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1) Les difficultés
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Impossible de dresser une courbe démographique
longue pour la ville de Saumur à
l'exemple de celle de Saint-Lambert des Levées. Outre
les raisons invoquées dans le chapitre de présentation,
ajoutons qu'à la fin du XVIIe siècle, les " nouveaux
convertis " répugnent à se soumettre
aux sacrements catholiques ; ils acceptent en général
le baptême, mais pas la sépulture. Pour cette période,
les enregistrements sont incomplets, ce qui explique la lacune
sur notre courbe générale.
Par ailleurs, les registres de capitation sont la providence
des démographes, par exemple à Angers. Mais à
Saumur, en raison de l'adoption du tarif, cet impôt n'a
pas été payé en 1762, sauf par quelques
habitants résidant au-delà des barrières.
Force donc est de recourir à des évaluations,
à la condition d'en cadrer strictement les méthodes
et tout en reconnaissant qu'on n'aboutira qu'à des approximations.
Les effets des grandes crises ne pourront être quantifiés
dans l'immédiat, mais sur le long terme.
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2) Les problèmes d'échelle
François LEBRUN, Paroisses et communes de France,
Maine-et-Loire, 1974, p. 389.
Jacques DUPÂQUIER, Statistiques démographiques
du Bassin Parisien, Gauthier-Villars, 1977, p. 667-670.
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Les historiens étrangers à notre cité
sont désorientés par son étrange organisation
paroissiale, ce qui m'a amené à rectifier leurs
apports statistiques.
Ce que j'appellerai " les trois paroisses "
correspond à la ville murée, complétée
par les faubourgs de Nantilly, de Saint-Nicolas, des Ponts ( jusqu'à
l'île des Trois Maisons ) et de Fenet ( les limites
orientales de ce faubourg ne sont pas stabilisées :
depuis l'ouverture d'un nouveau chemin, quelques maisons forment
le hameau de Beaulieu, qui dépend en général
de Saumur, mais qui est parfois annexé à Dampierre ).
Sur les hauteurs, le quartier des Moulins dépend de Nantilly,
mais les hameaux du Petit et du Grand Puy relèvent de
Dampierre.
Le château et l'intérieur de l'ancienne enceinte
du Boile forment une enclave autonome. Ils sont rattachés
à la paroisse de Saint-Florent du Château, qui a
son siège dans la chapelle des Menais depuis 1574, puis
dans la nouvelle église de Varrains depuis 1619. La chapelle
du château, rétablie par le maréchal de Maillé-Brézé
et desservie par au moins un chapelain, est sous sa dépendance.
Au XVIIe siècle, les baptêmes, mariages et sépultures
se limitent à une dizaine d'actes par an ( transcription
des actes concernant Saumur par l'abbé Briffault, A.M.S.,
GG 81 ). Au siècle suivant, les rues inférieures
du Boile se peuplent rapidement, mais une partie de ces habitants
fréquentent l'église de Nantilly. L'oubli fréquent
de cette première enclave est donc de peu de conséquence.
A l'inverse, la soixantaine de maisons de l'Ile Neuve
et la bonne centaine de la Croix Verte dépendent de la
paroisse de Saint-Lambert, dont elles représentent 39 %
de la population. Elles ne s'intègrent officiellement
dans Saumur qu'en 1790. Mais ces quartiers sont bien individualisés,
ils disposent de registres fiscaux particuliers. En 1758, ils
adhèrent au système
du tarif qui remplace les tailles : à partir
de cette époque, ils sont intégrés dans
les structures économiques et fiscales de Saumur. Les
services de la Généralité de Tours les incluent
dans leurs statistiques de la ville. C'est pourquoi, à
partir de 1761, j'ai distingué une agglomération
saumuroise qui englobe ces deux quartiers.
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3) Le multiplicateur des naissances
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Si une communauté se tient pendant une dizaine
d'années à une moyenne de 40 baptêmes pour
1 000 habitants, la mutiplication de cette moyenne par 25
( 40×25=1000 ) aboutit à une évaluation
assez précise de sa population. Ce coefficient de 25,
qui correspond à une natalité élevée,
est, depuis les travaux de Messance, adopté pour les paroisses
rurales françaises au XVIIe siècle. Brigitte Maillard
le reprend en ville pour la communauté protestante de
Tours, constatant que la plupart des réformés sont
mariés et franchement prolifiques. Pour l'évolution
démographique de la population protestante de Saumur,
j'ai adopté 25 pour l'hypothèse basse, 28 pour
l'hypothèse moyenne et 30 pour l'hypothèse haute,
tout en penchant plutôt pour le coefficient 25 à
partir de 1668.
Cependant, les démographes admettent une natalité
plus faible dans les villes. A Saumur, plus précisément,
dans la population catholique, les clercs et les religieuses
représentent 400 personnes à la fin du XVIIe siècle,
et leur présence fait baisser le taux pour mille. A la
suite de François Lebrun, pour cette population catholique,
j'ai adopté le coefficient multiplicateur de 26 pour ce
siècle, ce qui correspond à un taux plus vraisemblable
de 38,4 . L. Desmé a procédé à
des relevés décennaux des naissances catholiques
des trois paroisses à partir de 1613 ( le registre
des baptêmes ne débute à Nantilly qu'au cours
de l'année 1612 ; ces statistiques sont citées
dans la réédition de J.-F. Bodin, Recherches
historiques sur la ville de Saumur..., 1845, p. 437-438 ).
Ces tables, qui vont jusqu'en 1672, m'ont paru plus fiables que
les statistiques rétrospectives établies par la
Généralité de Tours. En raison d'années
incomplètes à Saint-Nicolas, L. Desmé a
repris sa série pour la décennie 1691-1700 ( il
avait cependant adopté un coefficient multiplicateur de
31, inacceptable pour cette époque ).
Pour le XVIIIe siècle, le déclin des
taux de natalité se poursuivant, j'ai adopté le
coefficient 28 ( soit 35,7 de natalité ).
Quelques historiens récents passent au coefficient 30
pour les villes de la seconde moitié du siècle.
J'y ai renoncé en découvrant le Tableau de la
Généralité de Tours ( 1762-1766 )
qui avance pour Saumur 4 840 naissances , alors qu'il compte
947 mariages. La division du premier nombre par le second donne
en gros le nombre moyen d'enfants par couple, soit 5,11. Avec
une pareille fécondité, il faut s'en tenir au coefficient
28.
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4) Le nombre de feux soumis à la taille
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Le nombre des foyers soumis à la taille est
la statistique la plus souvent demandée par les pouvoirs
supérieurs. Pour Saumur sont disponibles d'intéressants
rôles nominatifs des tailles, des gabelles et du logement
des troupes, par exemple, l'égail des tailles de 1686
( A.D.M.L., E 4 391 ). Mais à chaque
fois, il manque au moins un quartier, et il serait trop risqué
de rapiécer des documents distants d'une trentaine d'années.
Les services de l'élection ont cependant dressé
de précieux tableaux de synthèse pour la période
de 1689 à 1742. Afin de rester dans un cadre concret,
il est souhaitable de traduire le total des feux en nombre d'habitants.
D'ailleurs s'en tenir à l'évolution du nombre des
feux rassure par une précision trompeuse, car en période
de grande crise, le nombre des feux demeure à peu près
constant, alors que le nombre moyen des membres par foyer s'effondre.
Jacques Dupâquier nous prévient : «
Il faut définitivement renoncer à l'idée
de trouver un multiplicateur universel qui permette de passer
du nombre de feux à celui des individus » ( La
population rurale du Bassin Parisien à l'époque
de Louis XIV, P., 1979, p. 25 ). Par exemple, adopter
5 personnes en moyenne par feu aboutit à une inflation
aberrante. Les rôles nominatifs des impositions se terminent
par une impressionnante énumération de veuves sans
enfants, donc par de nombreux feux à une seule personne ;
les communautés religieuses, qui comptent pour un seul
feu ne suffisent pas à compenser. Les énormes difficultés
de cette transposition nous ont amené à adopter
une hypothèse basse et une hypothèse haute.
Pour l'hypothèse basse, il est certain qu'en période
de dépression le nombre moyen de membres par feu est très
faible. Peter Laslett a adopté 3,1 pour l'ensemble du
royaume et le Grenier à sel de Saumur calculait, en 1725,
une moyenne de 3,3. Mais il s'agit là d'une réalité
concrète. Notre problème est plus théorique :
il faut passer des feux payant la taille à la population
totale. Or, à Saumur, au moins 20 % des foyers échappent
à l'impôt ; déjà, le Grenier
à sel multipliait par 1,25 le nombre des gabellants pour
passer à la population totale. Finalement, je me suis
rallié au coefficient adopté par Mirosmesnil
en 1698 : 6 500 âmes pour 1 750 feux, soit
3,7 personnes par feu taillable.
L'hypothèse haute suppose un
nombre élevé de foyers échappant à
la taille. Il est vrai que la liste est longue, s'étendant
bien au-delà du clergé ( nombreux ),
des nobles ( rares ) et de quelques chevaliers de Saint-Louis,
anciens officiers dispensés à vie. Ne pas payer
la taille est une preuve de noblesse. Quelques dispenses sentent
bien fort le copinage. Une déclaration royale du 17 avril
1759 réserve ce privilège aux seuls membres des
cours supérieures, éliminant ainsi de nombreux
officiers de justice et de finance. Une liste allégée
des exemptions est arrêtée le 23 janvier 1760 ( A.M.S.,
CC 6, n° 54 ). Elle mérite d'être
résumée. Après le clergé, 23 chefs
de famille nobles, 13 veuves de nobles et 4 damoiselles, viennent
les cadres militaires, y compris le canonnier du château
et les cavaliers de maréchaussée, puis 13 gestionnaires
de l'Hôtel de Ville, y compris les 2 gardes et les 2 tambours.
L'Hôtel-Dieu a droit à 10 exemptions ( administrateurs,
médecins, chirurgiens et un apothicaire ). Six postes
de maîtres d'exercice sont officialisés par la Ville,
en mathématique, en musique, en " fait d'armes ",
en danse, en grammaire et en écriture. En 1740, la municipalité
les avait abonnés à une taille de 3 livres ;
afin d'attirer des titulaires, elle les dispense totalement,
sans parvenir à ressusciter le poste de maître en
équitation... L'étapier est dispensé pour
les fournitures qu'il fait aux troupes du roi et les deux concierges
de la Prison royale et de la Tour Grenetière pour la paille
qu'ils fournissent aux prisonniers. Au total, malgré cette
compression, il reste 58 chefs de famille, incontestablement
roturiers, qui sont dispensés de taille, puis du tarif.
Quant aux indigents, ils sont dispensés de payer, mais
ils sont comptés parmi les foyers taillables.
Le nombre élevé de foyers exempts et
la baisse certaine de la mortalité à la fin du
XVIIIe siècle nous invitent à adopter un coefficient
maximum élevé. Le Tableau de la Généralité
de Tours depuis 1762 jusques et compris 1766 s'est efforcé
d'établir des barèmes ( A.D. Indre-et-Loire,
C 336, p. 82 ). Pour l'agglomération de
Saumur, il avance 2 468 feux et 12 342 habitants, soit
5 membres par feu. Ce qui est manifestement généreux,
car ailleurs, le document adopte les coefficients de 4 1/3
et de 4 2/3. Je me suis rallié à 4,66 pour l'hypothèse
haute.
Je me retrouve donc avec une fourchette large, s'étalant
de 3,7 à 4,66, mais, encore une fois, ces statistiques
des tailles inspirent une médiocre confiance. J'ai éliminé
les données rétrospectives de l'enquête
de 1745, qui sont manifestement fantaisistes, en comparaison
des statistiques plus sûres que fournit Pierre
Gaillard.
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5) Le nombre de feux soumis à la gabelle
Jacques DUPÂQUIER, La population rurale du Bassin
Parisien à l'époque de Louis XIV, P., 1979,
p. 64 et 195.
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Le Grenier à sel, détesté
par les "gabellants", redouté par les faux-sauniers
pour ses jugements inflexibles, s'avère à l'inverse
une source précieuse pour l'historien, car il connaît
bien ses assujettis et il limite au maximum les exemptions ( les
nobles et les communautés religieuses ne bénéficient
pas automatiquement du privilège de franc-salé ).
Il organise de minutieuses enquêtes nationales, qui constituent
nos bases documentaires les plus sûres, selon Jacques Dupâquier.
Pour la ville de Saumur, l'enquête de 1724-1725 conclut
à 1 787 feux, 5 865 gabellants et une population
totale de 7 300 habitants. Il y aurait donc 20 % d'exemptés,
comme pour les tailles, mais cette fois les indigents sont compris.
J'ai refait le calcul pour 1788, je trouve 21,47 % d'exemptés.
Cette statistique paraît solide ; elle donne un rapport
de 4,08 entre la population totale et le nombre de feux gabellants.
Pour les années 1788 et 1789, les gabelles ont
établi de précieuses statistiques par quartiers
( A.M.S., CC 5, publié avec des totaux erronés
par Pierre Gourdin, La Gabelle en Saumurois, 1997, document
13 ). Elles détaillent le nombre de foyers nobles
ou exemptés ( 155 en 1788 ). Les mendiants et incapables
sont classés à part ; en 1788, les 318 foyers de
cette catégorie reflètent la disparité des
quartiers : 119 sont situés dans le quartier des Ponts,
86 dans l'ensemble de Fenet et du Port-au-Bois, alors que le
centre ancien de Saint-Pierre et Nantilly-ville n'en compte que
17. Nous connaissons donc le nombre total des feux pour les trois
paroisses et pour l'agglomération. Reste le problème
du taux multiplicateur, qu'il faut sérieusement relever,
car les familles sont plus nombreuses en raison de la baisse
de la mortalité et car la ville compte désormais
600 soldats et 420 enfants et indigents à la charge de
la Providence. J'ai finalement adopté le taux maximum
des tailles, soit 4,66.
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6) Les évaluations des premiers statisticiens
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Dans un dossier précédent, les matériaux
statistiques de 1664 à 1790 ont été
présentés. Malgré la volonté de clarté
des services de la Généralité, ces données
sont encore bien tâtonnantes. A la suite de recoupements,
j'attache du crédit aux minutieuses enquêtes fiscales
de Béchameil de Nointel
pour les années 1678-1689. Thomas
Hue de Miromesnil indiquant des valeurs pour l'année
1697 passe pour " misérabiliste "
quand il écrit : « La ville de Saumur a été
plus peuplée de la moitié plus qu'elle n'est présentement.
Il reste encore mille sept cent cinquante feux et environ six
mille cinq cents âmes ». En comparant cette
affirmation avec les données fournies par les tailles
et les gabelles, je crois que Miromesnil exagère à
peine, ou plutôt qu'il prophétise la catastrophe
démographique qui va s'accentuer jusque dans les années
1720.
Le dénombrement de Desmarets
de Vaubourg pour l'année 1711 est considéré
comme fiable, à condition de savoir qu'il inclut les feux
des privilégiés. Piganiol
de la Force, publiant en 1718, recopie des documents officiels
antérieurs ; il indique une tendance quand il chiffre
Saumur à 5 500 habitants. On ne peut tout de même
pas le suivre aussi bas. Pour cette époque, nous disposons
des données de Pierre
Gaillard, qui sont nettement plus sûres. Malgré
sa réputation, le Dictionnaire de l'abbé
Expilly, paru de 1763 à 1770, s'avère bien
décevant : il recopie des statistiques par feux remontant
à 1720...
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7) Le recensement de 1790
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A cheval sur deux périodes, le recensement
de 1790 présente un intérêt considérable.
Il mérite cependant une étude
critique, qui nous amène à conclure à
un " gonflement " des effectifs, atteignant
4 à 500 personnes au bas mot.
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