Les orfèvres  

   

1) Des effectifs plafonnés

Monique JACOB, Les Orfèvres d'Anjou et du Bas-Maine, du Moyen Age au XIXe siècle, 1998
Un condensé de cet ouvrage monumental dans la revue 303, LV, p. 15-23.

 La profession d'orfèvre n'est organisée qu'au XVe siècle. Voir les premières associations de métiers. Pour Saumur, un édit d'Henri II de 1554 limite leur nombre à quatre.
 Dans la réalité , la présence d'un cinquième maître orfèvre est officiellement tolérée, et l'existence de 8 à 9 maîtres à la même époque est constatée à Saumur.

 Comme les ateliers ne peuvent engager plus de deux apprentis et que les compagnons ne trouvent guère de perspectives d'avenir sur place, ce corps de métier vit dans l'endogamie et se concentre dans le quartier du Puits-Neuf et près de la place Saint-Pierre.
   

2) Des règlements minutieux

 Chacun sait la gamme des garanties dont s'entoure la profession, afin de protéger l'aloi du métal précieux tout comme les techniques de fabrication.
 A la fin du XVIIIe siècle, chaque objet est marqué par quatre poinçons. Le poinçon de charge est apposé sur l'ébauche ; un poinçon de décharge atteste du paiement des droits sur l'objet achevé ; le poinçon de jurande est délivré par le maître-juré : ce dernier appose sa lettre personnelle, ce qui permet de dater les objets à deux ans près. Enfin, à partir de 1672, le fabricant ajoute son poinçon personnel, représentant habituellement ses initiales.
  

3) Un atelier secondaire

 Une comparaison avec les orfèvres d'Angers est peu favorable aux Saumurois. Ces derniers sont cinq fois moins nombreux et ne témoignent pas d'une égale inventivité. Les grandes abbayes font rarement appel à leurs services, si bien que les orfèvres de Saumur produisent en quantité à peu près égale des objets religieux et des objets civils.

 Les premiers à se spécialiser dans les objets civils ont été les orfèvres protestants, qui fabriquent cafetières, chocolatières ou théières. Jacques Peltier, en 1669, avait été élu conseiller de Ville, mais il ne peut siéger par suite de l'opposition du procureur syndic à cause de sa confession. En 1686, il est qualifié de protestant "opiniâtre" et taxé d'office à 100 livres de taille. Il s'enfuit alors de Saumur, suivi peu après par sa femme, sa fille et deux enfants.

 Les suivants sont catholiques. La famille Frémery est la plus connue, représentée par neuf maîtres successifs implantés à Saumur de 1618 au début du XIXe siècle. Quelques membres de cette famille exercent l'activité apparentée de changeurs de monnaie, un office lui-aussi étroitement réglementé.
 Les Minier se lancent aussi dans la montre et dans la joaillerie.
 Jean Bérard, au milieu du XVIIIe siècle, produit de beaux objets domestiques en argent, souvent présentés dans les musées de la région.

Pièces d'orfèvrerie fabriquées à Saumur au XVIIIe siècle

Musée du Château de Saumur

 Dans un domaine voisin, les Daillé constituent la principale famille d'horlogers. A l'origine protestants, ils se dispersent et connaissent des destins variés. Un descendant, Pierre Daillé de Bonnevaux, parcourt le monde et mène une belle carrière dans les Indes anglaises.
 Cependant, certaines activités semblent absentes de Saumur : je n'y trouve pas trace de potiers d'étain.