709-1713 atteint des valeurs approchantes. Compte tenu de la dépréciation de la valeur de l'argent, sa gravité apparaît comme d'une ampleur comparable.