Matériaux statistiques de 1664 à 1790

 

 Parmi les documents statistiques disponibles, nous ne retenons que ceux où Saumur et sa région font l'objet de renseignements détaillés, soit sur la production économique, soit sur les impôts payés, soit sur le nombre de feux et l'état de la population.

Présentation par François Lebrun, « Les grandes enquêtes statistiques des XVIIe et XVIIIe siècles sur la généralité de Tours ( Maine, Anjou, Touraine ) », A.B.P.O., 1965, p. 338-345.

 Voici les 19 documents qui me servent de référence :


1) Charles Colbert de Croissy, 1664-1665

 Sur la demande de son frère, le ministre, Charles Colbert de Croissy, commissaire départi à Tours, inspecte sa généralité, vient en particulier à Saumur et rédige un " Rapport à faire au Roy et à nos seigneurs de son Conseil royal de l'estat de la généralité de Tours... ".

Original : B.N.F., Cinq Cents de Colbert, 277
Impression partielle, Paul Marchegay, Archives d'Anjou, t. 1, 1843, p. 99-181.

 Plutôt qu'un tableau détaillé des provinces, ce rapport est une énumération sans complaisance des abus et des anomalies administratives.

2) Louis de Béchameil, marquis de Nointel, 1688 et 1691

 Intendant depuis 1680, le marquis de Nointel dresse un " Etat de la Généralité de Tourraine pendant le tems que j'y ay servi en qualité d'Intendant ".

Exemplaire consulté : Bibliothèque Mazarine, ms. 3413
Editions partielles dans A.H., t. 14, p. 566-579 et Mém. de l'Acad. d'Angers, 1947-1950, p. 33-50.

 La description de l'élection de Saumur est très sommaire. Mais en 1691, ont été ajoutées des notices détaillées sur chacune de ses paroisses, précisant le nombre de leurs feux et le total des cinq impôts payés de 1678 à 1689. Saumur est réparti sur trois paroisses ; la Croix Verte et l'Isle Neuve sont classées à part. Ces statistiques établies par les services fiscaux de l'élection apportent des éléments sûrs.

3) Thomas Hue de Miromesnil, février 1698

 Afin de donner au duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, une image exacte du royaume qu'il aurait à diriger, ses gouverneurs et précepteurs lancent une grande enquête en février 1697. Les subdélégués et les curés sont mobilisés afin de répondre rapidement. La synthèse locale est rédigée en partie par Pierre Carreau, élu de Tours et historien. Le mémoire est envoyé par l'intendant Hue de Miromesnil en février 1698.

Publications allégées, P. Marchegay, Archives d'Anjou, t. 1, 1843, p. 1-97 ;
    F. Uzureau, dans Mém. de l'Acad. d'Angers, 1896, p. 104-114.

 Considérations générales d'une réelle pertinence. Les statistiques y sont rares et arrondies.

4) Claude Saugrain, 1709

 Le Dénombrement du Royaume par Généralités, Elections, Paroisses et Feux, a été imprimé en 1709. Sa documentation est nettement plus ancienne ; il reproduit le nombre des feux d'après les tailles des années 1680 à 1689. Il n'apporte rien de neuf par rapport au n° 2.

5) Desmarets de Vaubourg, 1713

 Généralité de Tours, Etat des Feux en 1713. A été établi d'après les registres des tailles de 1711, le nombre des privilégiés étant ajouté. Document plus sûr que le précédent.

Original, B.N.F., ms. fr. 11 385
Microfilm, A.D.M.L., 1 Mi 90.

6) Jean-Aymar Piganiol de la Force, 1718

 La Nouvelle Description de la France est une vaste compilation dressée à partir de documents officiels, et non de voyages sur le terrain. L'Anjou est traité au tome VI, paru en 1718, p. 149-211. Cette première édition a quelque valeur statistique, mais l'ouvrage a été réimprimé pendant 60 ans, sans aucune mise à jour sérieuse.

7) Pierre Gaillard, 1701, 1721-1722

 La " Description de la ville et élection de Saumur en 1722 par M.P.G. " constitue un document de première valeur pour la connaissance de Saumur et surtout des 85 paroisses de son élection. Son auteur est Pierre Gaillard, un administrateur modèle ( 1659-1732 ). Analyse de l'ouvrage dans sa biographie. Sur chaque paroisse, cet élu ( officier à l'Election ) décrit la nature des terrains, la structure de la propriété et les grandes activités économiques. En conclusion, il cite le nombre des foyers fiscaux en 1701, et en 1720-1721-1722, ainsi que le montant des impôts payés. Il en profite pour souligner leur alourdissement brutal sur 20 ans et pour signaler le léger adoucissement fiscal qu'il a obtenu le 20 janvier 1722.

8) Etats des dénombrements des ressorts des gabelles, 1724-1725

 L'administration des gabelles est fort pointilleuse et procède à des contre-enquêtes. L'impôt sur le sel est payé par davantage de foyers que la taille, car cette administration exige la liste des exemptés. Jacques Dupâquier, La population rurale du Bassin Parisien à l'époque de Louis XIV, P., 1979, publie ces dénombrements et estime qu'ils apportent des données particulièrement fiables. Pour les trois paroisses de Saumur en 1725, ils comptent 1 787 feux et 5 865 "gabellants", soit 3,3 personnes imposables par feu.

9) Réponse du maire à une enquête de 1742

A.M.S., CC 12, n° 41

 Lors d'une enquête en relation avec le logement des troupes, le maire répond que Saumur compte 1 800 feux, 27 auberges et 500 chevaux.

10) Jacques Pineau de Lucé, 1745

 En réponse à une circulaire du contrôleur général Orry, l'intendant de Tours dresse un " Mémoire concernant la situation des peuples de la généralité de Tours en l'année 1745 ". Il y ajoute des rappels statistiques sur les années 1701-1715 et 1732.

Photocopie aux A.D.M.L., n° 8 049

 Les nombres portés apparaissent comme hautement fantaisistes, alors que pour ces périodes nous disposons des données beaucoup plus solides de Pierre Gaillard. Ce document n'est pas utilisé.

11) Enquêtes sur la consommation et les impôts de la ville, 1753-1760

A.D. Indre-et-Loire, C 37 et A.M.S., CC 6.

 Dans le but de remplacer les impôts traditionnels par un tarif général portant sur les entrées de marchandises, une série d'enquêtes s'efforce de reconstituer le nombre de foyers et les denrées que consomment les habitants de la ville. Un tableau du 23 janvier 1760 est particulièrement précieux, car il dresse la liste des exemptés de la taille : outre les membres du clergé et les militaires, on compte 23 chefs de famille nobles et 22 personnes jouissant des privilèges de la noblesse. En outre, 13 membres de l'Hôtel de Ville sont exemptés, 10 employés de l'Hôtel-Dieu et même les deux concierges des prisons « exemptés pour la paille qu'ils fournissent aux prisonniers ».

12) Tableau de la Généralité de Tours depuis 1762 jusques et compris 1766

 Afin de disposer de renseignements administratifs sûrs, l'ingénieur en chef de la généralité, Jean-Baptiste de Voglie, déjà souvent cité à propos des ponts, mobilise tous ses subordonnés dans une entreprise de longue haleine. Quatre années de travail, d'où des variantes selon les éditions. Cette vaste synthèse, rédigée dans un français élégant, suit un ordre thématique et non géographique ; les renseignements sur Saumur sont abondants, mais dispersés sur les 392 feuillets de l'ouvrage. L'enquête recense le nombre des mariages, des naissances et des décès, nous fournissant les premiers matériaux de la démographie scientifique.

Document consulté : A.D. Indre-et-Loire, C 336 ( microfilm 2 Mi 11-15 )
Publication partielle par F. Uzureau, Mém. de l'Acad. d'Angers, 1900, p. 185-282.
F. Dumas, La Généralité de Tours au XVIIIe siècle. Administration de l'intendant du Cluzel ( 1766-1783 ), 1894, en recopie des pages entières.

13) Abbé Jean-Joseph Expilly, 1763-1770

 Le Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, impression de 1763 à 1770, est un travail monumental, mais inachevé. A partir du tome III, l'abbé Expilly corrige ses données démographiques en appliquant un coefficient multiplicateur au nombre moyen des naissances. Saumur et son élection sont traitées au t. VI, Amsterdam, 1770, p. 678-681. L'article est plutôt décevant ; l'histoire s'inspire des vieux traités de Ménage ; les statistiques par feux remontent à 1720. Saint-Florent comme Saint-Lambert des Levées sont oubliés.

14) Harvoin, Mémoire sur la généralité de Tours, 1783

 Une description apportant peu de statistiques

Paul Marchegay, Archives d'Anjou, t. 2, 1854, p. 347-375.

15) Mémoire de Jouve, directeur de la régie des Aides, 1783

Marc Bouloiseau, « Une source peu connue de l'Histoire économique et sociale : les rapports des directeurs de la Régie des Aides et Droits réunis. L'exemple du Saumurois ( 1783 ) », Bulletin d'Histoire économique et sociale de la Révolution Française, 1969, p. 131-163.

 Analyse minutieuse de l'activité économique saumuroise, vue sous l'angle des impôts.

16) Rôle des vingtièmes, établi en août 1786

A.M.S., CC 10

 L'impôt des vingtièmes correspondait au 1/12ème de la valeur locative de chaque maison. Ce gros registre nous apporte la meilleure description du patrimoine immobilier de la ville à la fin de l'Ancien Régime : rues par rues, sont examinées les maisons, leur propriétaire, leur locataire et leur valeur estimée. Cependant, faute de numérotation précise, il est difficile d'identifier les maisons. Aucune totalisation statistique n'est effectuée.

17) Enquêtes de la Commission intermédiaire, 1787-1788

A.D.M.L., C 299 et C 326

 La Commission intermédiaire de l'Anjou se lance dans un énorme travail de statistique. Elle adresse à chaque paroisse un questionnaire détaillé portant sur le montant des diverses impositions, les travaux à effectuer sur les églises et les presbytères, l'état des routes et des cours d'eau navigables, la formation des sages-femmes, le nombre des familles indigentes. Les réponses apportent de précieux éléments statistiques sur les communes périphériques, mais rien sur Saumur.

18) Rôles du sel par quartiers, 1788 et 1789

A.M.S., CC 5

 Le rôle de gabelle, ventilé par quartiers, est particulièrement précis. Il donne le total des foyers imposés, mais surtout, il ajoute le nombre de mendiants, de familles nobles et d'ecclésiastiques non-imposables. Il suffit de lui ajouter les effectifs bien connus des communautés religieuses et des militaires pour obtenir une totalisation relativement fiable ( à condition d'adopter un taux multiplicateur pour chaque feu, sérieux problème abordé dans la démographie ).

19) Recensement du 10 au 20 février 1790

A.M.S., 1 F 4

 Avec ce premier dénombrement individuel, avec les indications de profession, on espère obtenir une photographie précise de la population. Malheureusement, le recensement est mal conduit, le cahier du quartier des Ponts est perdu, la volonté de gonflement transparaît parfois. La photographie est donc un peu floue. Voir l'analyse critique du recensement de 1790.

 Au total, nous sommes plutôt bien pourvus et nous ne racontons pas n'importe quoi, à condition d'opérer un examen méthodologique sur chaque type de document.

 

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